19 janvier 1995 ! Comme un oiseau dans le filet de l’oiseleur, je fus prise au piège tendu par ceux qui m’en voulaient. Ah, il y a un passé qui ne vieillit jamais car il reste accroché à la gorge du temps, suspendu dans notre mémoire !
Ma route était piégée et je n’ai pas pu l’éviter. Un double enlèvement … Dr. Anne Marie Guirand et moi étions les victimes. Nous étions toutes deux prisonnières dans mon propre véhicule et partagions le siège arrière où nous fûmes reléguées, lorsque ces deux malfrats s’emparèrent de nous.
Anne- Marie reçut une balle mortelle et s’éteignit comme une lampe en plein jour. Moi je fus laissée à la frontière du tombeau ; du sang quittait mes terribles blessures causées par les trois balles qui ont transpercé ce corps enfoui dans cette fosse qui m’attendait à Ti Tanyen. Oui j’ai survécu car l’ange de l’Eternel campait autour de moi et m’a gardée en vie.
Après le sang, après les larmes, une autre violence a commencé : le silence. Où sont passés nos ravisseurs ? Il est bruit que l’un d’eux a été assassiné lui aussi. Qui l’a éliminé ? Selon eux, ils « faisaient un job » Cet enlèvement -cette action brûlante d’inhumanité – était commandité et les bandits l’accomplissaient avec un froid désarmant. Etant donné que tout employé a un employeur ou même plusieurs, qui étaient ces derniers ? Ont-ils déjà fait le grand voyage ? Sont-ils derrière les barreaux ? Puisque, chez nous, les barreaux sont fragiles, il est possible qu’ils circulent librement, cravate bien nouée, et fréquentent les salons discrets du pouvoir ?
19 janvier 1995-19 janvier 2026 ! 31 ans ! Haïti est comme une vigne confiée à des vignerons infidèles ! Quand est-ce que les dirigeants changeront de comportement ? Ils ne font que planter des promesses et… le peuple récolte la terreur, la violence. Ils bâtissent leurs richesses sur les ossements des gens qu’on abat en plein jour, sur les viols des enfants, des femmes et même des hommes.
Les gangs, ces hors-la-loi, font la loi dans 90% de la capitale et dans certaines zones de province pendant que le pouvoir s’emmitoufle d’un silence inviolable. “Ce qui nous tue, ce n’est pas seulement la mort », c’est aussi cette désinvolture qui se traduit dans l’absence de la justice toujours présente dans les paroles que ces dirigeants prononcent sans aucune décence.
Ce qui fait mal est que les dirigeants ouvrent les portes du pays aux malfrats et le peuple se trouve cloué entre la frayeur de parler et la peur de se taire. Vous qui gouvernez seulement pour ne plus revivre la situation d’un ventre affamé, qui confondez stabilité et peur installée, vous qui au sein de la société commanditez des crimes, attendez –vous à être jugés car « Le Seigneur se lève pour plaider, il se tient debout pour vous juger et faire justice au peuple opprimé ». Vous qui semez le deuil, le deuil vient à vos portes.
Vous qui faites ou cautionnez le mal, rappelez-vous que « bay kou bliye , pote mak sonje ». Le sang n’oublie pas, et Dieu qui est toujours près du cœur brisé se manifeste toujours quand l’innocence est massacrée.
Vous qui me lisez pensez que je ne suis pas guérie. Rassurez-vous. Même lorsqu’on continue de vivre, qu’on transcende, on n’oublie jamais un crime qui n’a pas de visage condamné.
Si je commémore tous les ans, c’est parce que je refuse d’oublier. En parler, c’est résister pour continuer d’exister et servir de voix aux sans -voix- trop abattus et incapables de dénoncer. Et tant que la vérité est enterrée, le 19 janvier ne passera pas. Cette date se transformera de plus en plus en une prophétie, une lampe allumée pour dissiper les ténèbres.
Je suis sûre qu’un jour justice et vérité se rencontreront et feront route ensemble.
Dr. Winie Edugène Robin
Conference Nationale: Sauver Haiti (Facebook)
19 janvier 2026
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