Le 23 août 2026, lors d’une réunion de travail réunissant les dirigeants des 52 partis membres, Me Camille Leblanc — avocat, ancien ministre de la Justice et représentant légal de Viktwa auprès du Conseil électoral provisoire (CEP) — a prononcé le 18 Août dernier, le discours fondateur de la coalition. Devant les partis et militants réunis, il a résumé l’esprit du mouvement : « Le fait que nous soyons tous réunis, dans cette salle, aujourd’hui, est déjà, en soi, une victoire ».
Un rassemblement sans précédent dans le paysage politique haïtien
Cinquante-deux partis. Une seule voix. C’est le pari audacieux que vient de lancer Viktwa, une nouvelle coalition politique haïtienne officialisée lors d’une journée de retraite réunissant l’ensemble de ses dirigeants. Dans un pays où le morcellement partisan a longtemps été perçu comme un obstacle à la gouvernance, cette union marque une rupture symbolique et stratégique.
« Le fait que nous soyons tous réunis, dans cette salle, aujourd’hui, est déjà, en soi, une victoire », a déclaré le porte-parole de la coalition, résumant l’esprit d’un mouvement qui se veut avant tout un pacte de dépassement des egos et des rivalités historiques.
Un emblème chargé de sens : la main levée en « V »
Le symbole choisi par la coalition n’a rien d’anodin. Une main levée en signe de victoire, aux couleurs bleu et rouge du drapeau haïtien, incarne les trois piliers fondateurs du mouvement, comme l’a détaillé Me Leblanc dans son discours :
- V comme Victoire — à obtenir dans les urnes, pas dans les discours
- V comme Vision — un projet commun au-delà des 52 histoires partisanes
- V comme Vérité — un discours sans détour sur l’état réel du pays
Cette trilogie, martelée en français comme en créole (Viktwa, Vizyon, Verite), fonctionne comme un véritable slogan de campagne. « Ble a se enstitisyon. Wouj la se kouraj », a lancé le représentant légal de la coalition à l’assemblée, avant de conclure : « Se sa VIKTWA ye » — c’est cela, Viktwa.
Les partis phares du groupement
Parmi les 52 formations qui composent Viktwa, plusieurs partis reconnus de la scène politique haïtienne occupent une place de premier plan :
- Renmen Ayiti, dirigé par Jean Henry Céant
- Relans, dirigé par Wilner Joseph également un des initiateurs du groupement.
- ASE, dirigé par Cholzer Chancy
- DEFHI, dirigé par le Dr Martial Bénèche
- CAHDOA, dirigé par Ivon Feuillé
- Team Leonard, dirigé par Yves Leonard
- MNT, dirigé par Jorchemy Jean Baptiste
- Tapsa, dirigé par Kalebe Augustin
Cette diversité de sensibilités et de personnalités, réunies sous une même bannière, illustre l’ambition de Viktwa de se présenter comme une coalition véritablement représentative des différentes régions et courants politiques du pays.
Une réponse directe aux crises qui frappent Haïti
Le discours fondateur de Viktwa ne fait l’impasse sur aucun des maux qui rongent le pays : insécurité généralisée, chômage des jeunes, violences faites aux femmes et aux enfants, paysannerie abandonnée, écoles fermées, institutions fragilisées. La coalition affirme vouloir remettre au centre du jeu politique les citoyens habituellement relégués à la marge — femmes, jeunes, paysans — et rebâtir un État de droit fonctionnel.
Me Camille Leblanc a également consacré une partie importante de son discours à la question migratoire, évoquant la fin annoncée de plusieurs programmes migratoires à l’étranger et la nécessité de préparer un retour digne des ressortissants haïtiens.
Une stratégie de terrain, département par département
Au-delà des symboles, Viktwa annonce un plan de mobilisation concret : mise en place d’équipes dans les dix départements et dans chaque commune du pays, opérations d’inscription électorale, et recrutement massif de membres et sympathisants. « Allez chercher chaque électeur. Dans chaque quartier, chaque marché, chaque église, chaque section communale », a demandé Me Leblanc aux dirigeants des 52 partis, résumant l’objectif en une formule : « Chaque nom ajouté à nos listes […] est une voix de plus pour la victoire commune ».
Le défi juridique et électoral : ce qu’implique le décret du 2 juin 2026
La constitution de VIKTWA ne relève pas seulement du symbole. Elle s’inscrit dans un cadre légal précis, notamment le Décret électoral du 2 juin 2026, qui régit l’agrément, l’enregistrement et la participation des partis et groupements politiques aux prochaines élections générales.
Le décret prévoit par ailleurs un régime particulier pour les groupements réunissant 50 partis politiques ou plus : une réduction de 100 % sur les frais d’inscription des candidatures, ce qui équivaut, de facto, à une exonération totale des frais d’inscription pour les candidats présentés par ces groupements.
Selon Me Camille Leblanc, ce statut de groupement le plus important comporte à la fois une responsabilité et un avantage stratégique : celui de peser plus lourd dans la configuration électorale nationale, tout en devant répondre aux exigences administratives et organisationnelles propres à une coalition de cette taille, structuration départementale et communale. « Notre responsabilité, à partir d’aujourd’hui, est claire : nous structurer, nous organiser », a-t-il déclaré, qualifiant la transition en cours d’« occasion, peut-être la dernière avant longtemps » de reconstruire la confiance entre institutions et citoyens. Un chantier gigantesque, à la mesure de l’ambition affichée par la coalition.
Unité de façade ou véritable tournant politique ?
Reste la grande question que pose toute coalition de cette ampleur : les 52 partis sauront-ils dépasser leurs divergences sur les candidatures et les découpages électoraux le moment venu ? Le discours anticipe déjà les tensions à venir, les qualifiant de « normales » et inhérentes à tout processus démocratique, tout en appelant à ne jamais perdre de vue l’objectif commun.
Dans un contexte de transition politique jugée décisive, Viktwa se positionne comme une tentative de réponse structurelle à des décennies de fragmentation partisane. Son succès dépendra désormais de sa capacité à transformer ce discours fondateur en organisation réelle sur le terrain, avant l’échéance électorale.
La rédaction
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