Les fonds sont arrivés en 2016, loin de Port-au-Prince, à la Caisse Desjardins du Bassin-de-Chambly, sur la Rive-Sud de Montréal. Selon une enquête de l’émission Enquête de Radio-Canada, l’avocat Claude Leblanc y a déposé 808 409 dollars dans son compte en fidéicommis. L’argent appartenait à Muriel Beauchamp Merceron, veuve de Frantz Merceron, ministre des Finances sous Jean-Claude Duvalier.
Une fortune née sous la dictature
Après la chute du régime en 1986, Haïti a demandé le gel des avoirs de Duvalier et de ses proches, dont Frantz Merceron, notamment en Suisse. À la mort soudaine de l’ancien ministre en 2005, sa veuve a hérité de cette fortune opaque.
Le nom de Claude Leblanc n’est pas nouveau. Dès 2021, les Pandora Papers, analysés par Radio-Canada, révélaient qu’il était le « protecteur » d’une fiducie familiale des Merceron dans un paradis fiscal. Il touchait une partie de ses honoraires par l’entremise de sociétés enregistrées à Anguilla. Il préside aussi Opaline SA, une société panaméenne qui détient le compte gelé des Merceron au Crédit Suisse.
Interrogé à l’époque, l’avocat affirmait que ces fonds ne venaient pas d’Haïti. Selon lui, Merceron n’avait pas profité de la corruption : il se contentait d’exécuter les ordres de Duvalier.
« Indéniablement litigieuses »
Après la mort de la veuve, ses héritières ont poursuivi Claude Leblanc pour 14 millions de dollars. En 2022, il a rejeté toutes leurs allégations dans une déclaration sous serment. Il y affirmait que Muriel Merceron l’avait autorisé, par entente, à se payer à même ses avoirs bancaires.
Mais dans le même document, l’avocat reconnaît lui-même la fragilité de ces fonds : selon Radio-Canada, il écrit qu’« il est indéniable que les sommes sont litigieuses ».
Le fils candidat dans la tourmente
C’est là que l’affaire devient politique. Michel Leblanc et son frère Christian sont devenus bénéficiaires d’une fiducie liée au dossier. Ils ont lancé une contre-poursuite contre les héritières Merceron. Pour la fonder, ils se sont appuyés sur la déclaration sous serment où leur père qualifiait lui-même les fonds de litigieux.
Michel Leblanc, 63 ans, a dirigé la Chambre de commerce du Montréal métropolitain pendant 16 ans. Il est aujourd’hui le candidat libéral de Marguerite-Bourgeoys, un château fort du parti à Montréal. Abordé par Enquête le 11 septembre, à la sortie d’un débat, il a d’abord dit ignorer totalement de quoi on lui parlait. Informé qu’il s’agissait du litige de son père, il a refusé de commenter.
L’argent de Duvalier, une dette envers Haïti
Pour Haïti, l’affaire réveille une question jamais réglée. Quarante ans après la fuite de « Baby Doc », une partie des fortunes bâties sous son régime dort encore dans des comptes gelés, des fiducies offshore et des successions disputées. Les héritiers et les intermédiaires se déchirent devant les tribunaux étrangers, tandis que le peuple haïtien, au nom duquel ces avoirs avaient été gelés, n’en voit pas la couleur.
La justice québécoise n’a rendu aucune décision établissant une faute de Claude Leblanc ou de ses fils. Une question demeure pourtant : à qui appartient vraiment l’argent du ministre des Finances de Duvalier ?
La rédaction
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