Pourquoi est-il nécessaire de voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide ? À l’heure où nous parlons, plus de 520 mille Haïtiens sont menacés d’expulsion par les États-Unis d’Amérique, pays ami, que très souvent nous confondons avec la terre promise. Parallèlement, la République Dominicaine renforce sa politique migratoire pour empêcher un flot d’Haïtiens d’investir leur espace vital, leur territoire, illégalement bien entendu. Il est aussi pertinent de souligner combien il est difficile de vivre en Haïti, faisant face à toute sorte d’insécurité.
Au regard de cette réalité informe aujourd’hui, ma plume est d’humeur à entrouvrir une petite porte sur l’infini. Ma feuille blanche n’a, quant à elle, pas la prétention de pouvoir contenir le flot de mes pensées, ni les non-dits qui seront prisonniers des interlignes… Revenons à la petite porte qui prendra la simple forme d’une question dont la réponse recèle une once de narcissisme, auréolée par la volonté de déconstruire toutes les constructions mentales, perceptions contraires à la mise en valeur de toutes valeurs que nous autres « TÈT GREN’N » osons détenir. Bref, je me lance.
QU’EST-CE QUE L’HAÏTIEN ?
Cette petite porte a toujours été fermée car, à défaut d’hériter et de détenir la clé, ma conscience n’avait pas encore décidé d’en fabriquer une, voire de la forcer… Aujourd’hui plus que jamais, à l’heure fatidique que nous connaissons, je ressens le besoin d’affirmer, de définir et d’assumer qui je suis, ce que je suis, et par-dessus tout pourquoi je le suis. Je vous invite donc à nous accorder sur nos désaccords pour reconnaître nos points forts et faibles, n’étant qu’une seule entité dite haïtienne, avec une infinité de caractéristiques.
En guise de réponse, ma démarche est personnelle, un peu comme celle de Jonathan Perry, dit J-Perry, dans son titre sorti en 2017 dans lequel il affirme et assume pleinement son haïtianité :
(Paroles citées du titre de J-Perry — conservées telles quelles)
En ce qui me concerne, je conçois que je suis haïtien de mon réveil le matin jusqu’à mes rêves les plus profonds d’après minuit. Je sais pertinemment que je suis né et que je mourrai haïtien. Je le suis au plus profond de moi et, à la face du monde, je l’assume, qu’importe les perceptions négatives. Cette identité est collée à ma peau, ancrée en chaque molécule constituant les milliards de cellules dressant ma misérable carcasse de pauvre demi-dieu. En effet, demi-dieu car la liberté est divine et que, par conséquent, personne d’autre que moi n’a su et n’a eu la décence d’incarner. Je revendique donc cette part de divinité accessible aux mortels.
Je suis haïtien parce que l’être renvoie à la noblesse des Princes serviteurs, géants de papier bâtisseurs du monde dans lequel nous sommes tous égaux en droit et même les anciens bourreaux me reprochent d’être un sang gaulois : le paradoxe de l’incorrigible minus qui défie jusqu’à terrasser les géants sera gravé à jamais à l’encre indélébile dans l’histoire de l’humanité. Voilà pourquoi je suis haïtien et fier de l’être.
Être Haïtien, cher ami, c’est également cultiver une conscience noire, où la résilience trouve son paroxysme tout en portant sur ses frêles épaules de fourmis dociles le poids d’un monde éternellement raciste et injuste. Ce n’est sûrement pas Donald Trump qui le comprendra. Nous autres, les princes qualifiés de va-nu-pieds, avons le chic d’être perchés majestueusement au sommet de la pyramide des martyrs tout en étant empathiques vis-à-vis de nos bourreaux atteints de boulimie aiguë, plus connue et illustrée par le concept du colonialisme et sous sa forme moderne du néocolonialisme.
La cerise sur le gâteau, c’est que l’Haïtien a une capacité d’adaptation à nulle autre pareille : il peut vivre des scénarios impensables sans jamais fléchir. Il est naturellement bon, mais la société a su le corrompre par des clichés discriminatoires et surtout haineux qui l’encouragent à haïr son semblable : à titre d’exemple, on lui a appris la traîtrise (comme quoi c’est depuis la Guinée que le nègre trahit le nègre). On lui a appris la soumission et l’acceptation de son sort. Mais comme disait l’autre : « les yeux de l’Haïtien trahissent ce que ses lèvres retiennent ». Un jour viendra où il dira non à l’inacceptable, ce jour-là, la terre tremblera sous nos pieds. Car toute lumière est faite de lumière et rien ne peut l’empêcher de briller, pas même les corps opaques.
Je suis, pour qui veut l’entendre, haïtien, un imparfait épris de ses imperfections. Je suis épris de ma terre, je suis épris de ma culture, ce mosaïque qui conserve encore des traces des cultures anciennes. Je suis épris de mon histoire, cet herritage pour lequel le monde me réclame dette après dette, comme qui dirait une rançon à la gloire. Je suis tout cela et bien plus encore, et surtout devinez tout ce que je peux devenir…
En dépit de nos luttes fratricides, de nos pratiques assimilables à un suicide collectif où nous pratiquons une politique de tête et de terre brûlées, je reste convaincu qu’un jour, la tête altière, hauts les fronts, nous autres Haïtiens, nous nous affranchirons de cette condition qualifiée d’inhumaine, et, dans notre démarche, nous ferons trembler du mont Olympe nos obscurantistes amis et alliés, pour écrire une page d’histoire à l’image de notre gloire et de la royauté dont nous sommes héritiers.
Par Marc Arthur Paul, chroniqueur socio-culturel
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