Le succès de Ariana Milagro Lafond à la 8ème édition du concours HOC (House Of Challenge) a déclenché une alarme de « fierté nationale » en Haïti, dans la diaspora haïtienne mais aussi dans le cœur de toutes les personnes qui portent Haïti partout à travers le monde. Cette ferveur s’est manifestée par des scènes de liesse dans les rues, portée par une jeunesse enthousiaste, dès le soir de la proclamation des résultats dans la zone métropolitaine. À travers tout le pays, elle a été accueillie par des foules immenses acclamant son engagement. Sur les plateformes numériques, son nom tournait en boucle et les réseaux sociaux s’enflammaient.
Cet engouement lui a valu de nombreuses rencontres officielles avec des cadres du gouvernement et de l’administration publique du pays. Ce qui déplaisait à un groupe de personnes. Cependant, la plus controversée des distinctions dont elle en fait l’objet demeure sa nomination par le ministre de la culture, Emmanuel Ménard, en tant qu’ambassadrice du livre en Haïti pour la période de 2026-2027.
Avant de plonger dans le vif de cette controverse, il s’agit de répertorier les différentes attitudes manifestées par les internautes lors de l’annonce de cette nomination.
– Dans un premier temps, il y a ceux qui, disons que c’est une grande partie de la population haïtienne dans la diaspora ou dans le pays, considèrent cette nomination comme la relève d’une génération qui veut faire d’Haïti ce qu’elle a été jadis, la perle des Antilles. Comme un éveil national, ou encore une lueur d’espoir pour l’intégration des jeunes dans le système et dans l’administration publique, les internautes s’en raffolaient de cet exploit : une première pour une jeune fille de dix-neuf ans.
– Dans un deuxième temps, il y a ceux qui présentent toute cette admiration comme la projection de la manifestation névrotique d’une nation décontenancée, en quête d’une satisfaction pour masquer son mal-être.
– Plus radicaux, certains affirment qu’il n’y a plus grand affront que de nommer Ariana Milagro Lafond comme ambassadrice du livre en Haïti par la MCC (Ministère de la Culture et de la Communication). C’est comme si tous les malheurs du monde étaient comparables aux efforts consentis par ceux qui se sont battus pour redorer le blason par la mise en place d’activités artistiques, littéraires et intellectuelles.
– Dans la dernière catégorie vient centrer une analyse qui pose l’opportunisme en face de l’éveil national dû à ce sentiment patriotique qu’avait soulevé le moment euphorique des internautes haïtiens lors de la participation de Ariana au concours jusqu’à ce qu’elle soit devenue championne. Ce n’est pas le fait de faire de Ariana une égérie nationale qui pose problème, mais l’accaparement du phénomène par des cadres de l’administration publique en jouant sur les émotions du moment afin d’attiser de l’empathie et obtenir une certaine légitimité aux yeux de la population haïtienne.
De là ressortent un ensemble de questions : En quoi le phénomène de Ariana M. Lafond représente une fierté nationale ? Comment analyser l’opportunisme aux grilles de celui-ci ? Ariana ne représente-t-elle pas l’éclatement d’un problème structurel profond et silencieux dans la société haïtienne : l’homme qu’il ne faut pas à la place qu’il ne doit pas ? Finalement, doit-on s’en plaindre ?
AUX ÂMES BIEN NÉES…
Originaire de Jacmel, Ariana M. Lafond est une jeune haïtienne de dix-neuf ans nationalement et internationalement reconnue avec une audience dépassant les 15 millions d’abonnés sur TikTok. Devenue l’icône du moment, elle fait l’objet d’une attention médiatique particulière. Reposant en partie sur des interactions numériques -mentions j’aime, visionnage, cadeaux virtues – , elle relevait des défis sur place face à d’autres participants. Faisant un front solidaire, les haïtiens, toujours prêts à supporter les concitoyens.nes à l’échelle planétaire, l’ont soutenu massivement, à l’instar de cheffe Leen au concours Guiness World Record.
Faire ce grand déplacement en emportant ce drapeau légué par les ancêtres représentait le symbole d’une Haïti qui retourne à son alma matter pour une grande partie des internautes qui suivaient de près le déroulement de la compétition, quoique ce n’était pas son objectif. Elle répétait dans ses dires qu’elle est venue en Afrique pour faire un pont entre l’Afrique et Haïti.
Outre cet aspect, elle entendait envoyer un message clair au monde entier signifiant que Haïti est toujours vivante, non disparue. Flottant le drapeau, elle pleurait de fortes émotions en criant : « Un jour, il y aura la paix en Haïti ». Le peuple Haïtien s’en réjouissait. Le sentiment d’appartenance des sympathisants grandissait virtuellement à l’exponentiel, déjà que plusieurs autres jeunes haïtiennes faisaient flotter le drapeau haïtien à l’échelle planétaire. C’est le cas de Abigaïl ALEXANDRE, championne de la finale de Eloquentia à Paris pour l’année 2026.
L’HOMME QU’IL NE FAUT PAS À LA PLACE QU’IL NE DOIT PAS ÊTRE
Haïti à cette fâcheuse tendance à vouloir placer des personnes à des postes dont elles n’ont aucune compétence spécifique relative. C’est comme si occuper une fonction publique dans le pays fonctionne comme le transfert, d’un téléphone à un ordinateur, une photo. Ce qui s’est produite avec Ariana Milagro Lafond placée ambassadrice du livre pour l’année 2026-2027 n’est pas un cas isolé. Ces genres de situations, aussi délicates qu’elles soient, exhibent au vu et su de tout le monde une anomalie systémique où l’administration publique produit des fonctions déconnectées des profils de ceux qui les occupent.
Un État qui veut se faire aimer par une population euphorique
Au terme de ce texte, Ariana Milagro Lafond ne représente pas l’ennemi à abattre pour avoir été nommée à la tête d’une fonction littéraire par le MCC. Elle représente l’une des jeunes de plus que le système tente de récupérer afin de pérenniser le cycle de l’incompétence, du népotisme et de l’opportunisme d’un État incapable de se faire choyer par son peuple, mais qui profite de la lumière des autres qui brillent pour se faire acclamer sous le feu des projecteurs d’autrui. Un État qui veut se faire aimer par une population euphorique qui ne tient compte que des émotions du moment.

Toujours est-il qu’il existe une cinquième catégorie, celle qui regroupe des personnes qui cherchent encore à comprendre l’équilibre de ce phénomène entre populisme d’État et la portée substantielle de celui-ci pour la nation haïtienne.
Yvelie Jemima SANON
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