L’organisation de défense des droits humains Gardien_Citoyen a tiré la sonnette d’alarme. Dans une note de dénonciation cinglante du 29 septembre parvenue à notre rédaction, elle accuse le service de portefeuille électronique Mon Cash de l’opérateur Digicel de mettre en place un « système de prélèvements abusifs et organisés », tout en faisant preuve d’une « défaillance généralisée » de ses services, particulièrement dans les zones provinciales d’Haïti.
Le constat, dressé à l’attention de la Banque de la république d’Haïti (BRH) et des autorités compétentes, est sans appel : des milliers de citoyens sont privés d’un accès fiable à leur argent, subissant des pratiques tarifaires opaques et des dysfonctionnements réseau répétés. Une situation qui, selon l’organisation, constitue une « atteinte grave aux droits des consommateurs » et un « abus de position dominante ».
L’organisation donne un visage à cette dénonciation : celui de Madame Ciara, résidante au Cap-Haïtien. Confrontée à une urgence personnelle, elle s’est retrouvée dans l’impossibilité totale d’accéder à ses fonds pendant plus de sept jours, paralysée par une instabilité chronique du réseau Digicel. Son cas, loin d’être isolé, illustre « l’insécurité financière et la détresse psychologique » dans lesquelles sont plongés de nombreux usagers.
« Cette situation est qualifiée par de nombreux usagers de vol organisé », peut-on lire dans la note, qui dénonce le « laxisme des autorités de régulation » et un climat « d’impunité totale ».
- Double prélèvement : des frais sont appliqués à l’envoi puis au retrait, alourdissant injustement le coût des transactions.
- Détournement des procédures : la distinction entre « Dépôt » (gratuit) et « Transfert » (payant) serait intentionnellement floue. Certains agents refuseraient d’effectuer les dépôts gratuits, forçant les clients à utiliser l’option payante.
Une structure tarifaire aberrante : l’organisation donne un exemple frappant : retirer 39 999 gourdes coûterait 640 gourdes de frais, alors que retirer seulement une gourde de plus (40 000 gourdes) ferait s’envoler la commission à 1 050 gourdes. Soit une différence de 410 gourdes pour une gourde supplémentaire.
Au-delà des questions de coût, c’est l’accès même au service qui est remis en cause. Dans des régions comme l’île de la Gonâve, le service Mon Cash est décrit comme « quasiment inexistant », privant les populations de tout accès à leur argent et portant atteinte à leur « droit fondamental à un service financier fiable ».
Face à cette crise, Gardien Citoyen lance un appel pressant à la BRH pour qu’elle « assume pleinement son rôle de régulateur » et ouvre « une enquête publique sur la gestion du service Mon Cash ». L’organisation en appelle également aux associations de consommateurs et à l’opinion publique pour « exiger des services fiables, accessibles et équitables ».
« La population haïtienne ne peut plus être laissée à la merci d’un système défaillant, opaque et abusif », conclut la note. Le cas de Madame Ciara n’est qu’un exemple, mais il résume l’urgence d’une situation qui touche des milliers de foyers et paralyse une partie de l’économie informelle, pour laquelle Mon Cash est souvent devenu un service essentiel.
James Joseph
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