Le 27 avril 2026, les derniers policiers kényans ont quitté Haïti, marquant la fin officielle de la Mission multinationale d’appui à la sécurité en Haïti (MSS), après près de 22 mois d’intervention.
À Nairobi, le message est clair : succès.
Sur le terrain, le constat est plus nuancé.
Parfois même, franchement dérangeant.
Du tapis rouge à l’arrivée… à la sobriété du départ
À leur arrivée en 2024, les troupes kényanes avaient été accueillies avec faste : cérémonies officielles, forte mobilisation diplomatique, espoir affiché d’un tournant sécuritaire.
À leur départ ? Une cérémonie plus sobre, organisée le 25 avril 2026 à la Direction générale de la Police nationale d’Haïti, en présence notamment du ministre de la Justice Me Patrick Pélissier, du ministre de la Défense Mario Andrésol, du commandement de la PNH et des FAd’H dirigées par le lieutenant-général Derby Guerrier.
L’Objectif était de remercier la mission et son commandant, le général Godfrey Otunge.
Un détail interpelle toutefois : au Kenya même, ni le président William Ruto, ni la première dame Rachel Ruto n’étaient présents pour accueillir les troupes.
Simple protocole… ou enthousiasme mesuré ?
Le récit officiel : une “mission accomplie”
La diplomate Monica Juma ne laisse place à aucun doute sur son compte X :
« Les officiers ont servi avec diligence, bravoure et fidélité… Ils ont allumé une lueur d’espoir pour Haïti et posé les bases de sa stabilisation. »
Et de conclure, sans ambiguïté :
« Mission accomplie. »
Dans la même veine, Kipchumba Murkomen évoque des infrastructures « sécurisées » et une « présence de l’État restaurée ».
Le soutien international suit.
La diplomate américaine Susan M. Burns salue des hommes ayant « servi dans des conditions difficiles » et « répondu à l’appel du peuple haïtien ».
Les faits : une mission sous-dimensionnée
Les chiffres racontent une autre histoire :
- 2 500 hommes annoncés
- environs de 1 000 réellement déployés, toutes nationalités confondues
- Environ 730 policiers kényans engagés
- 600 millions $/an nécessaires… à peine 100 à 110 millions mobilisés
Dès le départ, la mission était en déficit de moyens.
Sécurité : une amélioration… introuvable
Sur le terrain, les résultats restent limités :
- plus de 5 600 morts en 2024
- gangs toujours dominants
- territoires stratégiques toujours contestés
La mission n’a pas inversé la dynamique. Elle l’a, au mieux, ralentie. et là encore !
Aéroport et port : des points stratégiques toujours sous tension
Les autorités kényanes ont mis en avant la sécurisation d’infrastructures clés, notamment l’aéroport international et le port.
Cependant, plusieurs incidents viennent nuancer cette affirmation.
Malgré l’installation de la base principale des forces kényanes à proximité de l’aéroport, la reprise des vols commerciaux n’a pas été durablement assurée. Des appareils ont été touchés par balles au cours de la mission, illustrant la persistance des menaces.
Au niveau portuaire, la situation demeure tout aussi fragile. Les activités économiques restent fortement dépendantes d’arrangements informels avec des groupes armés. De nombreuses entreprises continuent de négocier leur accès et la circulation des marchandises.
Le prix humain
Trois policiers kényans ont perdu la vie :
- Samuel Tomoi Kaetuai
- Benedict Kabiru
- Kennedy Nzuve
Leur sacrifice est réel. Mais leur mission, elle, reste débattue.
Les zones d’ombre
La mission a aussi été marquée par des accusations graves documentées par l’ONU et Human Rights Watch :
- 4 cas d’abus sexuels
- dont plusieurs impliquant des mineures
Réponse officielle kényane :
« Les allégations ont été jugées non fondées. »
Une réponse qui ne met pas fin aux interrogations.
Une mission aussi politique
Pour William Ruto, l’opération a renforcé l’image du Kenya sur la scène internationale. Mais les promesses de financement n’ont pas suivi.
Transition ou abandon ?
Au moment du départ, une nouvelle Force de Répression des Gangs (FRG) est lancée en Haïti afin de pouvoir consolider les zones reprises et activer les élections. Mais une question persiste : quelles zones, exactement ?
Succès narratif, réalité incertaine
Au terme de 22 mois, deux lectures s’opposent.
D’un côté, celle des autorités kényanes et de leurs partenaires, qui mettent en avant une mission accomplie dans un contexte difficile.
De l’autre, celle d’une partie des observateurs et de la population haïtienne, pour qui les résultats restent non visible face à l’ampleur de la crise.
La fin de la mission kényane ne clôt pas le débat. Elle le relance.
En Haïti, l’État demeure fragile, et la sécurité précaire.
La rédaction
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