À mesure que s’égrènent les derniers jours du mandat de Laurent Saint-Cyr, le constat s’impose avec une clarté brutale : le temps a passé, sans que l’essentiel ait été fait. Entre le 7 août 2025 et le 7 janvier 2026, plus de 80 % du délai s’est écoulé, laissant derrière lui un bilan maigre, marqué davantage par l’inaction que par l’audace, par les déplacements que par les décisions.
184 jours de mandat au 7 février 2026.
153 jours écoulés.
31 jours restants au 7 janvier 2026.
Soit une progression de 83,15 %, contre 16,85 % de temps restant.
Le compte à rebours est presque achevé. Le verdict, lui, est déjà sévère.
Voyager n’est pas gouverner
Les voyages officiels se sont multipliés, présentés comme des démarches diplomatiques, des opportunités de plaidoyer ou des actions stratégiques censées repositionner le pays sur la scène internationale. Dans les faits, leurs retombées concrètes demeurent inexistantes ou invisibles pour la population.
Aucun accord structurant. Aucune avancée mesurable. Aucun changement perceptible dans la vie quotidienne.
Plus troublant encore, certains bilans de déplacements se sont contentés de reprendre des engagements antérieurs à son mandat, voire déjà actés avant les voyages, pour les présenter comme des succès diplomatiques. Gouverner ne consiste pas à recycler des annonces ; un pays ne se dirige pas depuis les salons internationaux, surtout lorsque les urgences brûlent à domicile.
L’absence de décisions fortes
Au-delà des déplacements, c’est surtout l’incapacité à trancher qui aura pesé lourdement sur ce mandat. Gouverner, c’est décider. Gouverner, c’est assumer l’impopularité lorsque l’intérêt général l’exige. Or, Laurent Saint-Cyr a trop souvent choisi l’attentisme, la prudence excessive, voire le calcul politique, dans un contexte qui exigeait courage, autorité et vision.
Jamaïque, Paris, Londres, Miami, New York, Doha, Tokyo : autant de capitales visitées, autant de kilomètres parcourus, sans bénéfices tangibles pour la population. À force de vouloir exister à l’extérieur, le pouvoir a semblé oublier que l’urgence était d’abord nationale. ICI ET MAINTENANT.
Le pouvoir ne se renforce pas par les photos officielles, mais par l’impact réel des décisions.
La Force multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), souvent brandie comme justification de certains déplacements, illustre ce décalage : les principaux États contributeurs sont déjà sur le terrain, coordonnent et agissent aux côtés des autorités haïtiennes. Pendant ce temps, Leslie Voltaire a souvent occupé l’espace décisionnel, reléguant Laurent Saint-Cyr à un rôle secondaire pendant une large partie du mandat de celui-ci.
Cyclone, morts, silence
Ce décalage entre agenda diplomatique et réalité sociale a pris une dimension choquante lors du cyclone Mélissa. Laurent Saint-Cyr a quitté le pays pour le Qatar, au moment même où la population faisait face aux pertes en vies humaines, aux destructions et aux déplacements massifs, pendant que d’autres États exprimaient leur solidarité envers Haïti.
Absence au Centre de protection civile. Absence au COUD.
Un état d’urgence déclaré tardivement, alors que l’on croyait déjà le chef de l’exécutif hors du pays.
Pas de présence empathique. Pas de plan clairement assumé avec un suivi réel auprès des sinistrés. Une froideur assourdissante, perçue comme un mépris de la détresse collective.
Plus grave encore, le silence persistant face à la mort de citoyens et de policiers, ou la sélectivité choquante dans les messages de compassion, a profondément entamé la confiance. Dans un pays où mourir sous l’uniforme ou dans la rue devient presque banal, l’absence de parole officielle équivaut à une normalisation de l’inacceptable. Gouverner, c’est aussi honorer les morts et rassurer les vivants.
Solitude politique et désolidarisation
Sur le plan politique, l’attitude de Laurent Saint-Cyr face aux membres du CPT visés par des sanctions internationales a révélé une autre facette : une froideur calculatrice et une absence de solidarité institutionnelle.
La condamnation rapide de Fritz Jean, dans une correspondance précipitée, plutôt qu’une clarification politique collective, a renforcé l’image d’un dirigeant prompt à se désolidariser lorsque la tempête approche.
Cette posture n’est pas anodine. Elle dessine le portrait d’un responsable plus préoccupé par sa survie politique que par la cohésion de l’État, plus enclin à éviter les risques qu’à affronter les crises.
Une déception pour le secteur privé
Laurent Saint-Cyr laisse aussi un goût amer au secteur privé, qui avait pourtant persisté et soutenu son action après son passage inefficace et inéfficient au Haut Conseil de Transition (HCT).
Les deux ministères sous sa responsabilité — Commerce et Industrie, Tourisme — auront été riches en images et en communications, mais pauvres en concrétisation réelle sur le terrain. Pour de nombreux entrepreneurs, la gestion des affaires est devenue plus complexe, non plus fluide.
Le secteur privé, à travers cette expérience, a exposé ses propres faiblesses : manque de vision humanitaire, absence de leadership structurant, triomphe des intérêts de groupe privilégiés. Plusieurs acteurs dénoncent ouvertement le fait que Laurent Saint-Cyr aurait surtout défendu les intérêts d’un cercle restreint, visible dans ses déplacements et ses réunions ainsi que la présence récurrente de son épouse lors des voyages officiels à l’étranger — laquelle n’a jamais été présentée à la Nation haïtienne.
Parallèlement, des membres du groupe Macaya, proches de Laurent Saint-Cyr, affichent déjà leurs ambitions politiques, pendant que d’autres acteurs économiques, victimes de l’inaction, expriment désormais leur désillusion.
Un mandat manqué
Au final, Laurent Saint-Cyr laisse l’image d’un dirigeant hésitant, distant, souvent absent, prisonnier de calculs permanents et déconnecté des attentes populaires.
Le pays avait besoin d’un leadership ferme, solidaire et courageux. Il a hérité d’un pouvoir timoré, peu décisif, et silencieux face aux drames.
Le temps est presque écoulé.
Les discours ne suffisent plus.
Et dans ce compte à rebours final, le jugement de l’opinion est déjà tranché : trop de voyages, trop de silences, trop peu de courage.
Une occasion historique de plus, manquée.
Ci-gît le mandat de Laurent St-Cyr en quadrature du cercle.
Brigitte Benshow
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