Paroles de préambule : entre façade et réalité
Parlors un peu de ce texte que certains tiennent pour l’âme d’une Constitution, l’expression d’un pacte social, une boussole collective : le préambule. Loin d’être un simple ornement, il dit la vision d’un peuple, ses valeurs essentielles, ses aspirations profondes.
Depuis 1805, Haïti a multiplié ces textes solennels. Chacun a proclamé de grandes vérités : la souveraineté retrouvée, l’égalité universelle, l’invocation de l’Être Suprême, la promesse du progrès social, l’unité nationale. À chaque génération, les mots ont voulu inspirer, mobiliser, légitimer l’État.
Mais trop souvent, ces paroles sont restées sans lendemain. La souveraineté s’est affaiblie dans la dépendance. L’unité s’est brisée dans les luttes de pouvoir. L’égalité et la justice sociale, répétées comme un refrain, n’ont pas franchi le seuil des politiques effectives. Ainsi, au lieu d’être le socle d’une marche collective, le préambule est devenu, dans l’imaginaire haïtien, une façade : belle à regarder, mais vide dans sa portée.
Faut-il en conclure qu’il ne sert à rien ? Certainement pas. Sa force n’est pas seulement juridique, elle est symbolique et morale. Dans d’autres pays, les préambules ont rappelé aux dirigeants leurs engagements et mobilisé les citoyens pour défendre leurs droits. En Haïti, ce potentiel n’a pas échoué parce que les PRÉAMBULES étaient mal rédigés, mais parce qu’ils n’ont pas été assumés comme un véritable contrat social.
Entre façade et promesse, l’histoire d’Haïti a trop souvent choisi la façade. Mais il est temps de redonner force et sens à la parole constitutionnelle, pour que ce qui est écrit ne soit plus décor mais engagement. Car ce n’est pas la beauté du texte qui construit l’avenir d’un peuple, mais la volonté ferme de transformer la promesse en réalité.
Chantal V. Céant.
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