L’arrestation de Nicolás Maduro par les États-Unis, le 3 janvier 2026, à la suite d’une attaque ciblée contre le régime vénézuélien, a provoqué un séisme politique régional et des réactions internationales mitigées. Mais pour Haïti, cet événement se présente comme un révélateur brutal : celui d’une diplomatie sans boussole, prisonnière de ses contradictions passées et de ses silences présents.
Le mutisme actuel des autorités haïtiennes ne peut être analysé sans rappeler les positions antérieures du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) dans les dossiers vénézuélien et colombien, ni sans revenir sur des choix politiques lourds de conséquences, opérés bien avant cette arrestation.
Une complaisance diplomatique assumée depuis 2024
Dès sa mise en place en avril 2024, le CPT a opté pour une ligne dite « pragmatique », qui s’est traduite, dans les faits, par une complaisance diplomatique assumée à l’égard de Caracas. Haïti n’a jamais rompu ses relations diplomatiques avec le régime Maduro. Pire encore, elle a officiellement été représentée à l’investiture de Nicolás Maduro pour un troisième mandat, le 10 janvier 2025, alors même que cette investiture était massivement contestée sur le plan régional et international et ce malgré un silence accusateur sur la manière dont Haïti aurait soldé la dette de PEtrocaribe qui aurait causé le départ humiliant de Ariel Henry.
Cette présence, justifiée par Leslie Voltaire au nom de la continuité diplomatique, a marqué un tournant clair : Haïti s’est volontairement placée à contre-courant des attitudes régionales, au moment précis où plusieurs démocraties latino-américaines dénonçaient une fraude électorale systémique au Venezuela.
Le paiement intégral de la dette PetroCaribe : un acte politique lourd
À cette posture s’ajoute un épisode central et encore largement controversé : le paiement intégral de la dette PetroCaribe au Venezuela, décidé sous le gouvernement d’Ariel Henry et révélé au début de l’année 2024. Ce paiement, évalué à près de 500 millions de dollars a été présenté comme le règlement final d’une dette estimée à plus de 1.700.000 de dollars, contractée dans le cadre du programme PetroCaribe.
Pour de nombreux observateurs, cette décision constitue l’un des éléments ayant accéléré la chute politique d’Ariel Henry, intervenue dans un contexte de pression interne et internationale extrême. Elle a surtout ravivé un traumatisme national : celui d’un programme PetroCaribe devenu, en Haïti, le symbole d’une corruption systémique et d’une dilapidation massive des ressources publiques.
Fait révélateur : c’est Caracas, et non Port-au-Prince, qui avait initialement rendu publique l’existence de ce paiement. Ce n’est que plusieurs mois plus tard que la ministre des Finances d’alors, Kethleen Florestal, a tenté d’en fournir des explications, tandis que la Primature reconnaissait avoir volontairement gardé l’opération confidentielle jusqu’à sa finalisation.
Après le 3 janvier 2026 : le silence comme ligne diplomatique
Dans ce contexte, le silence du CPT, coordonné par Laurent Saint-Cyr, représentant du secteur privé, après l’arrestation de Nicolás Maduro le 3 janvier 2026, ne relève ni de la prudence diplomatique ni de la neutralité stratégique. Il s’inscrit dans une continuité politique faite d’ambiguïtés, de calculs à court terme et d’un déficit manifeste de leadership.
Lorsque des messages ont circulé sur les réseaux sociaux affirmant qu’Haïti aurait dénoncé l’attaque américaine contre le régime vénézuélien, le CPT s’est empressé, le même jour, de qualifier ces informations de « fake news », se contentant de rappeler que toute communication officielle de la Présidence ne peut émaner que de ses canaux institutionnels.
Aucune position politique de fond n’a été exprimée.
Une diplomatie sans vision, à contre-courant des alliés traditionnels
La diplomatie conduite par le CPT apparaît ainsi dépourvue de vision stratégique. Dès mai–juin 2024, les premières rencontres officielles des conseillers-présidents ont montré une orientation marquée vers certains pays d’Amérique latine, notamment ceux de l’ALBA, au détriment des partenaires traditionnels d’Haïti sur le terrain — États-Unis, Canada, France, entre autres.
La transition s’est ainsi affichée à contre-courant du discours sans pression ni contrainte de la communauté internationale dite « traditionnelle », celle-là même qui structure l’aide sécuritaire, humanitaire et politique en Haïti. L’épisode de la publication par Fritz Alphonse Jean, conseiller-président, de conversations privées avec les ambassadeurs du Canada et des États-Unis en 2025, demeure emblématique de cette dérive diplomatique.
L’ADD et la République dominicaine : une ligne claire depuis 2024
À l’opposé, l’Alliance pour le Développement en Démocratie (ADD) — composée du Costa Rica, de l’Équateur, du Panama et de la République dominicaine — a adopté une position claire dès les élections présidentielles vénézuéliennes du 28 juillet 2024. L’ADD a dénoncé une fraude électorale flagrante, s’appuyant notamment sur les procès-verbaux authentifiés par le Centre Carter, attestant de la victoire d’Edmundo González Urrutia.
La République dominicaine, en particulier, n’a jamais varié. Après l’arrestation de Maduro, le président Luis Abinader a rappelé que son pays n’a jamais reconnu la légitimité de la proclamation de Nicolás Maduro à l’issue des élections de juillet 2024. Il a réaffirmé le soutien de Saint-Domingue à la Déclaration de Saint-Domingue d’août 2024, exigeant le respect du vote populaire, déclarant :
« La République dominicaine se tiendra toujours aux côtés de la démocratie. Où que ce soit, quand que ce soit et devant qui que ce soit. »
Haïti : l’effacement diplomatique comme choix politique
Pendant que la République dominicaine réaffirme une ligne de principe, Haïti se limite à publier une note rappelant que toute information officielle de la Présidence doit transiter par ses canaux institutionnels.
Cette posture contraste profondément avec la constance dominicaine. Haïti s’enferme dans une diplomatie incohérente, dictée par la peur de perdre des soutiens internationaux indispensables à un pouvoir de transition déjà fragilisé, tout en entretenant des relations ambiguës avec les adversaires de ces mêmes partenaires.
Le dossier vénézuélien vient ainsi s’ajouter à une série de positions floues du CPT, notamment dans le dossier colombien, où Haïti peine également à formuler une ligne lisible face aux recompositions régionales.
À force d’éviter les choix, l’État haïtien s’exclut lui-même des débats structurants du continent. Pays fondateur de la liberté des noirs, Haïti regarde aujourd’hui l’histoire se faire sans elle.
À l’approche du 7 février 2026, date annoncée de la fin de la transition, sans prévoyance ni anticipation, sans résultats tangibles en matière de sécurité, de gouvernance ou de légitimité institutionnelle, une question demeure :
Que restera-t-il de la voix d’Haïti sur la scène internationale, si elle choisit systématiquement de ne pas parler ? Peut-être avons-nous besoin de leaders qui parlent, de dirigeants qui prennent position d’une manière ou d’une autre, dans un sens ou dans un autre? Nous avons besoin de gens qui assument et qui prennent position d’un côté ou d’un autre mais des hommes et femmes doués d’intelligence et de courage pour redonner à Haïti la place de choix qu’elle a toujours occupée dans le concert des nations et surtout des VOTES ASSUMÉS. Les choses ont bien changé……
Brigitte Benshow
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