Port-au-Prince, 20 décembre 2025 — L’État haïtien a officiellement retrouvé Solino. Du moins, pour quelques heures, sous escorte, caméras allumées et communiqué soigneusement calibré. Ce samedi, les conseillers-présidents Leslie Voltaire et Edgar Leblanc Fils, accompagnés du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, ont effectué une visite de terrain dans ce quartier meurtri, dans le cadre du programme solennellement baptisé « Retour au quartier ».
Selon la Primature, il s’agit d’un acte politique fort. Le message est clair, répété à l’envi : aucun territoire de la République ne sera abandonné. Une déclaration ambitieuse dans un pays où certains territoires ont surtout appris à survivre sans l’État.
« Leta retounen sou teren, Leta pran responsabilite l »,
a déclaré Leslie Voltaire, promettant ordre, dignité et espoir — le triptyque officiel désormais indissociable de toute visite gouvernementale.
Un rappel s’impose pourtant. Solino a été durement frappé par les gangs armés à partir d’octobre 2024, lors de l’offensive de la coalition Viv Ansanm, qui a semé la terreur dans plusieurs quartiers de Port-au-Prince. Les attaques ont provoqué l’exode massif des habitants, laissant le quartier pratiquement vide entre octobre et novembre 2024.
Les dégâts ont été considérables :
- maisons incendiées ou pillées,
- bâtiments criblés de balles,
- rues désertes,
- activités économiques paralysées.
Pendant de longs mois, Solino est devenu un symbole de ces quartiers abandonnés de fait, transformés en no man’s land urbain, où l’autorité de l’État n’était plus qu’un souvenir administratif.
C’est donc dans ce contexte que le pouvoir a fait son entrée. Le programme gouvernemental prévoit une première phase consacrée à la sécurité et à l’organisation, suivie d’une deuxième phase annoncée comme plus concrète, avec intensification des visites de terrain et préparation d’actions à venir.
Plusieurs ministres, dont Raphaël Hosty et Paul Antoine Bien-Aimé, ont accompagné la délégation pour illustrer l’engagement collectif du gouvernement et sa volonté affichée de rebâtir la confiance entre l’État et les citoyens.
Toutefois, un détail — et non des moindres — mérite d’être souligné : la Police nationale d’Haïti dirigée par Vladimir Paraison n’a publié aucune annonce officielle confirmant une reprise effective et durable du contrôle sécuritaire de Solino. La dernière fois que les gangs avaient invité la population de Solino à revenir dans la Zone, la PNH avait signalé qu’il pourrait s’agir d’un piège. Aujourd’hui, la PNH ne dit rien sur ce retour anoncé par la Privation et 2 Conseillers Présidents.
Le retour proclamé de l’État repose donc, pour l’instant, davantage sur un signal politique que sur une communication sécuritaire formelle.
Mais au-delà des mots, l’image la plus commentée de la visite reste politique. À Solino, Edgar Leblanc Fils est apparu clairement aligné, au sens propre comme au figuré, entre le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et Leslie Voltaire.
Un détail lourd de sens dans un contexte où chaque posture, chaque silence et chaque positionnement sont interprétés. Cette image vaut presque déclaration : à défaut d’un État solidement installé à Solino, le pouvoir, lui, affiche une unité soigneusement mise en scène.
La Primature conclut que Solino symbolise le retour de l’État sur tout le territoire national. Reste à savoir si ce retour sera permanent ou s’il s’agit d’une présence ponctuelle, le temps d’une visite officielle et de quelques images fortes.
Car à Solino comme ailleurs, le véritable retour de l’État ne se mesure ni en discours ni en déplacements ministériels, mais en présence continue, en sécurité réelle et en retour effectif des habitants.
Pour l’instant, Solino a vu l’État passer.
Il attend encore de voir s’il restera.
La rédaction
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