Santo Domingo, République dominicaine — L’arrivée de Víctor « Ito » Bisonó à la tête de la diplomatie dominicaine ouvre une nouvelle séquence pour Saint-Domingue — et mérite une attention particulière côté haïtien. Le nouveau chancelier arrive avec un discours déjà rodé sur la crise haïtienne, la frontière, la migration et la responsabilité de la communauté internationale.
À peine installé, Bisonó a promis une Chancellerie « moderne, professionnelle et ouverte au monde », centrée sur la défense des intérêts nationaux, la protection des Dominicains à l’étranger et les investissements — mais aussi la démocratie, les droits humains et le droit international.
Le signal le plus net est venu de Washington. Le 22 août, le secrétaire d’État Marco Rubio a appelé Bisonó pour le féliciter ; les deux hommes ont évoqué commerce, sécurité et initiatives conjointes — la présidence dominicaine y voit la consolidation d’un agenda commun. Pour Haïti, ce rapprochement n’est pas anodin : Washington et Saint-Domingue partagent une préoccupation croissante pour la sécurité régionale et les flux migratoires, et plusieurs analyses appellent déjà à renforcer la coopération frontalière avec Haïti.
Une ligne ancienne : pas de « solution dominicaine » à la crise haïtienne
Bisonó n’arrive pas sans historique. Sa position, constante depuis des années : la République dominicaine défend ses intérêts, mais ne peut être tenue responsable de résoudre seule la crise haïtienne. Il l’a répété à plusieurs reprises — il ne peut y avoir de « solution dominicaine » aux problèmes d’Haïti ; c’est à la communauté internationale d’assumer sa part face à l’effondrement sécuritaire du pays.
Pour lui, la crise haïtienne n’est pas d’abord une question de solidarité insulaire : c’est un enjeu de sécurité nationale dominicaine.
La frontière, dossier prioritaire
Santo Domingo considère depuis des années l’instabilité haïtienne comme une menace directe — migrations irrégulières, trafic d’armes, criminalité transfrontalière. Cette approche sécuritaire devrait se durcir avec Bisonó, dans un contexte où le Conseil de sécurité de l’ONU décrivait encore en juillet 2026 un pays paralysé par la violence des gangs. Le message pour Port-au-Prince est sans ambiguïté : la stabilité d’Haïti restera traitée comme une question de sécurité dominicaine — sans que Saint-Domingue n’en assume seul le coût.
Washington en embuscade
Le rapprochement Bisonó-Rubio, survenu dès les premiers jours du mandat, pourrait peser directement sur le dossier haïtien : une coordination accrue entre Washington et Saint-Domingue sur la frontière, les trafics et la migration — avec, en toile de fond, une République dominicaine qui pèsera plus lourd que jamais dans l’avenir diplomatique d’Haïti.
La rédaction
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