Port-au-Prince, 13 décembre 2025. Plus de onze ans après le lancement des projets communément appelés les « 25 stades » ou « 25 centres sportifs », l’ancien Premier ministre haïtien Laurent Lamothe est sorti de son silence pour livrer sa version des faits. Dans une déclaration vidéo publiée ce 13 décembre, sur youtube présentée comme l’Épisode 1 d’une série annoncée, il affirme vouloir mettre fin à un amalgame qu’il estime entretenu depuis plus d’une décennie autour de ce dossier.
Laurent Salvador Lamothe soutient que cette démarche n’a ni vocation politique ni objectif électoral. Il la présente comme une initiative personnelle, qu’il qualifie de « nécessaire et réparatrice », fondée sur des documents et une reconstitution chronologique des décisions institutionnelles prises entre 2012 et décembre 2014.
Au cœur de son argumentaire, l’ancien chef du gouvernement affirme que les principaux contrats liés aux centres sportifs ont été signés avant et en dehors de son mandat.
Il avance notamment que :
- Un premier contrat, portant sur la construction de 10 parcs sportifs, a été signé le 12 mai 2011 avec les compagnies SECOSA, sous le gouvernement de Jean-Max Bellerive. Il évoque également l’existence d’un autre contrat signé à la même date ;
- Trois contrats supplémentaires, couvrant 8 parcs sportifs, ont été signés le 6 septembre 2011, toujours sous le gouvernement Bellerive ;
- Au total, au moins trois contrats, représentant 19 centres sportifs, auraient été conclus durant cette période avec la firme SECOSA et et J & J Construction ;
- Un quatrième contrat, portant sur 5 parcs sportifs, a été signé le 9 juillet 2012 par Josepha Gauthier, alors ministre de la Planification et de la Coopération externe.
Laurent Lamothe cite plusieurs entités impliquées dans l’exécution et la supervision des projets, notamment SECOSA, J & J Construction et l’UCLPB. Il évoque également le programme « Football pou Chanjman », qu’il associe à une supervision attribuée à Olivier Martelly, fils de l’ancien président Joseph Michel Martelly, présenté comme ayant joué un rôle dans la gestion de certaines initiatives.
Selon l’ancien Premier ministre, une confusion durable aurait été volontairement entretenue, transformant un ensemble de décisions administratives et contractuelles en accusations personnalisées dirigées contre lui. Il affirme avoir été la cible d’une campagne de désinformation, qu’il attribue à des groupes d’intérêts économiques et médiatiques, parfois qualifiés par lui d’« oligarques » ou de « mafia », sans toutefois citer de noms précis dans cette première intervention.
Si Laurent Lamothe affirme aujourd’hui vouloir « rétablir les faits », le moment choisi pour cette prise de parole suscite de nombreuses interrogations.
Pendant plus d’une décennie, malgré la persistance des accusations liées au dossier des centres sportifs, l’ancien Premier ministre était resté relativement discret sur ce sujet précis. Cette sortie (tardive) soulève plusieurs questions au sein de l’opinion publique et parmi les observateurs politiques. Pourquoi maintenant ? Qu’est-ce qui a changé dans son environnement personnel, politique ou institutionnel ? Quels éléments nouveaux ont motivé cette prise de parole ?
Ces déclarations interviennent dans un contexte de rupture ouvertement assumée entre Laurent Lamothe et l’ancien président Michel Martelly, dont il fut un proche collaborateur et Premier ministre.
La semaine précédant cette sortie médiatique, Laurent Lamothe déclarait publiquement :
« I want to apologize to everyone for supporting [Martelly] for President. » (Je tiens à présenter mes excuses à tout le monde pour avoir soutenu [Martelly] à la présidence).
Il affirme aujourd’hui que son soutien initial a été déterminant dans l’accession de Michel Martelly à la présidence, redéfinissant rétrospectivement les équilibres politiques de l’époque. Il évoque également des zones d’ombre entourant l’environnement politique de ces années, notamment en lien avec l’assassinat du président Jovenel Moïse, sans formuler d’accusations judiciaires directes.
Ces prises de parole surviennent dans la période marquée par le rapport de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) mettant en cause l’ancien président Michel Martelly sur sa déclaration de Patrimoine.
À ce stade, aucun lien formel n’a été établi entre ce rapport et les sorties publiques de Laurent Lamothe.
Toutefois, la concomitance des événements alimente les interrogations : s’agit-il d’une simple coïncidence ? d’une volonté de clarification personnelle dans un climat de révélations? ou d’un repositionnement assumé dans un contexte judiciaire et politique en évolution ?
Ou s’agit-il d’un momentum que le directeur de l’ULCC, Hans Joseph, aurait choisi de ne pas laisser passer, dans un climat marqué par les dénonciations de Laurent Lamothe à l’encontre de l’ancien président Michel Martelly ? L’ULCC a-t-elle saisi une opportunité institutionnelle particulière ? Pourquoi maintenant ?
Laurent Lamothe présente cet Épisode 1 comme le point de départ d’une série de révélations destinées à documenter les décisions, contrats et mécanismes institutionnels liés aux centres sportifs. Il affirme agir à titre personnel et conclut par cette phrase :
« Il n’est jamais trop tard pour dire la vérité. »
Reste à savoir si les prochains épisodes apporteront des éléments nouveaux susceptibles d’éclairer les zones d’ombre évoquées, ou s’ils ouvriront un nouveau cycle de débats politiques, médiatiques et judiciaires autour de la période 2011–2016.
Note de rédaction
Les faits rapportés dans cet article sont fondés sur les déclarations publiques de Laurent Salvador Lamothe. Les interrogations soulevées relèvent de l’analyse du contexte et des questionnements de l’opinion publique. Elles ne constituent ni des affirmations ni des conclusions établies.
La rédaction
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