Je me suis tenu face à moi-même en me mettant dans la peau des milliers de riverains de la nouvelle « république de Pétion-Ville », où midi ne cache plus minuit, tant la danse des ombres fait écho au vu et su de tous : les citoyens, résignés, se recroquevillent sur le « Sion de l’Ouest », dernière commune qui échappe jusqu’à présent aux contrôles des hommes armés, obéissant à je ne sais quels démons. Comment cette commune autrefois dite de l’élite bourgeoise haïtienne peut-elle abriter tant de paradoxes et de contrastes, à l’heure où nous parlons ? À travers cet article, pour l’histoire et pour la postérité, un devoir de conscience s’impose. Ainsi, les constats faits par Le Quotidien 509 vous seront exposés, de quoi dépeindre l’envers du vrai et mettre à nu une réalité que nous taisons bien trop souvent.
Je vous mentirais en vous disant qu’une traversée des rues de Pétion-Ville aujourd’hui n’est pas assimilable aux douze travaux d’Hercule. Cette commune de l’arrondissement de Port-au-Prince autrefois considérée à juste titre comme étant la principale zone résidentielle et touristique du pays, avec une forte concentration d’hôtels, de restaurants et de commerces, n’échappe point aujourd’hui au règne de l’insalubrité et d’une forte agglomération due aux déplacements récents de populations chassées par les groupes armés, entraînant maints transferts de mœurs. Cette réalité s’y ajoute à des décennies de constructions anarchiques qui ont accouché « Jalousie », ce bidonville historique situé sur le flanc du Morne l’Hôpital où les premiers habitants se sont installés vers les années 1940. D’où une ville désormais saturée.
Fondée en 1831 par le président Jean-Pierre Boyer et nommée en l’honneur d’Alexandre Pétion, Pétion-Ville est aujourd’hui limitée au nord par la commune de Tabarre, au nord-est par Croix-des-Bouquets, au sud par la commune de Port-au-Prince, à l’est par Kenscoff et à l’ouest par la commune de Delmas. La commune compte plusieurs sections communales dont : Montagne-Noire (qui inclut Thomassin), Étang-du-Jonc, Bellevue-Lamontagne, Aux-Cadets, Bellevue-Charbonnière et Soisson-la-Montagne.
Le centre-ville de Pétion-Ville, dépassé par les phénomènes susmentionnés, est un témoignage de multiples paradoxes : on y voit défiler à la fois les voitures de luxe et les camionnettes aux carrosseries défigurées par le temps et le manque d’entretien. On y retrouve l’extrême pauvreté à tous les âges, des diamants des bidonvilles aux abords de la place et de l’église Saint-Pierre, à proximité de l’hôtel de ville et du principal commissariat de la ville. À dire vrai, tout s’y mélange : hôtels dits de luxe et stations de motards, petits démêlés de commerce sur les trottoirs devant les maisons de voitures de luxe, stations de bus improvisées, stores, restaurants… tous participent à ce qu’on peut nommer : « une vaste marche à ciel ouvert » ou encore « un tohu-bohu de résistance, de résilience et d’instinct de survie. »
S’il faut y constater le déclin de cette ville élitiste, il faut reconnaître que ses ruines gardent la marque d’une certaine beauté et la fierté à l’haïtienne incarnées par les galeries d’art et l’exposition à ciel ouvert des ouvrages des artisans, sans oublier les quelques immeubles et infrastructures témoins de l’histoire, tels que : l’église Saint-Pierre, le lycée de Pétion-Ville, la place Boyer, entre autres…
Pétion-Ville est en effet l’ombre de ce qu’elle a été, elle est certes encerclée par les territoires perdus, elle ressemble effectivement à un vaste marché à ciel ouvert, il n’en demeure pas moins qu’elle n’est pas une cause perdue. Il suffira probablement d’un effort répété des autorités suivi d’une implication citoyenne pour inverser la tendance. À titre d’exemple, tous les jeudis sont consacrés depuis plusieurs semaines au nettoyage du centre-ville, ce qui diminue les activités du commerce informel et atténue la gravité de la situation. N’est-ce pas là une mesure à considérer ? Est-ce pourtant suffisant pour inverser la donne ?
Oui à la considération vis-à-vis des mesures louables, non à la passivité et à l’insouciance. Nous alertons de ce fait toutes les autorités concernées, tous les Pétion-Villois et citoyens conséquents, sur l’effritement de cette ville qui abrite tant d’illustres organisations œuvrant dans l’humanitaire et le développement durable, tant de structures de la société civile et politique, patrimoine du pays, à l’approche de son bicentenaire. Nous garderons toujours espoir en notre capacité à inverser la tendance, car dès lors que nous commencerons à déplacer une pierre, la montagne sera ébranlée.
Par Marc Arthur PAUL
Lire du même auteur :
En réponse à l’ingérence : light is coming your way de Tabou Combo
La marée rouge a emporté un jeune de 19 ans : le ministre de l’Education minimise et reste passif
Abonnez-vous maintenant à notre chaîne whatsapp en cliquant ICI
Si vous appréciez cet article, soutenez-nous. Chaque don compte pour permettre à notre équipe de continuer à informer avec rigueur et impartialité. Faites un don ici
📲 Rejoignez Le Quotidien 509
Recevez nos dernières nouvelles directement sur votre téléphone via notre chaîne WhatsApp officielle.
🚀 Rejoindre la chaîne WhatsApp

