En Haïti, le ciel devient un espace d’exploitation effrénée des utilisateurs obligés devant l’indifférence de l’État haïtien. Tandis que les gangs armés prennent le contrôle éhonté des routes qu’ils paralysent à volonté, les compagnies aériennes, avions et hélicoptères, profitent de la situation pour imposer des tarifs inédits à la limite prohibitifs et un service client minimaliste. Pour moins de 45 minutes de vol, des billets atteignent des montants inabordables. Tout cela dans l’insouciance apparente des autorités qui nous dirigent.
Le ministre du Commerce et de l’Industrie, James Monazard, ne dit rien. Le ministre des Travaux Publics Transports et Communications Raphael Hosty, les directeurs de l’Autorité Aéroportuaire Nationale, M. Yves Ducarmel François, et de l’Autorité Portuaire Nationale, Jocelin Villier, ne pipent mots. Compter sur la parole des Chambres de commerce est une peine perdue. Un silence complice généralisé.
L’État Haïtien, qui dispose de ses propres structures de vols aériens, avions et hélicoptères, semble peu concerné par la flambée des prix. Ce silence est d’autant plus inquiétant que le secteur privé, largement impliqué dans l’aviation domestique, se confond avec le pouvoir politique et économique.
Des tarifs hors de portée
Pour rejoindre Port-au-Prince, un Haïtien à l’étranger relève du parcours du combattant financier.
- JFK–Miami avec American Airlines, 130 USD
- JFK-Fortlauderdale avec JetBlue ou Spirit : 100 USD.
Tandis que:
- Miami–Cap-Haïtien avec Sunrise Airways : 665 USD (Airfare 499 USD + surcharge 125 USD + taxes 41 USD).
- Cap-Haïtien–Port-au-Prince en hélicoptère : entre 550 USD et 650 USD (sans bagage).
Un simple aller Port-au-Prince–Cap-Haïtien coûte 250 USD pour moins de 45 minutes de vol (Airfare 185 USD + surcharge 40 USD + taxes 18,50 USD).
Dans le meilleur des cas, un aller-retour Port-au-Prince–Cap-Haïtien coûte 500 USD, mais les vols affichent souvent complets plusieurs jours à l’avance et dès fois jusqu’à 10 jours.
Le service à la clientèle est quasi inexistant, accueil dans une fournaise à l’aéroport du Cap-Haitien, retard sans excuse, annulations banalisées de dernière minute, remboursements difficiles, obligations contractuelles non respectées et aucun aménagement pour le client en cas d’imprévus et cela même du côté de la ligne aérienne avion ou hélicoptère. Les passagers sont purement et simplement abandonnés après avoir payé des sommes exorbitantes.
Certains passagers vont plus loin et soupçonnent Sunrise Airways d’avoir des accords implicites ou tacites avec des compagnies d’hélicoptères – telles que Helicosa, HERO Client Rescue, Haïti Aero Solutions ….pour ne citer que celles-là – pour provoquer la rareté et forcer les voyageurs malgré eux à recourir à l’hélicoptère. Une rareté artificielle des sièges est donc créée pour pousser soit à l’affrètement ou imposer des itinéraires plus coûteux via Les Cayes par exemple.
Un monopole soutenu par l’État
Au lieu de casser ce monopole, l’État haïtien a choisi d’octroyer, sans réelle contrepartie, une couverture d’assurance complémentaire de 11 millions USD à Sunrise Airways. Cette couverture sera mobilisée uniquement en cas de sinistre, pour indemniser les victimes et les dégâts matériels au-delà des assurances privées. Une mesure confirmée par un communiqué de la compagnie qui a été transmis à notre rédaction. L’État n’a pas jugé utile d’imposer à Sunrise le moindre engagement social, ni d’établir des obligations en faveur des populations des Cayes et de Jacmel. Aucun avantage direct, aucun bénéfice tangible pour ces communautés pourtant en première ligne.
Sunrise Airways : membre influent et position stratégique
Sunrise Airways est membre de l’Association des Industries d’Haïti (ADIH), signataire de l’accord du 3 avril 2024. Son PDG, Philippe Bayard, est également consul honoraire de la Norvège, ce qui alimente les critiques sur les conflits d’intérêts et l’influence de l’entreprise dans les décisions de l’État. Le président actuel du Conseil Présidentiel de transition, Laurent Saint-Cyr est un produit des Chambres de Commerce et d’Industrie. Son silence aussi s’explique.
Avec seulement trois rotations quotidiennes (vols directs) Port-au-Prince–Cap-Haïtien, Sunrise Airways ne couvre pas la demande. De nombreux passagers sont obligés de passer par Les Cayes pour rejoindre la capitale. Un billet Cap-Haïtien–Les Cayes coûte 260 USD (Airfare 200 USD + taxes 20 USD + surcharge 40 USD), auquel s’ajoute un billet séparé Les Cayes–Port-au-Prince coutant environ 250 USD ? soit près de 510 USD au total pour rentrer sur Port-au-Prince.
Des vols saturés par l’État et les ONG
Les sièges sont régulièrement bloqués par l’État et les organisations internationales pour leurs tournées dans le Nord, saturant encore davantage les vols. Entre rareté organisée, tarifs exorbitants et absence de régulation, les Haïtiens voient leur ciel transformé en zone de racket légalisé.
Un appel à la responsabilité
Face à cette situation, le CPT constitué de plusieurs septentrionales et le Premier ministre Alix Didier Fils Aimé sont invités à réévaluer le soutien accordé aux compagnies aériennes et à se positionner du côté des citoyens, et non d’un secteur privé accusé de dépouiller la population du peu qui lui reste.
La rédaction
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