Port-au-Prince, 24 novembre 2025 — L’Office National de l’Aviation Civile (OFNAC) a confirmé qu’un aéronef de la compagnie Sunrise Airways présente un impact sous forme d’orifice sur sa structure, selon des constats préliminaires révélés dans une note publiée sur son compte Instagram. Tout en se voulant rassurant, l’organisme affirme que les vols à l’aéroport de Port-au-Prince se poursuivent « normalement » et que les mesures de sécurité ont été renforcées.
Mais derrière ce discours prudent, une réalité dérangeante refait surface : un avion a été touché, et personne ne sait encore avec certitude ni quand, ni comment, ni d’où est venu l’impact.
Selon les premières informations disponibles, Sunrise Airways aurait constaté les dommages après l’atterrissage. Une question cruciale reste donc entière : l’appareil a-t-il été atteint en plein vol, exposant passagers et équipage à un danger extrême, ou a-t-il été touché alors qu’il se trouvait au sol, dans l’enceinte même de l’aéroport international Toussaint Louverture ?
Le même jour soit le 23 novembre, Sunrise Airways a pris une décision radicale : la suspension immédiate de tous ses vols à destination et en provenance de Port-au-Prince, évoquant des raisons strictement liées à la sécurité. La compagnie affirme vouloir protéger ses passagers et son personnel face à la dégradation continue de la situation sécuritaire dans la capitale, précisant que la reprise ne se fera qu’une fois les conditions jugées pleinement sûres.
Une décision lourde de sens, qui contraste fortement avec le ton rassurant de l’OFNAC.
Cet incident sur l’avion de Sunrise airways ravive un malaise plus profond : celui d’une opacité persistante autour de la sécurité aérienne dans le pays. Depuis la fermeture de l’aéroport en novembre 2024, aucun rapport clair n’a été rendu public sur les incidents ayant impliqué d’autres compagnies, notamment American Airlines et JetBlue, qui avaient elles aussi déclaré avoir subi des impacts au sol apparemment. Spirit airlines avait été touché en plein vol selon les déclarations.
Cette fois, l’enquête annoncée par l’OFNAC ne saurait se limiter à des constats techniques superficiels. Tous les scénarios doivent être examinés avec rigueur :
• l’hypothèse de tirs provenant de zones sous contrôle de groupes armés ;
• la présence de la Mission multinationale d’appui à la sécurité convertie aujourd’hui en Force de Répression des Gangs également armée dans les périmètres immédiats de l’aéroport, dont les opérations doivent être prises en compte dans l’analyse balistique ;
• les conditions réelles d’approche et de manœuvre dans un espace aérien hautement instable ;
• et une interrogation majeure restée jusqu’ici sans écho : que disent les boîtes noires des avions précédemment touchés ?
Les rapports d’enquêtes, si elles existent, restent dans les tiroirs. OFNAC et la PNH devront répondre au moins aux questions suivantes :
• La présence de plus de 1 100 membres armés de la mission multinationale dans le périmètre immédiat de l’aéroport Toussaint Louverture ne constitue-t-elle pas, en elle-même, une faille sécuritaire majeure susceptible d’exposer les aéronefs civils à des tirs, volontaires ou accidentels, dans un espace qui devrait rester strictement sous contrôle civil et conforme aux normes internationales de sûreté aérienne ?
• Qui a tiré sur l’avion de Sunrise Airways et depuis quelle zone précise ces tirs ont-ils été effectués ?
• À quel moment exact l’incident s’est-il produit (en approche, à l’atterrissage, au roulage ou au sol) ?
• Comment expliquez-vous qu’un aéronef civil ait pu être atteint par balle dans un espace censé être totalement sécurisé et stérile ? Quelles failles identifiées l’OFNAC reconnait-il?
• Quelle autorité (OFNAC, PNH, mission multinationale, autorités aéroportuaires ou autre) est responsable de la surveillance armée directe du périmètre aéroportuaire de Port-au-Prince, et quelle est la répartition précise des responsabilités ?
• Les images issues du système de vidéosurveillance de l’aéroport ont-elles été exploitées ? Si oui, quelles conclusions préliminaires en tirez-vous et seront-elles communiquées ?
• La mission multinationale présente sur le périmètre de l’aéroport était-elle en poste au moment des faits ? Si oui, a-t-elle observé ou signalé des mouvements suspects ou des tirs dans sa zone de contrôle ?
• Des échanges de tirs étaient-ils en cours entre les forces de sécurité et des groupes armés à proximité de la trajectoire de l’avion au moment de l’incident ?
• La trajectoire de vol et le plan de vol de l’appareil avaient-ils été validés en tenant compte des risques sécuritaires actuels autour de Port-au-Prince ? Des dérogations ont-elles été accordées ?
• Existe-t-il une coordination opérationnelle permanente entre l’OFNAC, la mission multinationale et le contrôle aérien pour sécuriser les corridors de vol et les approches de l’aéroport ? Décrivez-la.
• Un rapport public détaillé avec heure approximative et explications (technique, balistique et opérationnel) sera-t-il publié ?
• Quelles ont été les conclusions pour Spirit airlines, American airlines et Jet Blue airways?
À ce stade, aucune piste ne peut être écartée, aucune responsabilité ne peut être prématurément écartée.
Cet incident interroge directement la capacité des autorités haïtiennes à garantir la sécurité, à informer avec clarté et à assumer une transparence minimale dans un contexte où chaque vol devient un acte de foi.
Brigitte Benshow
Abonnez-vous maintenant à notre chaîne whatsapp en cliquant ICI
Si vous appréciez cet article, soutenez-nous. Chaque don compte pour permettre à notre équipe de continuer à informer avec rigueur et impartialité. Faites un don ici
📲 Rejoignez Le Quotidien 509
Recevez nos dernières nouvelles directement sur votre téléphone via notre chaîne WhatsApp officielle.
🚀 Rejoindre la chaîne WhatsApp
