L’émergence d’une société civile politique
Cette transition a mis à nu la défaillance et la désarticulation des partis politiques, notamment sur les quinze (15) dernières années. Aucun groupement et/ou regroupement politique, aucun parti, n’a pu incarner un leadership éclairé auquel l’on reconnaît des partis politiques partout ailleurs dans cette crise. Cette crise qui, il faut le dire, n’a pas commencé avec l’assassinat de Jovenel, mais depuis le deuxième lundi de janvier 2020.
Des organisations « ad hoc » de la société civile se sont érigées comme les véritables ayants droit du pouvoir. Après elles, c’est le néant. Une véritable gifle à la gouvernance politique quand l’on constate que des organisations de la société civile veulent remplacer les partis politiques, qui sont les principaux piliers de la démocratie. Aujourd’hui encore, l’on peut se demander pourquoi des plateformes de la société civile, avec cette si grande représentativité dont elles se réclament, refusent de s’organiser pour aller aux élections.
Haïti, un terreau pour le terrorisme international
Le 2 mai 2025, les États-Unis ont officiellement désigné la coalition criminelle « Viv Ansanm » et le gang « Baz Gran Grif » comme organisations terroristes étrangères et terroristes mondiaux. Autrement dit, les gangs haïtiens sont inscrits dans la galerie des organisations terroristes au même titre que Harakat, Hezbollah, Al Nujaba, Afghan Support Committee, Boko Haram, Al Rashid Trust, Al-Qaïda, pour ne citer que celles-là.
Si nous tenons compte d’autres fléaux, en juillet 2025, 1 045 kilogrammes de cocaïne ont été saisis tout près de l’île de la Tortue lors d’une opération maritime des autorités haïtiennes. Il s’agit, en trente (30) ans, de la plus importante saisie de drogue du pays. Selon le système des Nations Unies, Haïti joue un rôle central dans les routes internationales du trafic de drogue reliant l’Amérique du Sud, les Caraïbes et les États-Unis. En août 2025, les autorités belges ont saisi 1 156 kg de cocaïne dans le port d’Anvers, dans un conteneur en provenance d’Haïti. Parallèlement, les services de renseignement jamaïcains ont établi l’existence d’un important trafic d’armes en échange de drogue impliquant des gangs haïtiens. Selon les Nations Unies, ces nouvelles routes internationales de la drogue facilitent également les opérations de trafic de migrants auxquelles participent des Haïtiens.
Une communauté internationale qui ne dit pas son nom mais qui ne se cache plus derrière les rideaux
Au lendemain de la mort de Jovenel Moïse, le Core Group reprend le contrôle de la situation à travers un tweet. Ariel Henry est Premier ministre. Les chicanes s’estompent et tout le monde s’aligne sur la position de la communauté internationale.
Un peu plus tard, le 21 octobre 2022, le Conseil de sécurité des Nations Unies adopte la résolution 2653 (2022), qui crée un régime de sanctions sur Haïti. Des pays comme les États-Unis, le Canada et la République dominicaine, à tort ou à raison, en dehors de cette résolution, ont imposé des sanctions unilatérales à des hommes et des femmes qui ont dominé l’échiquier politique et économique haïtien depuis les trente (30) dernières années. Ils ont ciblé aussi des hommes d’affaires représentant les groupes les plus importants du secteur privé.
Les sanctions américaines sont claires et spécifiques sur la base de dossiers établis par le Département d’État et le Département du Trésor américains. Les sanctions canadiennes, elles, s’inspirent principalement des allégations publiées à travers les réseaux sociaux.
Les multiples requêtes du gouvernement haïtien, relativement à ces mêmes dossiers, s’il y en avait, sont restées, elles aussi, lettres mortes.
Chemin faisant, les sanctions unilatérales sont devenues un outil politique visant à neutraliser toute velléité ou tentative qui nuirait aux visées de certains pays dits partenaires d’Haïti. Des visées inscrites dans un agenda non dévoilé, mais qu’ils implémentent à leur rythme, au grand dam des intérêts du peuple haïtien.
On n’est plus au temps où le « blanc » imposait ses diktats dans des réunions secrètes. Ces diktats sont exprimés « au vu et au su » de tout le monde ou sont communiqués aux dirigeants sur leur WhatsApp, sur l’application Signal ou tout simplement à travers des déclarations publiques lors de cérémonies officielles.
Tout ce cocktail n’a apporté que des soucis et des préoccupations sur les véritables enjeux de ceux qui mènent ouvertement ou sous le boisseau la transition. L’assassinat du président Jovenel Moïse semble avoir ouvert la voie à une nouvelle projection d’une Haïti que les Haïtiens eux-mêmes peinent à saisir. La transition, qui devrait mener à l’établissement d’un pouvoir légitime sur des bases constitutionnelles remaniées et adaptées aux nouvelles réalités nationales et géopolitiques, jette davantage dans la confusion plutôt que de peindre un horizon lumineux pour tout un peuple en souffrance perpétuelle.
Si nous faisons le bilan en tenant compte des résultats et du rôle joués par nous-mêmes et la communauté internationale, aujourd’hui divisée, nous sommes contraints d’admettre cette dure vérité : le pays est en train de rater la transition !
Benzico Pierre
📲 Rejoignez Le Quotidien 509
Recevez nos dernières nouvelles directement sur votre téléphone via notre chaîne WhatsApp officielle.
🚀 Rejoindre la chaîne WhatsApp
