Ce qui se déroule depuis ces dernières 24 heures était largement prévisible. L’insécurité continue de plomber l’économie haïtienne et d’accentuer l’isolement du pays sur la scène internationale. Quelques heures seulement après que le gouvernement américain a demandé à ses ressortissants d’éviter tout voyage en Haïti, la compagnie de croisières Royal Caribbean a décidé de prolonger la suspension de ses escales à Labadee.
L’information a été révélée ce vendredi par le New York Post dans son édition en ligne. « Royal Caribbean prolonge jusqu’en 2027 la suspension de ses escales à Labadee en raison de l’insécurité en Haïti », titre le quotidien américain.
Selon le journal, cette décision traduit la persistance des préoccupations sécuritaires qui entourent Haïti et constitue un nouveau coup dur pour un secteur touristique déjà à l’agonie.
Dans un communiqué relayé par plusieurs médias américains, un porte-parole de Royal Caribbean a indiqué que cette mesure a été prise « dans le souci de garantir la sécurité et le bien-être des passagers et des membres d’équipage ». La compagnie précise qu’elle continue d’évaluer régulièrement la situation sur le terrain avant d’envisager une éventuelle reprise de ses activités à Labadee.
Royal Caribbean affirme toutefois maintenir son engagement envers les employés haïtiens du site de Labadee. L’entreprise indique avoir identifié des affectations temporaires sur d’autres navires et dans d’autres destinations afin de soutenir son personnel pendant cette période d’interruption.
Pour les passagers concernés, les itinéraires ont été réaménagés. Les escales prévues à Labadee seront remplacées par d’autres destinations des Caraïbes, notamment Grand Cayman, Grand Turk, Cozumel et Nassau.
Cette annonce intervient alors que le Département d’État américain vient de durcir son message à l’égard d’Haïti. Washington recommande désormais à ses ressortissants d’éviter tout déplacement dans le pays et, pour ceux qui décideraient malgré tout de s’y rendre, de laisser à leur famille des échantillons d’ADN ainsi que leurs dossiers dentaires afin de faciliter leur identification en cas d’incident grave.
Au-delà du contexte sécuritaire, cette nouvelle décision met aussi en évidence l’absence de leadership et d’initiative dans le secteur touristique. Plus de quatre mois après son entrée en fonction, la ministre du Tourisme, Stéphanie Smith, peine encore à imposer sa voix sur les grands enjeux qui touchent l’industrie. Alors que les mauvaises nouvelles s’enchaînent et que les opérateurs internationaux se retirent les uns après les autres, aucune stratégie nationale de relance du tourisme, aucune feuille de route crédible ni aucun plan de reconquête des partenaires étrangers n’ont été rendus publics.
À ce stade, l’action de la ministre semble davantage se limiter aux activités protocolaires et aux représentations officielles qu’à la conduite d’une véritable politique publique en faveur du tourisme. Pendant que les compagnies de croisière prolongent leurs suspensions et que les gouvernements étrangers renforcent leurs mises en garde, le ministère peine à porter une vision capable de restaurer la confiance.
La prolongation de la suspension des escales de Royal Caribbean dépasse ainsi le simple cadre commercial sans compter les déclarations américaines sur les alertes de voyage. Il s’agit ici de l’illustration parfaite du coût économique et diplomatique de l’insécurité, mais aussi les limites d’une gouvernance qui, jusqu’à présent, n’a pas su proposer une réponse concrète à la hauteur des défis. Tant que l’insécurité continuera de dicter l’agenda national et qu’aucun leadership fort ne sera exercé pour défendre le tourisme haïtien, Haïti restera à l’écart des grandes routes touristiques de la Caraïbe.
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