Le 14 février à cette manie de simplifier l’amour, de le peindre en rose, de le réduire à des promesses sucrées. Mais il y a des chansons qui viennent briser cette mise en scène. Des chansons qui osent dire que l’amour est fait de haut et de bas. Pour cette sortie de votre rubrique de cœur spéciale St-Valentin, a “Le Quotidien 509”, notre plume tient à vous rappeler que l’amour n’a pas à être parfait, il doit juste être vrai à travers « lanmou fasil » de VAYB sortie le 2 juin 2017.
Le single “Lanmou Fasil” du groupe VAYB, portée par la plume sensible de Mickael Guirand, s’impose comme l’un des textes les plus vulnérables du répertoire récent du Compas moderne, il peint l’amour sur son vrai jour. Sous ses sonorités dansantes, la chanson cache une confession presque douloureuse, que nous connaissons tous au moins une fois dans nos vies. Dès l’ouverture, le ton est donné : Mwen pèdi sans mwen. Mwen debousole.
Ce n’est pas une déclaration triomphale. C’est un aveu de désorientation. L’amour ici n’élève pas immédiatement ; il désarme. Il fait perdre le souffle, la direction, parfois même la dignité. Le narrateur ne parle pas d’extase. Il parle d’épuisement à la recherche de solution : “Mwen bouke sipliye.” L’image est forte. Aimer, c’est parfois supplier pour être entendu, supplier pour être compris, supplier pour que l’autre reste.
Et puis surgit cette question, presque philosophique : Eske se nou ki twò konplike ? Et si le problème n’était pas l’amour, mais nous ? Nos caractères. Nos égos. Nos blessures anciennes qui contaminent les promesses nouvelles. Le génie de “Lanmou Fasil” réside dans son refrain, construit comme une comptine :
Lanmou fasil tankou 1,2,3…
Yon ti fache 4,5,6…
Nou rekonsilye 7,8,9…
Tout bagay ok.
La structure semble enfantine, presque légère. On compte comme on apprend à vivre. Comme si l’amour obéissait à une logique mathématique. Une petite dispute, une réconciliation, et tout rentrerait dans l’ordre. Mais derrière cette apparente simplicité, le texte révèle une réalité plus exigeante :
Fò n tolere…
Fò n sakrifye…
Tolérance. Sacrifice.
Deux piliers que l’on évoque rarement dans les discours romantiques, mais qui fondent la longévité d’un couple. L’amour n’est pas seulement une émotion ; il est un travail silencieux. Il est un effort répété, un renoncement parfois, un ajustement constant. Lorsque la chanson glisse vers :
Mwen pèdi tèt mwen.
Mwen dekouraje.
Elle franchit une autre étape : celle de la perte de soi. L’amour devient vertige identitaire. On se cherche dans l’autre. On se réveille en espérant une vérité plus douce que la veille. L’image la plus saisissante demeure : Ou se yon lago kache ki mete tout vi mwen tèt anba.
Un lac caché, paisible en surface, profond en mystère. Une beauté tranquille capable de bouleverser toute une existence. L’amour peut être cela : un calme trompeur qui dissimule des profondeurs insondables.
“Lanmou Fasil” ne vend pas un amour naïf. Elle propose une vérité haïtienne, profondément humaine. Dans un pays où les fragilités sociales et émotionnelles se croisent, aimer n’est jamais un acte léger. C’est une décision quotidienne. Une résistance intime… Et peut-être que le message le plus puissant de cette chanson tient dans cette promesse « Tout bagay vin nèf ». Tout peut redevenir neuf, non parce que l’amour est facile. Mais parce que deux êtres choisissent, malgré la fatigue et la confusion, de recommencer à compter ensemble.
En ce 14 février, alors que les vitrines célèbrent la facilité des sentiments, “Lanmou Fasil” rappelle une évidence plus mature : L’amour c’est 1,2,3. Il est patience. Il est une chute puis, une rédemption. Et parfois, il suffit d’accepter de ne pas être parfait… pour que tout redevienne neuf.
Joyeux Saint Valentin à vous chers lecteurs et chères lectrices …
Marc Arthur PAUL,
Chroniqueur socioculturel
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