Les émotions donnent de la couleur à notre existence et, pour cette nouvelle sortie de votre chronique Lyrics au Quotidien 509, ma plume est animée d’une émotion positive qui naît de l’espoir et d’un rêve : il faut dire que depuis la dernière sortie de notre rubrique Lyrics au Quotidien, notre plume, fort silencieuse à la recherche d’émotions fortes, a surtout rêvé plutôt que de se plier face à une réalité trop pesante pour être illustrée sans nous soumettre à des traumatismes indélébiles. Elle a surtout rêvé d’un concept, qu’un aîné a qualifié de « La nouvelle Haïti ». Partageons ce rêve de John Steve Brunace, l’espace de quelques verbes inspirés par la volonté d’un devoir à accomplir au quotidien.
Rêver comme John Steve Brunache, mais surtout garder les yeux ouverts sur l’essentiel : la première pierre à poser pour reconquérir notre dignité de peuple et pour annoncer une nouvelle ère. Faudrait-il réinventer la roue ? Bien sûr que non, puisqu’à mon humble avis, nos aînés, forts de leur inspiration et de leurs œuvres, nous ont légué toutes les réponses. Dans son titre « Linyon », par exemple, John nous prêche un rassemblement pour retrouver les racines fondatrices de la nation haïtienne. N’est-ce pas une démarche louable, en guise de point de départ ?
Se redécouvrir pour mieux se construire. Une formule simple qui suffit amplement s’il nous faut repenser la mentalité de notre peuple. En effet, la nouvelle Haïti débutera par une prise de conscience collective de nous-mêmes, de notre véritable histoire et de nos valeurs. Par cette démarche, l’amour de ce que nous sommes et de ce que nous représentons fructifiera.
John Steve Brunache illustre cette réflexion dans Linyon (huitième opus de l’album Chimen Limyè, sorti en 1994), tout en rétablissant des vérités historiques contre des stéréotypes qui déforment le mental haïtien. Nous lisons dans son texte :
Sa fè lontan depi yo separe nou
Depi lè nou te kite tè Lafrik o
Lè kolon pran nou mare tankou bèt
Pou yo te fè nou kwè ke nou pa sanble
Pou yo te fè nou kwè ke nou san valè
Se pa vre nan Ginen nèg te trayi nèg
Se pawòl pou yo fè nou ret divize
Pou pa janm gen renmen pou pa gen linyon
Sa fè lontan depi yo separe nou
Divize nou pou yo ka toujou renye
Quoi de mieux que l’amour de nous-mêmes pour combattre la violence, la haine et nos divisions. Nous ne sommes pas un pays pauvre et ne manquons pas de ressources. Nous refusons de comprendre et d’admettre ce que nous sommes et pourquoi nous le sommes. Nous oublions notre apport à l’humanité et ne revendiquons plus le droit à la dignité pour ce peuple qui a posé les bases du nouveau monde. Comment oublier qu’à cause de notre indépendance, la France a été obligée de vendre aux États-Unis une grande partie de son territoire actuel, « la Louisiane ». C’est grâce à notre révolution que tous les peuples peuvent aspirer à la liberté. Voilà pourquoi, par une prise de conscience, nous pouvons, nous devons et nous allons bâtir tôt ou tard l’eldorado des Antilles.
Par cette prise de conscience, nous dirons comme John Steve Brunache :
Jodia nou konprann e nou jire
Jodia nou konprann e nou jire
Si nou la sèke nou sanble
Si nou sanble sèke n ka renmen
Nan renmen n’a va jwenn linyon, woy !
Linyon va di sa nou ye sou latè
Notre artiste du jour, en avance sur son temps et sur la réalité de notre quotidien infernal, nous présente dans son œuvre ce qu’il faut nommer un « Chimen Limyè ». Il définit ce qu’est la nation haïtienne en ces termes :
[Moun nan peyi a, valè yo, bote yo, lasyans, zèv atistik yo,
eritaj kiltirèl yo nan sivilizasyon yo, se sa ki yon nasyon,
lanmou, linyon ki makònen lavi nan sosyete nou, sekirite ak
lajistis ak respè dwa lavi, timoun yo, granmoun yo,
se sa ki fè yon nasyon, yon nasyon…]
Il va encore plus loin en nous exhortant :
Tout gason, tout fanm peyi Dayiti
Fòk nou kanpe kale je nou gade solèy
Tout granmoun ak jèn moun nan peyi a
Fòk nou kanpe pou n reklame tout dwa nou
Jire pou nou toujou kale je nou nan je tout moun
Jire pou nou toujou renmen pou n toujou gen linyon
Pour que le rêve de la nouvelle Haïti puisse voir le jour et devenir une réalité, nous devons à tout prix divorcer avec la politique de la tête et de la terre brûlée, en nous considérant les uns les autres avec un amour fraternel, étant tous les maillons d’une même et unique chaîne :
Jodia nou konprann e nou jire
Jodia nou konprann e nou jire
Si nou la sèke nou sanble
Si nou sanble sèke n ka renmen
Nan renmen n’a va jwenn linyon, woy !
Linyon va di sa nou ye sou latè
S’il est vrai qu’on ne naît pas grand, on peut le devenir au fil de nos choix. Et pour paraphraser le Mahatma Gandhi : « Soyons le changement que nous voulons voir dans ce monde. » Nous devons à tout prix construire une nouvelle page d’histoire à l’image de nos pères fondateurs, en repensant l’être haïtien et en redéfinissant le rêve haïtien.
Par Marc Arthur Paul, chroniqueur socioculturel.
Abonnez-vous maintenant à notre chaîne whatsapp en cliquant ICI
Si vous appréciez cet article, soutenez-nous. Chaque don compte pour permettre à notre équipe de continuer à informer avec rigueur et impartialité. Faites un don ici
📲 Rejoignez Le Quotidien 509
Recevez nos dernières nouvelles directement sur votre téléphone via notre chaîne WhatsApp officielle.
🚀 Rejoindre la chaîne WhatsApp

