Le Département de la Justice américain a communiqué ce lundi 21 Septembre sur le transfert de 18 prévenus d’Haïti vers Miami, dans le cadre de nouvelles accusations fédérales liées à l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, survenu le 7 juillet 2021.
Selon le communiqué du bureau du procureur des États-Unis pour le district sud de la Floride, ces 18 personnes font partie d’un groupe de 30 prévenus inculpés par un grand jury fédéral pour différents rôles présumés dans le complot visant à tuer le président haïtien.
Les nouvelles accusations, récemment rendues publiques, comprennent également un volet de fraude et de blanchiment d’argent qui aurait impliqué des fonds du Paycheck Protection Program (PPP), programme américain d’aide mis en place pendant la pandémie de COVID-19.
Une opération menée par le FBI et HSI
Pour assurer le transfert, les autorités américaines ont mobilisé des membres de la Hostage Rescue Team (HRT), l’unité d’intervention d’élite du FBI, ainsi que des agents du FBI Miami et de Homeland Security Investigations (HSI).
Les agents ont voyagé à bord d’un appareil militaire équipé pour faire face à d’éventuelles attaques de gangs armés aux abords de l’aéroport de Port-au-Prince, selon le communiqué américain.
Le procureur américain du district sud de la Floride, Jason A. Reding Quiñones, présente cette opération comme une nouvelle étape dans la recherche de responsabilités autour de l’assassinat de Jovenel Moïse.
« Aujourd’hui marque la prochaine étape majeure de notre quête de responsabilité concernant l’assassinat du président Jovenel Moïse », a déclaré Jason A. Reding Quiñones.
Le procureur américain affirme que l’enquête ne se limite pas aux personnes qui auraient planifié ou exécuté l’assassinat.
« Notre travail ne s’est pas arrêté avec les hommes qui ont planifié et exécuté cet assassinat. Nous suivrons les preuves partout où elles nous mèneront, vers ceux qui l’ont financé, facilité, soutenu ou commis des crimes pour le rendre possible », a-t-il ajouté.
Selon lui, cinq ans après l’assassinat, les autorités américaines continuent de présenter de nouveaux prévenus devant les tribunaux américains et « ne sont pas terminées » avec cette affaire.
Le FBI évoque des intérêts financiers
Brett Skiles, agent spécial chargé du FBI Miami, affirme pour sa part que l’assassinat aurait été lié, selon les enquêteurs américains, à la recherche d’opportunités financières et de contrats commerciaux.
« En juillet 2021, le président Jovenel Moïse a été assassiné par des individus cherchant à tirer profit d’opportunités financières illicites et de contrats commerciaux », a déclaré Brett Skiles.
Il souligne également que les arrestations menées dans plusieurs lieux et dans différents pays témoignent, selon le FBI, de la volonté de poursuivre les personnes soupçonnées d’avoir participé au complot.
Le FBI Miami affirme rester engagé, avec ses partenaires américains et internationaux, à faire en sorte que les personnes accusées d’avoir cherché à tirer profit de l’assassinat d’un chef d’État répondent de leurs actes devant la justice.
HSI promet de poursuivre l’enquête sur le réseau
De son côté, José R. Figueroa, agent spécial chargé de HSI Miami, insiste sur le caractère transnational du dossier.
« Homeland Security Investigations est particulièrement bien placé pour enquêter sur des crimes complexes qui traversent les frontières, exploitent les systèmes financiers et menacent la sécurité des États-Unis et de la communauté internationale », a-t-il déclaré.
À propos de l’assassinat de Jovenel Moïse, José R. Figueroa affirme que HSI entend travailler avec ses partenaires pour approfondir l’enquête sur le réseau impliqué.
L’objectif affiché est de déterminer, selon lui, « chaque personne ayant joué un rôle » et de poursuivre les responsables présumés.
23 noms cités dans le volet de la conspiration
Les documents judiciaires récemment rendus publics citent 23 personnes dans les accusations liées au complot présumé visant à tuer ou enlever le président Jovenel Moïse.
Il s’agit de :
- Christian Emmanuel Sanon, alias « Kumbe », « Pumba », « Bubba », « Mr. President », « P » ;
- Byron Sherrod Rainer, alias « B. Ellis Rains », « Byron Rain », « Byron Ellis » ;
- Joseph Felix Badio, alias « Cousin » ;
- Vitel’Homme Innocent ;
- Carlos Giovanni Guerrero Torres, alias « Don Francisco » ;
- Victor Albeiro Pineda Cardona, alias « Pipe » ;
- Juan Carlos Yepes Clavijo, alias « Woker » ;
- Naiser Franco Castaneda, alias « Esneider » ;
- Angel Mario Yarce Sierra ;
- Jheyner Alberto Carmona Flores, alias « Joseph » ;
- Edwin Enrique Blanquicet Rodriguez, alias « Daniel » ;
- Manuel Antonio Grosso Guarin, alias « Mauricio » ;
- Jhon Jairo Ramirez Gomez, alias « Danny » ;
- Francisco Eladio Uribe Ochoa, alias « Cristian » ;
- Alejandro Giraldo Zapata, alias « Alexander » ;
- Neil Caceres Duran, alias « Anderson » ;
- Jhon Jader Andela ;
- Enalber Vargas Gomez, alias « Victor » ;
- John Jairo Suarez Alegria, alias « Angel » ;
- Gersain Mendivelso Jaimes ;
- Alex Miyer Peña, alias « Holman » ;
- Samir Handal ;
- Ashkard Pierre.
Le communiqué précise que ces personnes sont accusées d’infractions découlant de la conspiration présumée visant à tuer ou enlever Jovenel Moïse.
Quatre autres noms dans le volet financier
Le dossier comporte également un volet distinct concernant une présumée fraude liée aux programmes PPP-EIDL et des faits de blanchiment d’argent.
Quatre noms sont cités dans cette partie :
- Byron Sherrod Rainer, alias « B. Ellis Rains », « Byron Rain », « Byron Ellis » ;
- Jameela Ammara Simmons ;
- Marcel Williamson ;
- Travis Barrett Nave.
Selon l’acte d’accusation, des membres de la conspiration auraient notamment coordonné le financement d’armes, effectué des déplacements vers et depuis Haïti durant les phases de préparation et utilisé des communications cryptées pour organiser l’opération.
Certains prévenus auraient également fourni un soutien matériel tout en sachant, selon l’accusation, que la conspiration devait aboutir à une attaque violente ayant entraîné la mort du président.
Jusqu’à la perpétuité pour certains prévenus
Le Département de la Justice américain indique que certains des prévenus encourent une peine maximale pouvant aller jusqu’à la prison à vie s’ils sont reconnus coupables.
La peine éventuelle sera déterminée par un juge fédéral, après examen des directives américaines en matière de détermination des peines et des autres facteurs prévus par la loi.
Trois procureurs chargés des poursuites
Les poursuites sont assurées par les procureurs adjoints des États-Unis Sean T. McLaughlin, Jason Wu et Altanese Phenelus.
L’enquête est menée par FBI Miami et HSI Miami, avec l’assistance des forces de l’ordre haïtiennes et de partenaires internationaux.
L’opération s’inscrit dans le cadre de la Homeland Security Task Force (HSTF), une initiative créée par le décret exécutif 14159. La HSTF rassemble notamment des agents du FBI Miami et de HSI Miami et vise, selon le Département de la Justice, les cartels criminels, gangs étrangers, organisations criminelles transnationales ainsi que les réseaux de trafic et de traite opérant aux États-Unis et à l’étranger.
La présomption d’innocence rappelée
Le Département de la Justice américain rappelle finalement qu’un acte d’accusation ne constitue qu’une allégation.
Tous les prévenus sont présumés innocents jusqu’à ce que leur culpabilité soit établie au-delà de tout doute raisonnable devant un tribunal.
La rédaction
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