Le lynchage de Mario Arthur, présenté comme un opérateur collaborant avec la Police nationale d’Haïti (PNH), relance avec force le débat sur l’expansion des groupes armés dans le département de l’Artibonite. Il met aussi en évidence l’incapacité apparente des autorités à protéger les citoyens qui contribuent aux efforts de sécurité.

Au-delà de l’horreur du crime, ce drame soulève de sérieuses interrogations sur la stratégie de l’État face à l’enracinement des gangs.
Selon les informations rapportées par plusieurs acteurs locaux, Mario Arthur a été enlevé vendredi dernier à la Cité de l’Indépendance (Gonaïves) par des membres présumés du gang « Kokorat San Ras ».
Les assaillants lui ont infligé d’atroces sévices avant de l’exécuter.
Des images de ces actes de torture ont ensuite circulé sur les réseaux sociaux, provoquant une vive émotion au sein de la population.
La porte-parole de la Commission de dialogue, de conscientisation et de réconciliation, Bertide Horace, a indiqué que la victime était un technicien travaillant pour une entreprise privée, tout en apportant un appui à la Police nationale d’Haïti.
Elle affirme que les gangs continuent d’étendre leur influence sur l’ensemble du département de l’Artibonite, sans rencontrer de résistance suffisante des forces de l’ordre. Iñ
De plus, dit-elle, ce type d’exactions est devenu récurrent dans la région.
De son côté, le coordonnateur général du Comité d’initiative pour la paix dans le Bas-Artibonite (KILBA), André Saint-Louis, a fermement condamné cet assassinat qu’il qualifie d’acte de barbarie.
Il dénonce également la diffusion des images du supplice de la victime ainsi que la poursuite des violences attribuées aux gangs « Kokorat San Ras » et « Gran Grif », notamment après le meurtre de deux autres citoyens dans la localité de Jean-Denis.
André Saint-Louis a appelé les autorités à renforcer sans délai les capacités opérationnelles de la PNH dans l’Artibonite.
Il estime que seule une mobilisation exceptionnelle des ressources humaines, logistiques et militaires permettra de démanteler durablement les groupes armés qui contrôlent plusieurs zones du département.
Au-delà des réactions des organisations locales, un constat s’impose : l’absence de communication officielle des autorités après un crime d’une telle ampleur alimente un profond sentiment d’abandon.
Aucun message fort, aucune annonce de mesures concrètes ni aucun plan d’intervention immédiat n’ont, jusqu’à présent, rassuré une population confrontée quotidiennement à la violence des gangs.
Ce silence est d’autant plus préoccupant que les personnes soupçonnées de collaborer avec les forces de sécurité deviennent des cibles privilégiées des groupes criminels.
Le meurtre de Mario Arthur dépasse ainsi le cadre d’un fait divers. Il symbolise l’emprise persistante des gangs sur certaines régions du pays et met en évidence les limites de la réponse sécuritaire actuelle.
Pour de nombreux observateurs, l’Artibonite demeure aujourd’hui l’un des principaux fronts de la crise sécuritaire haïtienne, où chaque nouvelle attaque rappelle l’urgence d’une action publique cohérente, soutenue et capable de rétablir l’autorité de l’État.
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