Le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti, qui met en lumière les liens présumés entre des groupes armés et certains acteurs politiques, économiques et sécuritaires, suscite de vives réactions. Plusieurs personnalités citées dans le document rejettent les accusations et annoncent des démarches pour contester les conclusions des experts. De son côté, la CE-JILAP appelle les autorités à transformer ces révélations en véritables enquêtes judiciaires.

Le rapport final du Groupe d’experts sur Haïti, transmis au Conseil de sécurité en septembre 2026, décrit un environnement dans lequel les groupes armés continuent de bénéficier de soutiens provenant de différents secteurs. Les experts soulignent notamment la persistance de liens entre gangs et certains acteurs politiques, économiques et sécuritaires.
Ces révélations ont rapidement provoqué des réactions parmi les personnalités dont les noms apparaissent dans le document.
L’ancien sénateur de l’Artibonite Youri Latortue rejette catégoriquement les accusations formulées à son encontre. Le rapport l’associe notamment à des gangs opérant dans le quartier de Raboteau, aux Gonaives, et au groupe Kokorat San Ras, évoquant un soutien en armes et en munitions.
Le rapport précise également que le chef de Kokorat San Ras, Bendjy, avait publiquement accusé l’ancien sénateur d’être à l’origine du groupe, alors que celui-ci affirme aujourd’hui vouloir contribuer à sa destruction.
L’ancien parlementaire a rejeté tout lien avec les groupes armés concernés. Il affirme n’avoir « aucune relation, ni de loin ni de près » avec ces gangs.
Youri Latortue soutient également que certaines accusations reposent essentiellement sur les déclarations d’un chef de gang diffusées dans une vidéo et reprises par les experts de l’ONU.
L’ancien sénateur estime que les groupes armés cherchent à le discréditer en raison de sa collaboration avec les forces de sécurité dans la lutte contre les gangs dans l’Artibonite.
Il annonce par ailleurs son intention d’adresser une correspondance au Groupe d’experts ainsi qu’au Conseil de sécurité des Nations unies afin de demander des explications et de contester les allégations portées contre lui.
Autre personnalité citée dans le rapport, l’ancien député Alfredo Antoine Junior rejette lui aussi les accusations portées contre lui.

Le rapport des experts l’accuse d’avoir entretenu des liens avec des membres de « Viv Ansanm », notamment dans le cadre d’activités liées aux enlèvements et à la persécution d’adversaires politiques. Le document présente Alfredo Antoine et l’ancien sénateur Nenel Cassy parmi les acteurs politiques associés à des réseaux de gangs.
L’ancien parlementaire du KID affirme, pour sa part, que ces accusations sont dénuées de fondement. Il reconnaît avoir reçu un appel d’un chef de gang identifié sous le nom de Didy, mais soutient qu’il n’a pas entretenu de véritable conversation avec lui.
Alfredo Antoine Junior affirme également que d’autres responsables publics auraient eu des contacts avec ce chef de gang. Il cite notamment l’agent exécutif intérimaire de Kenscoff, Massillon Jean.
L’ancien député annonce qu’il entend mobiliser des avocats afin de contester le rapport et de défendre son honneur.
Au-delà des démentis des personnes mises en cause, plus d’un se demande ce que vont faire les autorités des informations recueillies par les experts internationaux ?
Pour Jocelyne Colas, directrice exécutive de la Commission épiscopale nationale Justice et Paix (CE-JILAP), le document peut constituer une importante piste de travail pour la justice.

Elle estime que les informations contenues dans le rapport pourraient permettre aux autorités de remonter les réseaux qui alimentent les groupes armés et d’identifier les personnes impliquées dans le financement, l’organisation ou la gestion de l’insécurité.
La responsable de la CE-JILAP critique cependant l’inaction persistante des autorités face aux nombreuses personnes déjà citées dans différents rapports nationaux et internationaux.
Selon elle, l’État ne devrait pas attendre la publication d’un nouveau rapport international pour prendre des mesures judiciaires contre les personnes soupçonnées de soutenir les groupes armés.
Il faut dire que le document des Nations unies ne se limite d’ailleurs pas à dresser la liste des groupes armés. Il met en évidence tout un écosystème de soutien impliquant, selon les experts, des acteurs politiques, économiques et sécuritaires.
Les experts estiment que s’attaquer uniquement aux chefs de gangs ne suffira pas si les réseaux qui leur fournissent des ressources, des armes, de l’argent ou une protection continuent de fonctionner.
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