SANTIAGO, République dominicaine – Le football se retrouve de nouveau au cœur des tensions entre Haïti et la République dominicaine. L’organisation nationaliste Antigua Orden Dominicana appelle à une mobilisation le mardi 20 octobre à Santiago pour tenter d’empêcher la tenue de la demi-finale retour de la Concacaf Caribbean Cup 2026 entre le club haïtien Violette AC et le club jamaïcain Portmore United FC.
Le rassemblement est annoncé à 16 heures au Monument aux Héros de la Restauration, trois heures avant le coup d’envoi prévu à 19 heures à l’Estadio Cibao. Le dirigeant du mouvement, Ángelo Vásquez, a tenu des propos virulents, appelant ses partisans à « se faire respecter » et évoquant le recours à la force.
Un match de club, organisé par la Concacaf
Sur le plan sportif, il ne s’agit pas d’un match de la sélection nationale haïtienne, mais d’une rencontre de club dans une compétition régionale. La Concacaf a confirmé que Violette AC et Portmore United disputeront la manche retour le mardi 20 octobre à l’Estadio Cibao de Santiago de los Caballeros.
Le club haïtien s’est qualifié avec un parcours historique. Violette AC a terminé premier du groupe A avec quatre victoires en quatre matchs, devenant le premier club haïtien et le premier débutant à réussir une phase de groupes parfaite dans l’histoire de la Caribbean Cup.
L’enjeu dépasse le simple prestige : trois clubs de la compétition se qualifieront pour la Concacaf Champions Cup 2027. La rencontre sera par ailleurs diffusée par les partenaires officiels de la Concacaf, dont ESPN et Disney+ dans la Caraïbe.
Violette doit remonter un handicap de deux buts
Au match aller, le 13 octobre à Sabina Park (Kingston), Portmore United s’est imposé 3-1 face à Violette AC. Les Haïtiens avaient pourtant ouvert le score par Jean-Fabrice Vedrine avant de céder sous un doublé de Javier Brown. Il s’agissait de la première défaite de la saison pour Violette. La règle du but à l’extérieur restant en vigueur dans la compétition,
Le précédent du 1er octobre au stade Félix-Sánchez
La mobilisation annoncée s’inscrit dans le prolongement de la polémique née du match entre Haïti et la République dominicaine, le 1er octobre 2026 au Stade olympique Félix-Sánchez de Saint-Domingue, comptant pour la Ligue des nations de la Concacaf. Haïti l’avait emporté 4-1, grâce notamment à un doublé de Wilson Isidor.
Selon un rapport préliminaire de la Fondation Zile, organisation binationale haïtiano-dominicaine, la fédération dominicaine attendait entre 10 000 et 12 000 spectateurs, mais a vendu 23 604 billets, pour une affluence estimée à 25 000 personnes. Environ une demi-heure avant le coup d’envoi, des bousculades et une échauffourée se sont produites à la porte 22 du secteur Est, où un portail a été endommagé, puis réparé dès le lendemain. Le rapport fait état de signalisation insuffisante, d’un manque d’agents de contrôle et de l’usage de gaz lacrymogène et de dispositifs de type Taser. La Fédération dominicaine de football a elle-même qualifié les faits d’« incidents mineurs ».
À l’issue de la rencontre, des propos de Wilson Isidor, « Hispaniola, c’est Haïti. Ici, c’est Haïti », ont suscité une vive controverse en République dominicaine. La Fédération haïtienne de football a demandé que l’expression ne soit pas détournée à des fins étrangères au football, tandis que la fédération dominicaine a annoncé une plainte auprès de la FIFA et de la Concacaf.
Une interdiction annoncée, puis nuancée
Dans la foulée, le ministre dominicain des Sports, Kelvin Cruz, avec le soutien du président, a d’abord annoncé une interdiction totale pour la sélection haïtienne de jouer dans les installations sportives du pays. Il a ensuite précisé que la mesure visait uniquement la possibilité pour Haïti d’y disputer ses matchs à domicile, la sélection pouvant toujours s’y produire comme équipe visiteuse.
Cette décision, qui concerne la sélection nationale, est aujourd’hui invoquée dans le débat sur la présence du Violette AC à Santiago, alors même que le club haïtien joue sous l’autorité de la Concacaf, contre une équipe jamaïcaine. La Fondation Zile, dans son rapport, avait mis en garde contre le risque que des sanctions collectives transforment le football en « amplificateur de la méfiance » et appelé à distinguer les tensions migratoires et diplomatiques des liens sportifs entre les deux peuples.
La sécurité du match en question
La polémique illustre la manière dont le football devient un terrain de confrontation politique. Alors que Violette AC se présente à Santiago pour disputer une demi-finale obtenue sur le terrain, des groupes nationalistes cherchent à faire de cette rencontre un symbole de souveraineté.
Une question demeure : les autorités dominicaines et la Concacaf garantiront-elles la tenue du match et la sécurité des joueurs, des officiels et du public ? À l’heure où nous publions, aucune déclaration officielle n’a été relevée sur le dispositif prévu pour mardi. Ni les autorités haïtiennes, à travers l’ambassade d’Haïti en République dominicaine, ni le consulat d’Haïti à Santiago n’ont fait de déclaration sur les dispositifs d’encadrement prévus pour les joueurs et le public.
La rédaction
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