Le 7 février 2026 approche à grands pas, et avec lui, la fin officielle du mandat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Une date qui devrait marquer l’évaluation collective d’un dispositif transitoire déjà contesté depuis le premier jour. Mais les signaux qui montent depuis quelques jours indiquent tout autre chose : ce n’est pas le bilan du CPT qui est priorisé — c’est la tête du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé qu’il faut faire tomber, et vite.
Le PM Fils-Aimé a perdu sa majorité au sein du Conseil. Ses seuls vrais soutiens demeurent certains partenaires internationaux, eux-mêmes épuisés par l’errance de la transition et la paralysie de la gouvernance collégiale.
Une architecture “Kangourou” devenue un piège politique
Dès sa création, notre rédaction avait qualifié le CPT de structure “Kangourou” :
– hétéroclite,
– dépourvue de base juridique claire,
– minée par des alliances circonstancielles,
– incapable de définir une vision d’État.
Les fameuses “7 têtes et 9 queues” ont fonctionné comme un conglomérat d’intérêts privés cherchant à survivre plus qu’à gouverner. Mais qui étaient réellement ces 9 conseillers ? Quels étaient leurs actifs, leurs passifs, leurs loyautés — et leurs ambitions ?
Les zones d’ombre n’ont jamais été levées :
– doutes persistants sur la nationalité de Laurent Saint-Cyr, détenteur supposé d’un second passeport étranger ;
– interrogations sur celle de Régine Abraham ;
– absence de clarté sur la décharge fiscale de Fritz Jean;
– et surtout : l’affaire des 100 000 000 de gourdes de la BNC, promise à trois conseillers (Gilles, Vertilaire, Augustin) — jamais décaissée, mais politiquement dévastatrice.
Les rapports bâclés — et parfois commandités — produits par l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC) sous la direction de Hans Joseph ont soudé les trois conseillers présidentiels ciblés en un bloc indissociable. Ce trio s’est imposé comme un groupe de pression, des négociateurs incontournables et, paradoxalement, l’un des piliers de l’équilibre fragile de la transition et du fameux “quota” à préserver.
Dans ce contexte, leur renvoi aurait immédiatement déstabilisé le collège, et un départ à ce stade n’était absolument pas envisagé. Une nuance stratégique que l’ex-Premier ministre Garry Conille n’avait manifestement pas saisie lorsqu’il a tenté de renverser l’ensemble du Conseil présidentiel, en s’appuyant sur les négociations entre ces trois conseillers et l’ex-directeur de la Banque Nationale de Crédit, Raoul Pierre, pour provoquer un basculement de la transition.
Comme conséquence, la transition est devenue un théâtre permanent de coups bas, où l’urgence nationale a été sacrifiée au profit de calculs personnels.
Un peuple abandonné, un État déserté
Crises, insécurité, paralysie institutionnelle, corruption, famine, choléra… Le peuple haïtien, violé sous toutes les formes, est la victime collatérale d’une transition sans boussole. Les chiffres récents des Nations Unis nies illustrent un échec massif — partagé entre le CPT, les gouvernements successifs, et une communauté internationale financièrement généreuse, dans ses promesses, mais stratégiquement incohérente. Des centaines de millions, audibles mais non visibles, engagés “pour Haïti”. Pour quels résultats concrets ?
Insécurité renforcée, territoire fragmenté, famine, plus d’un million de déplacés internes. Et pendant ce temps, le débat politique se réduit à une seule question : faut-il couper la tête du PM Fils-Aimé ?
Un Premier ministre désormais isolé
Le nom d’Arnoux Descartes, réputé proche de Fritz Alphonse Jean et du BINUH, circule déjà comme remplaçant potentiel, celui d’un ancien président aussi… La chaise du PM vacille.
Nos sources confirment que d’intenses discussions ont eu lieu pendant toute la semaine au sein du CPT sur plusieurs points dont :
– examen du calendrier électoral transmis par le CEP ;
– pressions pour réduire la durée du processus ;
– échanges sur un remaniement gouvernemental ;
– et oui, la possibilité d’un changement de Premier ministre.
Lors de son voyage au Japon, Laurent Saint-Cyr avait déclaré sur les ondes de la radio Magic 9 que la révocation du PM Fils-Aimé n’était pas encore dans les débats”. Moins d’un mois plus tard, le Coordonnateur du Conseil, poulain d’un grand baron du secteur privé participe dans des débats pour la tête de Fils-Aimé.
Le dossier portant sur la tête du PM est ouvert. Le dossier portant sur la fin du mandat des membres de la transition le 7 février 2026 a été mis en continuation pour ne pas dire en veilleuse.
Sur un mandat de 653 jours au total (soit 1 an, 9 mois 13 jours (25 Avril 2024-7 février 2026), la transition a consommé à ce 19 novembre 573 jours. A 80 jours pour penser à coller les meilleures morceaux, les relations ont éclaté entre PM et CPT. Un membre du trio indissoluble (rempli comme le crapaud) aurait lâché le PM……
Sécurité : les vraies questions que personne ne veut affronter
Si l’on devait faire un bilan honnête, il faudrait répondre à ceci :
– Qui avait la feuille de route ?
– Qui contrôlait réellement la Police ?
– Qui contrôle aujourd’hui la chaîne de commande ?
– Qui gérait la Mission multinationale de sécurité (MMAS) — et quels résultats ?
– Où sont passés les centaines de millions décaissés par les “pays amis” ?
– Pourquoi les gangs dominent-ils plus de territoire(s) aujourd’hui qu’en 2023 ?
Ce bilan, personne ne veut le faire… car il condamnerait tout le monde.
Le 7 février 2026 : la date qui rebattrait toutes les cartes
La fin du mandat du CPT implique une chose : si les conseillers partent, le PM devient seul détenteur de l’exécutif.
Une perspective intolérable pour certains acteurs du Conseil — même si leur propre mandat s’éteint légalement. D’où la volonté de l’écarter avant la date fatidique.
Et si la communauté internationale disait : “Assez” ?
La communauté internationale — qui avait adoubé la transition le 11 mars 2024 — est désormais fracturée.
Les ambassades ne parlent plus d’une seule voix. Le “core groupe” qui décidait autrefois de la direction d’Haïti s’est évaporé.
Les États-Unis eux-mêmes, réputés leaders du processus, semblent hésiter à intervenir dans la crise interne du CPT. Y aurait-t’il t’il une pause-café américaine signée ambassadeur Wooster sur X sur l’avenir du CPT, du PM ou de la Transition. L’administration Trump hausse le ton ces derniers jours sur le dossier des élections et sur les gangs.
Une transition qui implose sous son propre poids
Laurent Saint-Cyr multiplie les voyages à l’étranger ; d’autres conseillers préparent déjà leur positionnement électoral ; le PM, multiplie les actions dans les dossiers clés de la feuille route de la transition notamment sur les élections, les partis politiques, des rencontres sur la sécurité, la crise humanitaire……
Leslie Voltaire, lâché par Fanmi Lavalas, est parallèlement devenu, une figure tampon du CPT, remplaçant les éternels conseillers en voyage. On le voit actif sur le terrain et auprès du PM, il envoie l’image d’un fin négociateur et conciliateur.
En réalité, la transition se fissure de partout.
Et faut-il vraiment ne couper qu’une seule tête ? Ou toutes ?
La question taboue est désormais sur toutes les lèvres : Faut-il se débarrasser seulement du PM, ou de l’ensemble du CPT ? Est-il encore possible d’étirer une transition usée, illégitime, qui n’a montré ni vision, ni intégrité, ni résultats ?
La vraie interrogation n’est pas : “Qui doit partir maintenant ?” Mais plutôt :
“Qui peut encore rester après tant d’échecs cumulés ?”
Au lendemain du 7 février 2026, Haïti pourrait se retrouver :
– avec un Premier ministre affaibli ;
– ou un Conseil décapité ;
– ou une vacance totale du pouvoir ;
– ou un nouvel exécutif improvisé ;
– ou pire encore : dans un vide institutionnel que les gangs rempliront en 24 heures.
La transition a échoué. Le tabularasa devient une option. Les prochains jours détermineront si Haïti bascule vers :
– un remplacement précipité du PM ;
– un effondrement du CPT ;
– ou une reconstruction totale de la gouvernance transitoire.
Mais une certitude se dégage : La classe politique ne peut plus cacher son échec derrière une seule tête. Le problème n’est ni un homme, ni un poste. Le problème est structurel, systémique, collectif.
Brigitte Benshow
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