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OMRH et Gestion des ressources publiques : l’État haïtien face au défi de maîtriser son propre patrimoine

Quand les cadres de l’administration publique questionnent le patrimoine réel de l’Etat.

Marc Arthur Paul by Marc Arthur Paul
septembre 21, 2026
in A la une, Actualités, Analyse, Chroniques, Économie, Editorial, Enquête, Finance, Grands dossiers, Le monde des affaires, Le Q 509, National, Opinion, Répertoire, Société
Reading Time: 8 mins read

La gestion des ressources publiques : au terme de trois jours de formation, l’État haïtien face au défi de la maîtrise de ses propres biens a été diagnostiqué.

Et si le problème de l’État haïtien n’était pas seulement l’insuffisance de ses ressources, mais aussi sa difficulté à savoir précisément ce qu’il possède, où se trouvent ses biens, comment ils sont utilisés et dans quelles conditions ils disparaissent de son patrimoine ? C’est l’une des questions de fond qui a traversé, du 18 au 20 septembre 2026, l’atelier de travail consacré à la gestion des ressources matérielles de l’État, organisé à l’Hôtel Karibe, à l’intention des cadres administratifs et comptables du Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP).

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Derrière les procédures d’inventaire, les règles de comptabilité publique, la gestion des approvisionnements ou encore le contrôle des actifs, les trois journées ont surtout fait apparaître un diagnostic plus large : l’administration haïtienne dispose de ressources dont elle ne maîtrise pas toujours suffisamment l’existence, la valeur, l’affectation et le cycle de vie.

Organisé sous l’égide des structures publiques concernées, notamment la Primature et l’Office de Management et des Ressources Humaines (OMRH), l’atelier intitulé « Appui à la vulgarisation du matériel de gestion des ressources matérielles de l’État » avait pour objectif de renforcer les capacités opérationnelles des cadres du MENFP dans la gestion des biens mobiliers et l’optimisation de la fonction logistique. Pendant trois jours, directeurs administratifs, assistants administratifs, responsables de la logistique, cadres administratifs et comptables ont été appelés à confronter les principes de la gestion publique aux réalités concrètes de l’administration.

L’OMRH a présenté le manuel de gestion des ressources matérielles de l’État, les principes devant encadrer cette gestion ainsi que les outils destinés à leur mise en application, tandis que le Groupe Croissance avec Kesner Pharell a abordé les enjeux de gouvernance dans un environnement administratif en mutation et proposé une approche comparative de la gestion des ressources matérielles. La DGI a, pour sa part, traité du processus de gestion des ressources matérielles et du rôle du logisticien, avant d’intervenir sur le déclassement des biens. La CSCCA, à travers Max Edard Piard, a approfondi les questions relatives à la comptabilité publique, au contrôle financier des actifs de l’État et à l’inventaire des immobilisations.

La CNMP, avec Hakins Henry, a abordé la gestion de l’approvisionnement et la passation des marchés publics, tandis que l’IGF, représentée notamment par Dendy Desnoyers, a participé aux échanges sur le déclassement et le contrôle des biens publics. Les travaux ont également impliqué des représentants de la DGB, de la DGTCP et du MENFP, notamment Robenson Merise et Lutherking Emmanuel Marcadieu, ainsi que plusieurs cadres de l’OMRH, autour de la préparation des rapports d’inventaire et de la mise en pratique des procédures de gestion.

Mais au fil des interventions, la formation a dépassé le simple cadre d’une transmission de procédures. Elle a donné lieu à un examen parfois particulièrement direct des faiblesses qui affectent la gestion des ressources publiques. L’absence ou l’insuffisance d’inventaires fiables, la nécessité de mieux identifier le domaine public, les difficultés de contrôle des actifs de l’État, les limites des mécanismes de suivi et la nécessité d’une réforme institutionnelle ont constitué autant de points de convergence des différentes interventions.

Savoir ce que l’État possède avant de prétendre gérer ce qu’il possède

La question de l’inventaire s’est progressivement imposée comme l’un des principaux fils conducteurs de l’atelier.

Car avant de pouvoir contrôler, affecter, entretenir, réformer ou déclasser un bien public, encore faut-il être capable de l’identifier avec précision. La gestion des ressources matérielles ne saurait donc être réduite à une opération administrative consistant à dresser une liste de meubles, de véhicules, d’équipements ou d’autres actifs. Elle suppose une connaissance structurée du patrimoine de l’État, de son emplacement, de son affectation, de son état, de sa valeur et de son évolution. La journée de clôture, tenue le 20 septembre dans la salle Ginger de l’hôtel Karibe, a précisément consacré une partie substantielle de ses travaux à l’inventaire dans le cadre du contrôle des actifs immobilisés de l’État, puis à des travaux pratiques portant sur la préparation des rapports d’inventaire.

Cette exigence prend une dimension particulière dans un contexte où les intervenants ont mis en évidence les conséquences d’une mauvaise maîtrise des biens publics. L’État peut manquer de ressources tout en gaspillant celles dont il dispose déjà. Le paradoxe est là : des moyens financiers peuvent être mobilisés pour acquérir de nouveaux biens alors que l’administration ne dispose pas toujours d’une connaissance suffisamment rigoureuse de son patrimoine existant, de son état ou de son utilisation. L’enjeu de l’inventaire devient alors celui de la traçabilité. Il s’agit de savoir ce qui appartient à l’État, qui en a la responsabilité, où le bien est affecté, dans quel état il se trouve et quel traitement administratif doit lui être réservé lorsque son utilisation n’est plus justifiée.

La comptabilité publique, une architecture de responsabilité

Les travaux ont également permis de revenir aux fondements de la comptabilité publique et au rôle qu’elle doit jouer dans la maîtrise des ressources de l’État. Dès l’entrée en matière, la fonction de la comptabilité publique a été présentée comme un instrument permettant notamment d’assurer la régularité, la traçabilité et le contrôle des opérations financières de l’administration. Plusieurs principes ont été rappelés, parmi lesquels la séparation entre l’ordonnateur et le comptable, l’unité de caisse, la spécificité des crédits, l’universalité budgétaire ainsi que le principe du droit constaté. Ces mécanismes ne constituent pas de simples formalités comptables. Ils participent à une architecture de responsabilités destinée à déterminer qui décide, qui exécute, qui comptabilise et qui contrôle.

La question devient dès lors institutionnelle : lorsque les mécanismes existent mais que leur application demeure imparfaite, le problème ne réside plus uniquement dans l’absence de règles. Il se situe dans la capacité de l’administration à faire vivre ces règles dans ses pratiques quotidiennes.

C’est précisément dans cette perspective que les échanges ont fait ressortir la nécessité d’une réforme institutionnelle plus profonde, susceptible de renforcer les mécanismes de contrôle, de clarifier les responsabilités et de permettre une meilleure identification du domaine public et des biens appartenant effectivement à l’État.

Du contrôle de caisse à une logique patrimoniale

L’un des autres enjeux majeurs abordés au cours des travaux concerne l’évolution du système comptable, notamment la nécessité évoquée de passer progressivement d’une comptabilité de caisse à une comptabilité d’exercice. Cette évolution n’est pas qu’une question technique. Elle modifie la manière dont l’administration appréhende ses engagements, ses recettes, ses dépenses, ses actifs et ses obligations. Une comptabilité essentiellement centrée sur les mouvements de trésorerie permet de suivre ce qui entre et ce qui sort. Une approche fondée sur les droits constatés et l’exercice comptable permet, elle, d’avoir une vision plus complète des opérations rattachées à une période donnée.

Dans cette logique, la maîtrise des outils et référentiels comptables devient déterminante. Les échanges ont notamment insisté sur la nécessité pour les cadres concernés de mieux maîtriser les PCGE et PCGS, afin de renforcer la cohérence entre les opérations réalisées, leur enregistrement comptable et les exigences de contrôle. La comptabilité apparaît ainsi comme un langage de l’administration : si ce langage est imprécis, incomplet ou mal maîtrisé, l’État perd une partie de sa capacité à mesurer ses propres opérations et, par conséquent, à piloter efficacement ses ressources.

Approvisionnement, marchés publics et déclassement : le bien public a une vie administrative

La troisième journée a élargi la réflexion à l’ensemble du cycle de gestion des biens. Les participants ont notamment travaillé sur la gestion de l’approvisionnement et la passation des marchés publics, avec la participation de représentants de la Commission nationale des marchés publics (CNMP) et du MENFP.

La question est fondamentale : la gestion d’un bien public commence avant même son entrée dans le patrimoine de l’administration. Elle implique l’identification du besoin, la mobilisation des ressources, l’acquisition, la réception, l’enregistrement, l’affectation, l’utilisation et le contrôle. Elle s’achève, lorsque le bien n’est plus utilisable ou nécessaire, par des procédures appropriées de déclassement.

C’est dans cette perspective que la session consacrée au déclassement des biens, animée notamment par des représentants de la DGI, de l’Inspection générale des finances et de la CSCCA, a permis d’aborder l’une des dernières étapes du cycle de vie d’un actif public. Entre son acquisition et son éventuelle sortie du patrimoine, un bien de l’État doit donc laisser des traces : traces administratives, comptables et physiques. Ce qui n’est pas correctement enregistré devient difficile à contrôler ; ce qui n’est pas contrôlé devient difficile à protéger ; et ce qui n’est pas protégé peut rapidement devenir une charge ou une perte pour la collectivité.

Une formation qui s’est terminée par la pratique

Les travaux pratiques ont constitué l’un des prolongements importants de l’atelier. Après les présentations consacrées aux principes et aux mécanismes de gestion, les participants ont été appelés à travailler sur la préparation des rapports d’inventaire. Cette approche pratique a mobilisé plusieurs institutions et structures concernées par la chaîne de gestion et de contrôle des ressources publiques, parmi lesquelles l’OMRH, la CSCCA, la DGI, l’IGF, la DGB, la DGTCP et la CNMP. Elle traduit la volonté de ne pas limiter la formation à la connaissance théorique des normes, mais d’en favoriser l’application dans les opérations quotidiennes de l’administration.

La clôture de l’atelier, vers 17 heures, est ainsi intervenue après trois journées consacrées à un même impératif : passer d’une connaissance théorique des biens de l’État à une gestion documentée, contrôlée et responsable de ces biens.

Le véritable enjeu : l’État peut-il connaître et préserver son patrimoine ?

Au terme de ces trois journées, la question qui demeure dépasse largement le seul périmètre du MENFP. Elle touche à la capacité de l’État haïtien à administrer son propre patrimoine. Car la mauvaise gestion des ressources publiques ne se traduit pas uniquement par des détournements ou des irrégularités financières. Elle peut aussi prendre des formes beaucoup plus ordinaires : un équipement non inventorié, un bien mal affecté, un actif dont l’état n’est pas suivi, une dépense engagée sans vision globale du patrimoine existant, une absence de coordination entre les services, une procédure de déclassement mal maîtrisée ou encore une information comptable qui ne permet pas de refléter fidèlement la réalité administrative.

C’est là que se trouve probablement l’un des enseignements les plus importants de cet atelier : la rareté des ressources publiques ne justifie pas à elle seule les difficultés de l’État. La manière dont ces ressources sont administrées détermine également leur rendement collectif. Un État peut augmenter ses recettes et continuer à perdre de la valeur s’il ne maîtrise pas son patrimoine. À l’inverse, une meilleure connaissance des biens existants peut permettre d’éviter certaines acquisitions inutiles, de rationaliser les dépenses, d’améliorer l’affectation des équipements et de renforcer la responsabilité des gestionnaires.

La réforme apparaît donc moins comme une simple modification de procédures que comme une transformation de la culture administrative. Inventorier, comptabiliser, contrôler, affecter, entretenir et, lorsque cela est nécessaire, déclasser ne sont pas des gestes bureaucratiques isolés. Ils constituent les différentes étapes d’une même obligation : gérer le bien public comme un patrimoine collectif dont l’administration n’est que la dépositaire.

Du 18 au 20 septembre, à l’hôtel Karibe, les cadres du MENFP auront ainsi été confrontés à une réalité aussi simple que décisive : avant de chercher toujours davantage de ressources pour faire fonctionner l’État, il faut aussi apprendre à mieux connaître, protéger et utiliser celles qu’il possède déjà.

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Tags: #CriseSécuritaireHaïti

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