La formation du prochain gouvernement par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé est aujourd’hui suivie avec une attention particulière. Après une transition largement critiquée pour son manque de représentation des femmes et des jeunes, l’opinion publique s’interroge : l’exécutif monocéphale va-t-il corriger ces déséquilibres ou les reproduire ?
Le Conseil présidentiel de transition a souvent été pointé du doigt pour son fonctionnement fermé, dominé par des profils âgés, peu connectés aux réalités d’une population majoritairement jeune et féminine. Or, les premiers noms évoqués pour le futur cabinet laissent craindre une certaine continuité, avec une présence encore marginale des femmes et des jeunes.
Une société peu reflétée au sommet de l’État
Haïti est un pays où plus de la moitié de la population est composée de femmes et de jeunes. Cette réalité démographique contraste fortement avec la composition habituelle des équipes dirigeantes.
Sans céder à la démagogie en réclamant des nominations purement symboliques, il reste évident qu’aucun État ne peut se développer durablement sans préparer la relève. La transmission des responsabilités, des compétences et des valeurs demeure un enjeu largement négligé.
Pour justifier cette sous-représentation, deux arguments reviennent souvent : l’indisponibilité supposée des femmes et le manque de jeunes qualifiés. Pourtant, dans l’administration, les universités, la société civile et le secteur privé, de nombreux profils compétents existent. Le problème semble donc davantage lié aux mécanismes de sélection et aux réseaux d’influence qu’à l’absence de talents.
Le Pacte national et les attentes internationales
La formation du nouveau gouvernement intervient dans un contexte marqué par l’adoption du Pacte national pour la sécurité et les élections, soutenu par plusieurs partenaires internationaux. Ce cadre visait stratégiquement à faciliter un changement négocié des membres issus de l’ancien Conseil présidentiel de transition et à créer les conditions minimales de stabilité.
Si le Premier ministre a jugé nécessaire de s’appuyer sur ce Pacte avec les partis politiques pour relancer la dynamique sécuritaire et électorale, il devient cohérent d’en tirer toutes les conséquences politiques. Un simple renouvellement de visages, sans réforme réelle, risquerait d’en affaiblir la portée.
Dans cette perspective, la mise en place d’un gouvernement inclusif ne relève pas seulement d’un choix symbolique, mais d’un impératif stratégique.
Les partenaires internationaux attendent également des signaux clairs en matière de gouvernance. La crédibilité du futur processus électoral dépendra en grande partie de la capacité du gouvernement à apparaître comme un arbitre équilibré et impartial.
Image, crédibilité et gouvernance
La composition du gouvernement aura une portée symbolique forte. Elle dira si le pays s’oriente vers un véritable renouveau ou s’installe dans une continuité prudente.
Dans un contexte de méfiance généralisée envers les institutions, l’image des dirigeants compte. Sans être superficielle, elle participe à la crédibilité de l’action publique. Un gouvernement composé uniquement de profils issus des mêmes cercles risque d’accentuer le fossé avec les citoyens, en particulier avec les jeunes générations.
Un test politique décisif
Pour Didier Fils-Aimé, la formation de son cabinet constitue un test majeur. Il lui revient de trouver un équilibre entre compétence, expérience et renouvellement.
Un exécutif élargi aux femmes, aux jeunes et à des profils diversifiés pourrait renforcer la cohésion nationale et offrir une base plus solide à la transition vers les élections. À l’inverse, la reproduction des mêmes schémas risquerait d’alimenter le sentiment de stagnation.
À l’heure où Haïti cherche une sortie durable de crise, la question n’est pas seulement de gouverner, mais de préparer l’avenir. La composition du futur gouvernement dira si le pouvoir est prêt à investir dans ses ressources humaines les plus nombreuses : les femmes et les jeunes.
Plus qu’un simple exercice de nomination, il s’agit d’un choix stratégique. De ce choix dépendra largement la capacité du pays à retrouver une stabilité crédible et à organiser des élections porteuses d’espoir.
Jameson Joseph
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