Si la mort d’un homme est la mort de l’homme, la mort d’un enfant est la mort de l’humanité. À Sarthe, dans la commune de Cité Soleil, les armes parlent plus fort que les rêves. Les rafales remplacent les chants d’enfants, et les rues deviennent des couloirs de fuite pour des milliers de familles terrorisées. Plus de 5 000 personnes ont déjà tenté d’abandonner leurs maisons pour sauver leur vie. Parmi elles, un petit garçon de 11 ans courait avec ses peurs, ses espoirs et son innocence serrés contre son cœur. Il s’appelait Josué.
Aujourd’hui, Haïti pleure un enfant de plus. Mais au-delà d’un enfant, c’est une promesse qui s’effondre sous les balles. Josué était gardien de but à l’« Olympique École de Football » (OEF), structure sportive de la Fondation Notre-Dame du Perpétuel Secours (FONDAPS). Depuis trois ans, ce petit garçon portait des gants plus grands que ses mains et défendait ses cages avec le sérieux des grands hommes. Dans ses plongeons maladroits mais courageux, il y avait déjà la discipline, le courage et l’espérance de toute une génération.
Selon les témoignages de Patrice Millet, fondateur de la Fondation, Josué faisait partie de ces enfants que le football éloignait des ténèbres de la rue et rapprochait d’un avenir meilleur. Un enfant respectueux, souriant, passionné. Un enfant qui croyait encore qu’on pouvait grandir en Haïti sans mourir avant d’avoir vécu. Mais une balle est venue interrompre cette croyance.
Alors qu’il essayait de quitter la zone avec les siens pour échapper aux affrontements qui ravagent Sarthe et ses environs, Josué a été atteint par un projectile. Un enfant de 11 ans. Un gardien de but. Un rêveur. Une victime de plus dans une guerre qui ne dit jamais le nom des innocents qu’elle emporte.
Il était issu d’une famille de quatre enfants. Peut-être le plus silencieux. Peut-être le plus drôle. Peut-être celui qui disait à sa mère : « M pa bezwen pè, mwen pral yon gran jwè pou m ede nou tout. » Peut-être celui qui imaginait déjà porter un jour le maillot national comme ses modèles.
L’OEF n’est pas seulement une école de football. C’est une fabrique d’espérance. Une terre où des enfants apprennent à transformer leur colère en discipline, leur pauvreté en détermination. Cette organisation a contribué à former plusieurs talents haïtiens, notamment Leverton Pierre et Don Deedson Louicius, deux joueurs de la sélection nationale qui participeront à la Coupe du Monde 2026. Elle a aussi accompagné Borgella Roselord, internationale haïtienne.
Aujourd’hui, au milieu de ces réussites, il y a le corps sans vie de Josué. Comme une question laissée au pays tout entier. Combien d’enfants faudra-t-il encore perdre avant que nos consciences ne se réveillent ? Combien de cercueils d’écoliers faudra-t-il fermer avant que la violence cesse d’être banalisée ? À quoi sert une nation si elle ne peut même plus protéger ses enfants lorsqu’ils fuient pour survivre ?
Josué ne demandait pourtant presque rien. Un ballon. Un terrain. Quelques applaudissements après un bel arrêt. Le droit de rêver. Peut-être que dans ses derniers instants, entre la peur et la douleur, il regardait encore vers un but imaginaire. Peut-être croyait-il encore qu’il allait s’en sortir. Peut-être voulait-il simplement rentrer chez lui. Mais c’est tout un pays qui devrait aujourd’hui baisser les yeux devant sa dépouille. Parce qu’un enfant est mort en courant pour vivre. Il y a des morts qui ne devraient jamais exister.
Le football haïtien perd un jeune gardien. Une famille perd un fils. Des frères et sœurs perdent un morceau de leur enfance. Et Haïti perd encore une étoile avant même qu’elle n’ait appris à briller. Rappelons que Josué n’avait que 11 ans. Onze ans seulement. L’âge où l’on devrait apprendre à arrêter des ballons, pas à éviter des balles.
A jamais le Quotidien 509 de dressera contre l’inhumanité et cette réalité qui n’épargne ni l’innocence ni le rêve, ni la vie. Repose en paix champion, tu laisses un cimetière de rêve pour un paradis éternel.
Marc Arthur Paul
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