Dans cette rubrique où les paroles deviennent des luminaires de sens, le Quotidien 509 rend un hommage vibrant à Dieudonné Larose, pilier du compas haïtien. À travers l’analyse de « Haïti », un morceau emblématique extrait de l’album Akoustik compas, vol. 1 (sorti le 1er janvier 1997), nous rappelons l’importance de Larose, sa contribution à la musique haïtienne et la mémoire d’une génération qui s’éteint.
Haïti est telle une prière musicale pour une nation en marche.
Haïti, sorti en 1997 sur l’album Akoustik compas, vol. 1, est bien plus qu’un titre dans la discographie de Dieudonné Larose : c’est une méditation polyphonique sur l’identité d’une nation façonnée par l’histoire, la douleur, l’espoir et la résilience.
Chez Larose, chaque note est une bribe d’histoire. Dans Haïti, il ne chante pas seulement un nom ; il invoque une présence, un destin collectif. L’idée principale, aussi simple que profonde, est celle d’un pays qui se tient debout malgré l’adversité, qui porte ses cicatrices comme des trophées d’existence.
On dirait qu’il murmure à son propre peuple : “Se nou menm peyi a, se pa sèlman tè a, se lespri nou.”
Et dans cette invocation, il dit l’imperfection, la beauté et la lutte d’être Haïtien.
Une vérité mise en lumière à travers ses mots
Dans une autre œuvre du même esprit, Larose écrivait :
« Nou se pasyan tan an, men tan an pa pasyan avèk nou. »
Cette strophe, qui pourrait très bien être une résonance intérieure de Haïti, place l’humain au cœur des contradictions : patient et fragile face à un temps qui n’accorde ni concessions ni repos. Ici, Larose ne se contente pas de poser des mots — il les fait palpiter comme le cœur d’un peuple.
Et encore :
« Peyi a pa pòv, se memwa nou yo y ap vòlè. »
Ce vers nous rappelle que la pauvreté ne se définit pas seulement par les biens matériels mais par la perte des récits, des voix et des héritages. Tel un griot des temps modernes, Larose chante pour retisser ces mémoires.
Chaque phrase, chaque souffle dans sa musique, dit ceci : la nation se construit à chaque instant où l’on refuse d’oublier.
Une génération qui s’éteint, Dieudonné Larose était de ces artistes qui font plus que chanter : ils donnent une voix collective à leur peuple. Né en 1945 à Cabaret, il a traversé près de cinq décennies de musique, laissant derrière lui une œuvre inscrite dans la chair du kompa et de la chanson haïtienne.
Le morceau Haïti, sorti en 1997, nous rappelle que Larose appartenait à une génération de conteurs engagés, pour qui la musique est une responsabilité morale. Aujourd’hui, avec sa disparition, c’est une génération entière celle des artistes-poètes qui chantaient pour guérir et pour éveiller qui vacille. Cela ne signifie pas que ces voix s’éteignent totalement, mais qu’elles deviennent des échos que nous devons préserver.
La musique de Larose, et en particulier Haïti, n’est pas seulement un héritage : elle est un appel à continuer de chanter, à continuer de se souvenir, à continuer d’espérer.
Dieudonné Larose a peut-être quitté la scène, mais ses mots traversent encore le temps comme les vagues qui, sans cesse, sculptent l’âme du pays qu’il aimait tant.
Marc Arthur Paul
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