La transition haïtienne dirigée par le Conseil présidentiel de transition (CPT), composé de neuf conseillers, restera comme l’un des moments les plus confus et les plus honnis de l’histoire politique récente du pays, particulièrement dans le contexte de la succession politique née de l’assassinat duprésident Jovenel Moïse dans la nuit du 6-7 juillet 2021, dans sa résidence officielle à Pèlerin.
À sa mort, le pouvoir était dévolu à Ariel Henry nommé avant le drame mais non encore installé par le défunt président. Il s’est retrouvé à la tête d’un exécutif cumulant à la fois les fonctions de président et de Premier ministre.
Dans l’humour cynique populaire, on parlait alors du « roi Ariel », seul maître à bord.
Un moment exceptionnel, né d’une crise profonde.
Une transition atypique, un échec collectif
Cette transition atypique n’a pas seulement été un échec face aux gangs mais aussi à l’effondrement économique et à l’insécurité chronique.
Elle a surtout échoué à cause d’un échec par rapport aux ressources humaines et politiques : l’incapacité des dirigeants à gouverner autrement que dans la confrontation permanente.
Les conseillers-présidents se sont livrés à des conflits constants des astuces peu honorables pour affaiblir les Premiers ministres. Les Premiers ministres, de leur côté, ont tenté de déstabiliser les conseillers afin de retrouver les privilèges de l’époque Ariel Henry, quand un seul homme dirigeait l’État.
Conille contre le CPT : par ses maladresses et sa volonté de renverser le CPT a lamentablement échoué et commis les erreurs dues à son immaturité politique.
Si tel était le projet manifeste de l’ancien Premier ministre Garry Conille, il est encore resté sur le tarmac de son précédent envol comme politicien. Mais, cet échec n’est pas un coup nouveau. Il a persisté dans l’erreur. Déjà, lorsqu’il était Premier ministre sous la présidence de Michel Martelly, Conille avait adopté la même attitude :
- duels de communiqués,
- échanges de correspondances conflictuelles,
- tensions avec la Présidence,
- frictions diplomatiques, notamment avec la
République dominicaine.
Sous la transition, il a simplement reproduit ce schéma.
Dès son installation, il a choisi de gouverner contre le CPT plutôt qu’avec lui. Au lieu de bâtir la confiance, il a entretenu :
- la suspicion,
- la rivalité,
- la guerre des communiqués,
- la diplomatie de couloir.
Le scandale des 100 millions de gourdes de la BNC : une manœuvre ratée
La crise liée aux accusations de corruption visant Gérald Gilles, Emmanuel Vertilaire et Smith Augustin, autour du dossier des 100 millions de gourdes de la BNC, aurait pu être un moment de vérité pour l’État.
Elle est devenue une manœuvre politique ratée.
Au lieu d’assainir, Conille a fragilisé. Au lieu d’éclairer, il a instrumentalisé. Des voix ont dénoncé l’instrumentalisation de l’ULCC. Au lieu de rassembler, Conille a divisé.
Le CPT est resté debout. Conille est tombé dans le discrédit. Et il a fini par être écarté, avec l’appui d’une communauté internationale fatiguée de ses conflits répétés et de son décalage avec l’agenda de la transition.
Une diplomatie désordonnée
On a longtemps présenté Conille comme « l’homme de l’ONU », doté de réseaux solides. La réalité est plus cruelle : jamais Haïti n’a été aussi mal représentée avec autant de contacts. La proximité avec la ministre Dominique Dupuy inexpérimentée n’a rien arrangé. Elle a nourri les soupçons et affaibli la crédibilité diplomatique.
Le fiasco dominicain
Avec la République dominicaine, Conille n’a pas désamorcé les tensions. Il les a aggravées, comme lors de son premier passage à la Primature.
- Pas de stratégie claire.
- Pas de médiation efficace.
- Pas de leadership régional.
Seulement des crispations et des portes qui se ferment. Dans les chancelleries, il était perçu comme : fragile, nerveux et politiquement isolé.
Didier Fils-Aimé : gouverner sans faire de bruit
À l’inverse, Alix Didier Fils-Aimé a compris une règle essentielle : Celui qui crie perd. Celui qui patiente survit.
Même dans les pires tensions — notamment autour du dossier Rameau Normil —, il a su couler à un moment.
Même face à l’hostilité ouverte de Fritz Jean, il a choisi le temps long, la négociation avec d’autres conseillers et le recul tactique.
La stratégie sécuritaire : imposer sans exposer
Contrairement à Conille, Didier Fils-Aimé a su mener ses batailles politiques. Dans le dossier de la PNH, il a mis en place une stratégie progressive :
- pour imposer Mario Andrésol,
- puis consolider aujourd’hui la position de Vladimir Paraison.
Cette consolidation est intervenue dès le lendemain de l’installation de Laurent Saint-Cyr à la présidence du CPT, à la fin du mandat de Fritz A. Jean.
Pourquoi l’international l’a préféré
Dans un environnement saturé de scandales et de crises, Didier Fils-Aimé est apparu comme : calme, prévisible, poli, maîtrisé.
Bref : rassurant.
La communauté internationale cherchait un interlocuteur stable.
Conille offrait des discours. Didier offre le profil de la stabilité.
Mais l’heure de vérité arrive
Aujourd’hui, Didier Fils-Aimé bénéficie :
- d’un capital diplomatique,
- d’un soutien politique,
- d’une tolérance internationale.
Mais cette patience n’est pas éternelle. Il porte désormais seul :
- les échecs,
- les retards,
- les promesses non tenues.
La main qui soutient est aussi celle qui sanctionne.
Le « roi Dauphin Didier » face à l’Histoire
Comme Ariel Henry avant lui, Didier Fils-Aimé bénéficie aujourd’hui d’un pouvoir concentré.
Les humoristes parlent déjà du « roi Didier ». Mais la question demeure : Réussira-t-il là où les autres ont échoué ? Saura-t-il transformer la stabilité en résultats ?
La souplesse l’a conduit au sommet. Seule l’efficacité lui permettra d’y rester.
Brigitte Benshow
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