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ONU : la République dominicaine réclame l’accélération de la Force de suppression des gangs, tandis que l’ONU lie sécurité et élections en Haïti

Au Conseil de sécurité de l'ONU, la République dominicaine a appelé à accélérer le déploiement de la Force de suppression des gangs (GSF). Les Nations unies estiment que la sécurité et les élections doivent progresser simultanément en Haïti.

Lequotidien509 by Lequotidien509
juillet 20, 2026
in A la une, Actualités, National
Reading Time: 6 mins read
Haïti, les États-Unis et l’OEA saluent la résolution 2793 de l’ONU sur la transformation de la MMS

New York, le 20 juillet 2026 – Le Conseil de sécurité des Nations unies a consacré, lundi, une nouvelle séance à la crise haïtienne, alors que le Conseil électoral provisoire (CEP) venait de lancer les opérations d’inscription des électeurs dans neuf départements du pays. Entre appels à accélérer le déploiement de la Force de suppression des gangs (GSF), soutien au processus électoral et préoccupations persistantes sur la sécurité, les échanges ont mis en évidence un consensus sur les priorités, mais aussi des divergences dans l’appréciation de la situation sur le terrain.

Les interventions du représentant spécial du Secrétaire général, de la ministre haïtienne des Affaires étrangères, du chef de la diplomatie dominicaine et de plusieurs hauts responsables onusiens ont confirmé que le retour à l’ordre constitutionnel dépendra largement de la capacité des autorités haïtiennes et de leurs partenaires à reprendre progressivement le contrôle du territoire.

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L’ONU voit une fenêtre d’opportunité pour la transition

Présentant son rapport trimestriel, Carlos Ruiz Massieu, Représentant spécial du Secrétaire général et chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), a reconnu que le pays demeure confronté à une insécurité persistante, à une crise humanitaire aiguë et à de profondes fragilités institutionnelles.

« Haïti continue de faire face à une insécurité persistante, à des besoins humanitaires aigus et à des défis institutionnels, avec des conséquences dévastatrices pour sa population. »

Malgré ce constat, le diplomate estime qu’une dynamique nouvelle est en train de se dessiner.

« Il y a actuellement une opportunité de faire avancer la transition politique. Les préparatifs électoraux et l’amélioration de la sécurité doivent progresser de concert pour maintenir cette dynamique. »

Il a salué le lancement des inscriptions sur les listes électorales comme une étape importante, tout en soulignant que la prochaine échéance sera l’adoption d’un calendrier électoral crédible.

Selon les Nations Unies, 892 enfants ont été recrutés ou utilisés par des groupes armés en 2025. La même année, 620 enfants ont été tués ou mutilés et 277 ont été enlevés. Au total, l’ONU a vérifié 2 088 violations graves commises contre 1 661 enfants.

La République dominicaine appelle à accélérer le déploiement de la GSF

Devant le Conseil, le ministre dominicain des Affaires étrangères Roberto Álvarez a réaffirmé le soutien de son pays au renouvellement du mandat de la Force de suppression des gangs (GSF) et du Bureau d’appui des Nations unies.

Selon lui, les outils existent désormais. L’enjeu est leur pleine exécution.

« Nous n’avons plus besoin d’une nouvelle stratégie. Nous devons appliquer pleinement celle que nous avons construite. »

Le ministre a salué les contributions des États-Unis, du Canada et des autres États partenaires, tout en estimant que le principal obstacle demeure aujourd’hui logistique.

« Aucun obstacle de nature purement logistique ne devrait s’interposer entre la communauté internationale et la protection de tout un peuple. »

Pour Roberto Álvarez, le retour de la sécurité constitue la condition indispensable au rétablissement de la démocratie.

« Ce ne sont pas les élections qui produiront la sécurité ; c’est la sécurité qui rendra possibles les élections. »

Il a également demandé une application plus rigoureuse des sanctions prévues par la résolution 2653, non seulement contre les chefs de gangs, mais aussi contre les financiers, trafiquants d’armes, blanchisseurs d’argent et réseaux politiques qui soutiennent les organisations criminelles.

Une Force encore loin de ses objectifs

Les débats ont confirmé que la GSF reste encore très en dessous de son format prévu.

À ce jour, un peu plus d’un millier d’agents sont effectivement déployés alors que la mission pourrait compter jusqu’à 5 550 personnels.

Le représentant spécial de la GSF, Jack Christofides, a expliqué que les premières opérations se concentrent sur quelques secteurs prioritaires avant une extension progressive.

« Si cette dynamique est maintenue, la Force pourra accroître progressivement la pression sur les gangs. Mais si cet élan est brisé, nous risquons de perdre cette dynamique. »

Monica Juma alerte sur l’évolution des gangs

L’intervention de Monica Juma, Directrice exécutive de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), a suscité une attention particulière.

Selon elle, les groupes armés haïtiens ont changé de stratégie.

« Les gangs armés ne cherchent plus seulement à s’emparer de territoires, mais à prendre le contrôle des institutions et des infrastructures économiques vitales. »

Elle a poursuivi :

« Il s’agit d’une évolution majeure de leur stratégie, témoignant d’une volonté d’étendre leur influence au-delà de Port-au-Prince, vers l’Artibonite, le département du Centre et les axes routiers du Sud. »

Et d’ajouter :

« Les gangs multiplient leurs sources de revenus illicites, créant un écosystème criminel plus adaptable, plus résilient et plus complexe à démanteler. »

La responsable onusienne a plaidé pour un renforcement des contrôles aux frontières, une lutte plus efficace contre les trafics d’armes et le démantèlement des réseaux financiers qui alimentent les organisations criminelles.

Une analyse qui soulève des interrogations

Les déclarations de Monica Juma méritent toutefois d’être replacées dans leur contexte.

Quatre jours avant cette réunion du Conseil de sécurité, le 16 juillet, la Directrice exécutive de l’ONUDC s’était rendue à Port-au-Prince où elle avait été reçue par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Selon le communiqué publié par la Primature, les discussions avaient porté sur la lutte contre la corruption, le renforcement des pôles judiciaires spécialisés, la sécurité des frontières, la criminalité transnationale organisée et les perspectives de coopération entre Haïti et les Nations unies.

En revanche, ni le communiqué de la Primature ni les informations rendues publiques à l’issue de cette visite ne faisaient état d’une prise récente de nouvelles institutions publiques ou d’infrastructures économiques stratégiques par les groupes armés.

L’analyse présentée devant le Conseil de sécurité semble ainsi relever davantage d’une évaluation prospective des ambitions des gangs que du constat d’événements nouvellement observés sur le terrain.

En effet, si la situation sécuritaire demeure extrêmement préoccupante et que plusieurs territoires échappent toujours au contrôle de l’État, les derniers mois ont surtout été marqués par une consolidation des positions déjà occupées par les groupes armés, davantage que par une multiplication de conquêtes spectaculaires d’institutions publiques ou d’infrastructures nationales.

Des appels à accélérer la transition politique

Au cours des débats, plusieurs États, dont la France, le Danemark, le Royaume-Uni, le Pakistan, le Mexique, Bahreïn, la Chine et les membres de la CARICOM, ont plaidé pour une accélération de la transition politique et l’organisation d’élections crédibles.

La France a rappelé que le rétablissement de la sécurité constitue la priorité absolue et qu’il est indispensable à la réussite du processus électoral.

La Jamaïque, au nom de la CARICOM, a appelé au renouvellement du mandat de la GSF afin d’éviter une nouvelle détérioration de la situation sécuritaire.

Haïti défend les progrès réalisés

Face aux inquiétudes exprimées par plusieurs délégations, la ministre haïtienne des Affaires étrangères Raina Forbin a défendu les avancées enregistrées depuis plusieurs mois.

« Malgré les défis, Haïti avance. Nous sommes plus près que nous ne l’avons été depuis des années de rétablir la sécurité et d’organiser des élections crédibles. »

Elle a indiqué que sept des dix départements disposent aujourd’hui de conditions permettant la tenue d’activités électorales sans entraves sécuritaires majeures.

La ministre a également évoqué la formation de plus de 2 000 policiers, le recrutement en cours de 1 500 nouveaux militaires ainsi que les efforts engagés pour renforcer les capacités de l’État.

Des milliers d’enfants pris au piège des gangs

La réunion a également mis en lumière la situation dramatique des enfants.

La Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, Vanessa Frazier, a révélé qu’un membre de gang sur deux serait désormais un enfant.

Plus de 2 800 violations graves contre des enfants ont été recensées en 2025, tandis que plus de 800 mineurs auraient été recrutés par des groupes armés.

Entre discours diplomatiques et réalité opérationnelle

La réunion du Conseil de sécurité traduit un consensus inédit sur plusieurs points : renouveler le mandat de la GSF, accélérer son déploiement, renforcer les sanctions contre les réseaux criminels et poursuivre les préparatifs électoraux. Sur le plan diplomatique, les positions de l’ONU, de la République dominicaine, de la CARICOM et d’une majorité des membres du Conseil convergent désormais davantage qu’auparavant.

En revanche, le terrain continue d’imposer son propre rythme. La Force internationale reste largement incomplète, les capacités de la Police nationale demeurent limitées, des centaines de milliers de personnes vivent encore déplacées et l’État n’a pas retrouvé son autorité sur plusieurs zones stratégiques.

Au-delà des déclarations d’intention, la principale interrogation reste celle de la traduction concrète de cette mobilisation internationale. Pour Haïti, le véritable test ne sera pas celui des annonces devant le Conseil de sécurité, mais celui de leur impact sur le quotidien d’une population qui attend, depuis plusieurs années, un retour effectif de la sécurité et de l’autorité de l’État.

La rédaction

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Tags: haitionurepublique dominicaine

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