Selon les conjonctures politiques, le mois de février, ordinairement mois de festivités populaires en Haiti, s’ouvre, souventes fois, sur une tension particulière : l’éventualité d’un 7 février, symbolisant une passation de pouvoir à des autorités légitimement élues, issues d’élections démocratiques.
Les dates approchent, les discours s’installent, les inquiétudes remontent. Le calendrier semble, une fois encore, dicter le rythme de la vie politique.
Alors, la semaine qui mène à ce 7 février chargé d’enjeux commence toujours de la même manière : par une tension diffuse, des attentes contradictoires et des lectures concurrentes d’une même date. Pourtant, au cœur de cette agitation, une question essentielle est rarement posée : comment une République traverse-t-elle le temps administratif lorsque ses mécanismes constitutionnels sont grippés ?
Cette situation n’est pas nouvelle. Toutefois, elle revêt aujourd’hui un caractère exceptionnel dans la mesure où le Conseil présidentiel de transition se trouve contraint au départ, en application même de l’accord politique qui l’avait institué. Le pays aborde ainsi cette échéance dans un contexte où le temps avance, les dates arrivent, tandis que les mécanismes censés organiser la continuité du pouvoir se trouvent fragilisés par leur propre cadre de fondation.
On a pris l’habitude de réduire la Constitution à un calendrier, à des échéances, à des fins de mandat. Une Constitution ne sert pas seulement à fixer des dates électorales. Elle est d’abord une architecture du temps public. Elle organise la continuité de l’État, la responsabilité des institutions et la prévisibilité minimale de l’action publique. Elle permet au pays de ne pas vivre chaque passage comme une rupture.
Lorsque cette architecture fonctionne, les dates structurent. Lorsqu’elle s’effondre, les dates inquiètent et jettent les citoyens dans la confusion.
Le malaise récurrent autour du 7 février ne tient donc pas à la date elle-même. Il tient à l’absence d’un cadre constitutionnel opérant régulièrement, capable d’absorber et calmer les tensions, de contenir les incertitudes et de garantir la continuité. En l’absence de ce cadre, chaque échéance devient un point de crispation, chaque passage un moment de vulnérabilité.
Ce que révèle cette situation n’est pas seulement une crise électorale. C’est une crise du rapport au temps constitutionnel. On vit d’échéance en échéance, sans continuité stabilisée, sans institutions pleinement fonctionnelles, sans règles effectivement respectées. Le droit cesse alors d’organiser le temps ; il se contente de l’annoncer.
Or, une République ne peut durablement fonctionner en apnée. Le droit constitutionnel existe précisément pour éviter que la vie politique ne soit suspendue à des dates vécues comme des menaces plutôt que comme des repères.
Le 7 février viendra inexorablement. Comme toutes les dates, il passera. La question décisive reste entière : voulons-nous continuer à invoquer la Constitution comme un simple calendrier, ou sommes-nous prêts à la pratiquer comme ce qu’elle est réellement — un cadre de continuité, approprié pour traverser les moments difficiles sans mettre la République en danger ?
Chantal Volcy Céant
Le 2 février 2026
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