La séparation des pouvoirs est censée garantir la démocratie. Ce n’est pas une formule abstraite. C’est le socle de l’État de droit. Et même dans une dictature, l’exécutif reste tenu d’assumer les fonctions régaliennes de l’État.
Quelle que soit la forme que prend l’exécutif, une exigence demeure : assurer la sécurité, protéger la population, garantir l’autorité de l’État.
En Haïti, le pouvoir a trop souvent été exercé que pour lui-même. Cette dérive n’est pas nouvelle.
Et depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, elle s’est aggravée. Ceux qui se sont succédé au pouvoir ont perdu de vue l’essentiel.
Le pouvoir n’est plus pensé comme une responsabilité, mais comme une fin en soi. Il n’est plus exercé pour la nation, mais défendu comme une prérogative à préserver.
La population elle-même semble l’avoir oublié, tant elle a été laissée en dehors des obligations et des intérêts du pouvoir, abandonnée à son sort.
Insécurité. Angoisse quotidienne. Effacement progressif de l’État dans la vie la plus élémentaire.
Cette défaillance de l’exécutif (inconstitutionnalité, illégalité, mauvaise foi, individualisme) n’a pas seulement affaibli l’État. Elle a entraîné le dysfonctionnement des trois pouvoirs. L’équilibre institutionnel s’est rompu.
Aujourd’hui encore, le Conseil présidentiel de transition agit surtout dans une logique d’auto-préservation et d’irresponsabilité. Les fonctions essentielles de l’État sont pourtant connues.
Elles sont claires. Elles ne sont pas négociables.
L’État doit :
– garantir la sécurité des personnes et des biens
– contrôler le territoire;
– protéger la population contre la violence et l’arbitraire;
– faire respecter la loi;
– créer les conditions minimales de stabilité;
Sur tous ces points, l’échec est manifeste.
La nation attend d’être protégée. Elle constate son abandon. Elle attend un État qui assume. Elle observe un pouvoir qui se replie sur lui-même pour le bien-être individuel.
Quand l’exécutif faillit durablement, le vide institutionnel n’est jamais neutre. L’État d’Haïti a été démantelé, puis déclaré failli. On en appelle à l’étranger au lieu de se concerter entre Haïtiens.
Non pour refonder l’État, mais pour demeurer au pouvoir.
Le vide est alors comblé par la violence, l’arbitraire, l’informel, la résignation, la tyrannie des gangs. En ce sens, le CPT n’a pas fait mieux qu’Ariel Henry.
Il n’a fait que lui succéder, sans rompre avec les mêmes logiques.
Le plus grand danger n’est pas seulement la défaillance du pouvoir. C’est le silence qui l’accompagne. L’accommodation à l’anormal.
La perte du réflexe citoyen, le déficit de vigilance.
La crise actuelle n’est pas seulement politique.
C’est une crise de conception et d’appréhension du pouvoir.
Rappeler ces vérités n’est ni excessif ni partisan.
C’est une révolte intérieure, un acte citoyen.
Car quand l’exécutif oublie sa mission, ce n’est pas seulement l’équilibre des pouvoirs qui se défait, c’est la distorsion des liens entre l’État et la nation.
Chantal Volcy Céant
22 décembre 2025
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