Port-au-Prince, 14 juillet 2026 — Jean Marie Altéma, ancien directeur général du Conseil national des télécommunications (CONATEL), a présenté son nouvel ouvrage, Sous le joug de la décharge — Au cœur du labyrinthe d’un système de contrôle. Le livre sera distribué à partir du 28 juillet 2026.
Un dossier personnel devenu plaidoyer public
L’ouvrage part d’un cas concret : la propre procédure de décharge de gestion de l’auteur devant la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA), l’institution chargée de valider la gestion des fonds publics par les dirigeants d’organismes de l’État. Altéma a dirigé le CONATEL entre 2016 et 2017.
« Ce livre est né d’une frustration, d’une colère légitime. Mais cette colère s’est transformée en quelque chose de plus utile : un outil pédagogique délibéré, fondé sur des faits, des documents et des propositions concrètes », a déclaré l’auteur lors de la présentation. Il dit vouloir s’inscrire dans « un attachement ferme et sincère à une CSCCA forte et indépendante ».
Le différend avec la CSCCA
Le contentieux remonte à une note publique diffusée par Altéma le 11 mars 2025. Il y dénonçait le transfert de dossiers de justice financière à des tiers, dont le sien. Une pratique qu’il qualifiait de « manœuvres scandaleuses » contraires à l’intérêt public. « Ces pratiques, qui s’inscrivent dans une logique d’instrumentalisation de la justice financière, portent une atteinte grave aux principes fondamentaux de transparence et d’équité que notre système est censé garantir », écrivait-il alors. Selon ce même texte, il avait sollicité sa décharge de gestion après douze mois et dix jours passés à la tête de l’institution, conformément aux exigences de bonne gouvernance.
Le communiqué accompagnant la sortie du livre indique que l’affaire est ensuite sortie du cadre strictement administratif : une organisation de défense des droits humains aurait pris connaissance du dossier et l’aurait portée dans l’espace médiatique. L’ouvrage revient sur les circonstances de cet épisode.
L’origine du différend avec la FJKL
Ce contentieux s’inscrit dans un différend plus ancien avec la Fondasyon Je Klere (FJKL), organisation de défense des droits humains dirigée par Me Samuel Madistin et Marie Yolène Gilles. En mars 2022, la FJKL avait publié un rapport sur le programme de scolarisation universelle, gratuite et obligatoire (PSUGO), invitant la CSCCA à statuer sur des soupçons de détournement de fonds visant plusieurs anciens dirigeants et comptables du CONATEL, dont Jean Marie Altéma. Le rapport de la FJKL évoquait, à propos de l’instruction en cours, des termes tels que « brigandage financier » et un possible « acte de complicité » justifiant une enquête pénale.
Altéma a rejeté ces accusations avec force. Selon lui, elles reposaient sur des informations manipulées et il n’aurait fait l’objet d’aucun arrêt de débet de la part de la Cour — une décision qu’il affirme que ses avocats auraient contestée en appel si elle avait existé. En 2022, il a saisi le tribunal correctionnel d’une plainte pour diffamation contre la FJKL, après avoir vainement réclamé à l’organisation des excuses publiques.
Dans sa note du 11 mars 2025, Altéma est allé plus loin : il affirme qu’un juge instructeur de la CSCCA aurait falsifié un rapport, ensuite transmis à la FJKL — une accusation grave qui a été passée sous silence par les autorités judiciaires d’Haïti.
Il dénonce par ailleurs la présence Me Samuel Madistin, un avocat lié à la FJKL au sein de l’auditorat de la CSCCA, y voyant une atteinte à l’indépendance de l’institution.
Le procès en diffamation s’est poursuivi devant le Tribunal de première instance de Port-au-Prince. Le 1er mars 2023, les avocats d’Altéma ont plaidé devant la juge Myrlande Borgella, selon un compte rendu du média Juno7. Toujours selon ce récit, deux points précis du rapport de la FJKL étaient alors contestés : le transfert de fonds au Trésor public que la FJKL aurait comptabilisé comme des dépenses du CONATEL, et un contrat signé avec la firme Bitek International. Altéma y affirme que le budget réel de l’institution pour l’exercice concerné s’élevait à 341 millions de gourdes, et non au milliard avancé par la FJKL — l’écart correspondant, selon lui, à des sommes collectées pour l’État mais jamais dépensées par le CONATEL.
Toujours d’après ce compte rendu, Altéma affirme que Me Samuel Madistin, avocat de la FJKL, aurait sollicité le dépôt de neuf pièces supplémentaires — dont sa déclaration de patrimoine — une démarche qu’il a qualifiée de manœuvre dilatoire visant à détourner l’attention des faits de diffamation reprochés à la FJKL. Il dit vouloir non seulement une condamnation de l’organisation, mais aussi un dédommagement pour atteinte à sa réputation.
Un ouvrage à visée réformatrice
Au-delà du témoignage, Sous le joug de la décharge se présente comme un outil pédagogique. Il détaille, selon l’auteur, plusieurs dysfonctionnements procéduraux observés dans le système de décharge de gestion haïtien et propose des pistes de réforme destinées à renforcer la mission de contrôle de la CSCCA.
Jean Marie Altéma, titulaire d’un MBA, est aujourd’hui à la tête d’un cabinet de conseil en stratégie et gouvernance numérique. Il a occupé plusieurs postes liés aux technologies de l’information et à l’e-gouvernance avant et après son passage au CONATEL.
L’auteur précise qu’il se réserve le droit de prioriser certains secteurs, institutions, partenaires ou catégories de lecteurs lors de cette première diffusion, à compter du 28 juillet 2026.
La rédaction
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