Après avoir alerté la population sur la mauvaise qualité d’une partie de l’eau conditionnée vendue en Haïti, le ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) se retrouve aujourd’hui confronté à une nouvelle crise : des consommateurs dénoncent des problèmes liés à la qualité de certains carburants et le Conseil consultatif de suivi du marché pétrolier (CCSMP) réclame des contre-analyses à Varreux. Une question devient incontournable : le ministère dispose-t-il réellement des moyens techniques et institutionnels nécessaires pour contrôler efficacement les produits avant qu’ils n’atteignent les consommateurs ?
Le 17 septembre, le CCSMP a demandé au ministre James Monazard de transmettre les certificats de contrôle et d’analyse des arrivages de produits pétroliers entre le 1er août et le 15 septembre 2026. Il réclame également le prélèvement d’échantillons directement dans les cuves du terminal de Varreux afin de procéder à des contre-analyses et de comparer les résultats avec ceux fournis par les importateurs.
Le MCI affirme, de son côté, qu’il ne faut tirer aucune conclusion avant la réalisation des analyses scientifiques. Le ministère dit pouvoir solliciter des structures spécialisées lorsque des expertises complémentaires sont nécessaires. En cas de non-conformité établie, des mesures sont prévues par l’article 16 du décret du 11 mars 2020.
Mais une question demeure : où sont les moyens de contrôle ?
C’est précisément là que commence le malaise. Le MCI dispose-t-il de laboratoires suffisamment équipés pour réaliser lui-même les analyses nécessaires ?
Si ce n’est pas le cas, quels laboratoires habilités sont capables de réaliser ces examens ? Qui les finance ? Combien de temps faut-il pour obtenir les résultats ? Les échantillons sont-ils prélevés selon une procédure garantissant leur intégrité et leur traçabilité ? Et surtout, les résultats seront-ils rendus publics ?
Le MCI a informé avoir mobilisé une dizaine d’inspecteurs dans plusieurs stations-service de la région métropolitaine.
Mais pourquoi faut-il attendre que les véhicules tombent en panne pour renforcer les contrôles ?
L’épisode de l’eau aurait dû servir d’alerte
La question est d’autant plus embarrassante que le MCI avait déjà été confronté, en janvier 2026, à une situation préoccupante concernant l’eau vendue à la population.
L’étude réalisée par la Direction du contrôle de la qualité et de la protection du consommateur (DCQPC), entre août 2025 et janvier 2026, avait conclu que plus de 92 % des sachets d’eau analysés n’étaient pas conformes aux normes, notamment en matière d’enregistrement et d’étiquetage. Le ministère avait alors annoncé un renforcement des contrôles et un plan d’action interinstitutionnel.
Dans son propre document de restitution, le MCI indiquait vouloir rencontrer les entreprises concernées, déterminer les responsabilités, qualifier les infractions, publier les résultats des évaluations et sanctionner les entreprises qui continueraient à fournir une eau de mauvaise qualité. Le ministère annonçait également son intention d’étendre l’étude aux autres départements du pays. Notre rédaction a déjà signalé la contamination des eaux dans le Nord du pays notamment au Cap-Haïtien et les dégats au niveau de la Santé de la population.
Alors, plusieurs mois plus tard, quel bilan concret ?
Combien d’entreprises ont été sanctionnées? Combien ont été fermées ou mises en conformité ?Combien de contrôles supplémentaires ont été réalisés ? Combien de résultats ont été publiés ?
Et surtout, qu’est-ce qui a changé pour le consommateur ?
Aujourd’hui, ce sont les moteurs qui parlent
Le dossier du carburant ramène brutalement la même question.
Des citoyens affirment avoir acheté du carburant et avoir ensuite rencontré des problèmes avec leurs véhicules. « Mwen pran nan move gaz la. »
Cette phrase résume le sentiment de plusieurs automobilistes qui se retrouvent potentiellement avec des frais de diagnostic, de remorquage, de réparation ou même des dommages mécaniques importants.
Et si les analyses démontrent finalement une non-conformité, une autre question surgira : qui paiera les dégâts ?
Le contrôle après le scandale ne suffit plus
Le CCSMP demande désormais que les contrôles soient effectués régulièrement et de manière récurrente sur l’ensemble des cargaisons importées, précisément pour éviter que des carburants altérés ou hors normes ne soient commercialisés.
Le véritable contrôle devrait intervenir avant la pompe, avant le gallon, avant le moteur et avant la facture de réparation.
Séminaires, ateliers, annonces… mais quels résultats ?
C’est ici que le ministre James Monazard doit accepter le débat sur les résultats de son administration.
Les citoyens n’ont pas seulement besoin de conférences, d’ateliers, de consultations ou de communiqués annonçant de nouveaux mécanismes.
Ils veulent des chiffres.
Combien de contrôles depuis janvier 2026 ? Combien d’inspections ? Combien d’échantillons analysés ? Combien de produits déclarés non conformes ? Combien de sanctions ? Combien d’entreprises poursuivies ? Combien de produits retirés du marché ? Combien de consommateurs indemnisés ?
Et dans le dossier actuel :
Combien de stations ont déjà été contrôlées ? Combien d’échantillons ont été envoyés au laboratoire ? Quand les résultats seront-ils disponibles ? Seront-ils publiés intégralement ?
Selon le FMI, le PIB réel d’Haïti s’est contracté de 2,7 % en 2025, après une nouvelle année de recul, et l’institution projette encore -1,7 % pour l’exercice 2026. L’inflation moyenne est projetée à 23,5 % en 2026.
La Banque mondiale confirme le recul de 2,7 % du PIB réel en 2025 et souligne que l’activité a diminué dans l’ensemble des secteurs.
Autrement dit, lorsqu’un citoyen voit son véhicule immobilisé à cause d’un problème de carburant potentiellement lié à la qualité, il ne fait pas face à un simple désagrément mécanique. Dans une économie qui s’est encore contractée, avec une inflation élevée et des revenus déjà sous pression, une panne automobile peut représenter une charge considérable pour une famille ou une petite entreprise
Voilà les réponses que le public attend.
Car lorsqu’un ministère découvre que plus de neuf sachets d’eau sur dix ne respectent pas les normes étudiées, puis se retrouve quelques mois plus tard à devoir vérifier, après des plaintes, la qualité du carburant vendu à la population, la question n’est plus simplement celle de la conformité d’un produit.
Elle devient celle de l’efficacité du système de protection du consommateur.
Et si le MCI dispose des moyens nécessaires, qu’il les montre par des résultats vérifiables.
S’il ne les possède pas, qu’il dise clairement quels moyens lui manquent et pourquoi.
Dans les deux cas, les citoyens sont en droit de demander des comptes.
Parce qu’un ministère ne protège pas les consommateurs avec des communiqués. Il les protège avec des contrôles, des analyses, des sanctions et des résultats.
Brigitte Benshow
📲 Rejoignez Le Quotidien 509
Recevez nos dernières nouvelles directement sur votre téléphone via notre chaîne WhatsApp officielle.
🚀 Rejoindre la chaîne WhatsApp
