Il n’est pas très intéressant de danser constamment sur la même musique. Partant de cette idée évocatrice, force est de constater qu’en Haïti, le climat sécuritaire est terriblement bouleversé depuis fort longtemps. Il se dégrade jour après jour dans cette crise multidimensionnelle qui, avant tout, est une crise sociale sur laquelle la politique est greffée.
Pourtant, les acteurs politiques qui s’agitent sur la scène ne visent pas vraiment à résoudre cette crise. Ils préfèrent installer des mécanismes pour l’entretenir, évitant ainsi un dénouement véritable. Ils s’évertuent à organiser le chaos, bien qu’ils sachent pertinemment qu’ils ne peuvent accéder au pouvoir. Ils font naître des contradictions, clamant souvent un refus d’ingérence de la communauté internationale tout en adoptant des comportements anti-haïtiens et anti-nationaux qui disent exactement le contraire. Leur capacité de nuisance est telle qu’elle risque de plonger le pays dans la déstabilisation totale, puis dans le chaos absolu.
À ce stade, aucun gouvernement légitime issu d’élections ne peut émerger. Nous sommes tombés dans une phase transitoire où tout est hors de contrôle, libérant les manifestations de tous les problèmes sociaux ancrés dans une perception de mauvaise gouvernance. Ces politiciens improductifs ont conduit le pays, au cours des sept dernières années, à l’effondrement total ; montée des gangs et de tous les maux qu’ils charrient : l’insécurité grandissante ayant provoqué 1,5 million de déplacés internes selon les Nations unies, infrastructures scolaires et sanitaires vandalisées, un nombre incalculable de morts et de disparus, territoires contrôlés par les gangs armés qui se financent via des postes de péage illégaux.
Aujourd’hui, l’institution policière semble changer de comportement. Les gangs terroristes commencent à réaliser qu’ils ne sont pas aussi puissants qu’ils le pensaient, la peur change de camp ; cependant, les bilans officiels tardent à être communiqués, et le doute persiste tant que les tribunaux ne fonctionnent pas. Du côté du gouvernement, on ne parle toujours pas de programmes sociaux concrets. Les observateurs et les victimes restent dans l’expectative. Penserait-on seulement à détruire les gangs ? Et là, encore combien de chefs de gangs et bandits ont été comptabilisés comme neutralisés, tués ou emprisonnés.
La Police accomplit un travail, certes, mais ce n’est pas suffisant ; il faut sortir définitivement de la spirale de la violence. Haïti mérite mieux qu’une danse macabre sur des airs usés. Il est urgent de composer une nouvelle partition : restaurer la justice, relancer l’économie sociale et imposer une gouvernance transparente. Sinon, le chaos risque de devenir notre refrain perpétuel.
Claude Aubry,
Professeur, Ethnologue.
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