Le 10 avril 2025, le Sénat français a adopté une résolution appelant au rétablissement de la sécurité en Haïti. Ce texte salue notamment le processus politique initié à Kingston le 11 mars 2024 sous l’égide de la CARICOM, ayant conduit à la création du Conseil présidentiel de transition (CPT). Un appui formel qui survient un an et un mois après les faits… alors que le CPT est aujourd’hui affaibli, contesté et miné par les scandales.
Un virage parlementaire à contre-courant de l’Élysée
Cette reconnaissance du Sénat tranche avec les propos du président Emmanuel Macron, qui, après l’éviction de Garry Conille, avait qualifié les membres du CPT de « cons ». Jusqu’ici silencieuse face à cette sortie fracassante, la haute assemblée adopte aujourd’hui une posture radicalement différente. Le contraste est flagrant. Troublant, même. De son côté, le Conseil Présidentiel de Transition attend la décisition définitive de la France sur la restitution de la dette de l’indépendance.
Du mépris présidentiel à l’adhésion parlementaire : tournant ou calcul politique ?
Cette position du Sénat Français soulève plusieurs questions : pourquoi maintenant ? Pourquoi si tard ? Est-ce une tentative de corriger le tir face à une posture présidentielle décriée, ou une manœuvre d’image visant à se démarquer d’un chef d’État de plus en plus impopulaire ?
Un soutien hors du temps ?
Mais ce soutien arrive-t-il trop tard ? Le CPT, salué aujourd’hui par le Sénat français, est largement discrédité, tant en Haïti qu’à l’étranger. Les rapports de l’ONU alertent sur une dégradation persistante de la situation sécuritaire et humanitaire depuis l’installation du Conseil. Les scandales politiques, les soupçons de corruption, et l’absence de résultats concrets ternissent sa légitimité. Le contingent kenyan sur place attend encore un appui logistique pour récupérer le corps d’un de ses membres, profané par des gangs, selon une vidéo virale diffusée sur les réseaux sociaux.
Une posture ambiguë de la France ?
La résolution du Sénat soulève une interrogation de fond : s’agit-il d’une initiative sincère ou d’une opération de communication ? Est-ce un geste humanitaire, ou une prise de distance calculée vis-à-vis d’un exécutif décrié ? Pourquoi ce texte ne fait-il aucune mention du gouvernement haïtien censé coordonner les efforts de sécurité avec les forces internationales ?
Est-ce que la France entend se positionner clairement par rapport à la crise politique et sécuritaire à un moment où la communauté internationale semble être de plus en plus désintéressée de la cause haïtienne ?
Les États-Unis emboîtent le pas et soutiennent la CARICOM
Un peu plus de 72 heures après le vote du Sénat français, le dimanche 13 avril, le département d’État américain a publié une note réaffirmant son soutien au gouvernement de transition, et condamnant toute tentative visant à le déstabiliser. Washington a également exprimé son plein appui à la déclaration de la CARICOM, publiée au même moment.
Dans ce communiqué, les chefs de gouvernement de la CARICOM se disent « profondément préoccupés par les récentes informations selon lesquelles une coalition de gangs criminels chercherait à s’emparer du pouvoir et à imposer un changement des structures de gouvernance en Haïti à ce stade. Ce scénario est totalement inacceptable. »
Les États-Unis, en relayant cette note, s’alignent ainsi sur une posture de fermeté face aux gangs armés, tout en légitimant le processus politique actuellement en cours.
Retour du paternalisme diplomatique ?
Ce double positionnement, français et américain, donne l’impression d’un jeu diplomatique paternaliste, rappelant les grandes manœuvres internationales qui ont suivi le séisme du 12 janvier 2010. Comme si les deux puissances, historiquement influentes en Haïti, cherchaient à reprendre la main sur un processus qu’elles ont longtemps laissé en roue libre.
Le peuple haïtien attend toujours
Pendant ce temps, les Haïtiens attendent toujours des actes concrets. La crise n’a que faire des déclarations de principe. Le temps des gesticulations diplomatiques est révolu. Place aux solutions durables.
La rédaction
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