Alors que circulent des rumeurs sur d’éventuels changements dans certaines directions générales et au sein du cabinet ministériel, le regroupement Ensemble Contre la Corruption (ECC) prend publiquement position pour le maintien de Me Jacques Hans Ludwig Joseph, directeur général de l’ULCC, et de Julcène Édouard, directeur général de l’Administration générale des douanes (AGD).
Après avoir erré lourdement — et presque de manière malveillante — dans le dossier du Ministère de la Jeunesse, l’ULCC et l’ECC ont publiquement humilié une ministre en fonction, fragilisant encore l’image déjà ternie de l’administration publique.
Dans une lettre ouverte adressée à Laurent Saint-Cyr, coordonnateur du Conseil présidentiel de transition (CPT), l’ECC — qui regroupe sept organisations de la société civile dont le RNDDH, CE-JILAP, CARDH, CRESFED, CONHANE, PAJ et le Sant Karl Lévêque — exige purement et simplement que cessent les rumeurs de changement. Une posture qui donne l’impression que ces deux DG sont devenus intouchables, comme s’ils avaient hérité à vie de leurs fonctions.
La présidente de l’ECC, Marie Rosie Auguste Ducénat, a confirmé cette démarche au micro du Journal 4e de Radio Kiskeya, affirmant qu’il n’existe “aucune raison évidente” de les remplacer : “On ne change pas une équipe qui gagne”, dit-elle. Elle met en avant la “bonne performance douanière” et “le nombre de rapports publiés par l’ULCC”.
Pour la Douane, Mme Ducénat cite des recettes supérieures aux prévisions, alors que la DGI traverse des difficultés. Pour l’ULCC, elle souligne la publication d’une dizaine de rapports d’enquête et de plus de 70 requêtes de déclaration de patrimoine sur les deux derniers exercices.
Mais plusieurs observateurs rappellent que ces performances douanières sont survenues après des rencontres du DG Édouard avec l’ex-ambassadeur américain, dans un contexte marqué par les sanctions américaines et canadiennes contre l’ex-DG Romel Bell. M. Edouard était depuis lors membre de l’équipe de Bell. Les recettes ont effectivement grimpé, mais les armes et la drogue continuent d’entrer librement dans le pays effrondré par le banditisme. Or, la mission des Douanes ne se limite pas aux chiffres comptables.
Quant à l’ULCC, ses rapports évitent soigneusement certaines affaires sensibles : les fonds dits “de l’intelligence” du Palais partagés effectivement entre les neuf membres du CPT, le dossier Dermalog, ou encore les liens présumés avec Martine Moïse, inculpée dans l’assassinat du président Jovenel Moïse. L’ECC reste aussi silencieuse sur les accusations de conflits d’intérêts autour du cabinet Expertus, dirigé et fondé par Me Hans Joseph, aucune enquête sur les relations de Hans Joseph et le traducteur des mercenaires arrêtés à la BRH en 2019, aucune enquête sur les contrats donnés au groupe Paul et Associés à l’ULCC. Me Hans Joseph étant lui même partenaire et investisseur dans ce groupe. (N’y a-t-il pas lieu de parler de délit d’initié?).
En ce qui concerne le DG Édouard, Rappelons que le magistrat Jean Wilner Morin, aujourd’hui Protecteur du citoyen, alors juge d’instruction au tribunal de première instance de Port-au-Prince, avait demandé le 3 avril 2023 une interdiction de départ contre plusieurs personnalités, dont l’actuel DG de la Douane. Me Morin s’est bâti une réputation solide d’anti-corruption grâce à des enquêtes menées sans compromis ni compromission, donnant d’autant plus de poids à ses avertissements. Tout porte à croire de le DG de l’ULCC, Hans Joseph, investit massivement dans une campagne de communication en sa faveur, à croire qu’il a peur de laisser le poste. Que craint-il finalement ?
La posture d’ECC interroge. Son silence passé sur les violations des droits humains attribuées à l’ULCC, ou encore sur les plaintes de personnalités humiliées sans recours effectif, contraste avec son zèle actuel. Des voix comme Fondasyon Je Klere (FJKL) ou Me Samuel Madistin ont, à plusieurs reprises, plaidé pour plus de professionnalisme et moins de partialité dans les enquêtes.
Après plus de cinq ans et huit mois à la tête de l’ULCC, pourquoi un éventuel départ de Hans Joseph provoquerait-il une telle levée de boucliers ? La Douane est-elle seulement une question de recettes ? Et l’ECC est-elle dans son rôle en exigeant de “faire taire les rumeurs”, ce qui revient à demander implicitement le maintien de ces dirigeants ?
En réalité, ni l’ULCC ni l’AGD ne sont dirigées par des figures irréprochables ou irremplaçables. Si le CPT ou le gouvernement juge des changements nécessaires, leurs successeurs devront simplement poursuivre la mission. Le pays ne manque pas de compétences. Ce qui manque, ce sont des institutions qui inspirent confiance à tous, et non pas à un cercle restreint.
James Paul
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