Port-au-Prince, le 31 janvier 2026. Pour Lapè Pou Ayiti, la CARICOM ne peut prétendre jouer à nouveau les intermédiaires alors qu’elle est, selon le mouvement, à l’origine même du dispositif de transition aujourd’hui contesté.
Un mécanisme de transition jugé inefficace
Dans son document, le mouvement rappelle que le CPT est le résultat direct de la formule politique élaborée sous l’égide de la CARICOM. Or, estime-t-il, cette architecture institutionnelle n’a produit ni stabilité politique ni amélioration sécuritaire. Au contraire, elle aurait contribué à l’aggravation de la crise généralisée que traverse le pays.
Lapè Pou Ayiti considère ainsi que l’échec du Conseil présidentiel ne peut être dissocié de celui de la médiation régionale, accusée d’avoir imposé un modèle de gouvernance déconnecté des réalités nationales et des aspirations populaires.
Une crise sociale et humanitaire persistante
Pour étayer sa position, le mouvement dresse un constat alarmant de la situation actuelle. Il évoque près de deux millions de déplacés internes fuyant la violence armée, environ six millions de personnes confrontées à l’insécurité alimentaire aiguë, ainsi qu’un affaiblissement continu des institutions publiques.
Lapè Pou Ayiti fait également référence à des rapports du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), pointant une gestion jugée opaque des ressources de l’État par les neuf conseillers-présidents. Le mouvement cite notamment la dilapidation d’environ 300 millions de gourdes dans le cadre d’un projet de référendum finalement abandonné.
Plaidoyer pour une démarche nationale
Face à ce qu’il qualifie de bilan négatif, Lapè Pou Ayiti appelle la CARICOM à reconnaître l’échec de son intervention politique en Haïti. Le pays, soutient-il, ne peut plus s’engager dans des « solutions importées » qui, selon le mouvement, ont montré leurs limites.
L’organisation plaide en faveur d’une sortie de crise fondée sur une initiative strictement haïtienne, portée par des acteurs nationaux issus des courants progressistes, patriotiques et démocratiques. Elle estime que seuls ces derniers sont en mesure de proposer un cadre de gouvernance crédible pour l’après-7 février, dans le respect de la souveraineté nationale.
Ouverture limitée à un accompagnement international
Tout en rejetant toute tentative de pilotage externe du dialogue politique, Lapè Pou Ayiti reconnaît toutefois qu’Haïti n’est pas isolée du reste du monde. Le mouvement admet qu’un rôle d’observation ou d’accompagnement peut être assuré par des partenaires régionaux et internationaux, notamment dans la lutte contre l’insécurité.
À ce titre, il salue les efforts engagés par la communauté internationale, en particulier à travers la Force de suppression des gangs (FSG), tout en mettant en garde contre toute ingérence susceptible d’orienter ou d’imposer un processus politique.
Refus d’un recyclage politique
Enfin, Lapè Pou Ayiti dénonce toute tentative visant à remettre en avant les mêmes acteurs et secteurs politiques impliqués dans la mise en place du CPT. Le mouvement juge cette démarche « inacceptable » et avertit qu’elle risquerait de reproduire les erreurs ayant conduit à l’impasse actuelle.
Il lance un appel à une médiation nationale impliquant des secteurs qu’il considère comme neutres et crédibles, notamment les universités, les médias, les confessions religieuses, la Fédération des barreaux, les organisations de défense des droits humains et d’autres composantes de la société civile.
Selon le secrétariat du mouvement, seule une concertation nationale inclusive, transparente et orientée vers l’intérêt général pourra ouvrir la voie à l’organisation d’élections libres, honnêtes et démocratiques, condition jugée essentielle à la reconstruction d’un État légitime et fonctionnel.
Ronald André
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