Ce 1er octobre 2025 marque un tournant amer pour Haïti. La loi HOPE/HELP (Haitian Hemispheric Opportunity through Partnership Encouragement / Haiti Economic Lift Program), garantissant un accès préférentiel au marché américain pour les produits haïtiens, a expiré. Cette fin met en lumière une triple faillite : celle de la diplomatie haïtienne, du ministère du Commerce et du secteur privé.
Washington a laissé le dispositif s’éteindre, prouvant que les États-Unis n’étaient plus intéressés à soutenir ce mécanisme. Pendant ce temps, Port-au-Prince observait, ou plutôt, les membres de l’ADIH, au pouvoir, multipliaient un lobbying à Washington pour un combat perdu d’avance.
Le journaliste Jake Johnston résume l’ampleur du choc :
« Les États-Unis ont laissé expirer l’accès préférentiel d’Haïti au marché. (…) Avec la fin de HOPE/HELP, tout cela se transformera en éléphant blanc. »
La fin de HOPE/HELP menace directement des dizaines de milliers d’emplois dans le textile, principal moteur des exportations haïtiennes, et fragilise encore davantage une économie déjà en crise. Le parc industriel de Caracol, vitrine post-séisme de la reconstruction financée à coups de centaines de millions par les bailleurs, risque désormais de devenir un symbole d’échec : un « éléphant blanc » abandonné.
Depuis trois ans, l’ADIH a intensifié son plaidoyer auprès des autorités américaines pour obtenir un renouvellement de HOPE/HELP avait confié Monsieur Georges Sassine à notre rédaction. Plus de 450 rencontres ont été enregistrées, mobilisant relations et influence. L’État haïtien et l’État dominicain ont également tenté de peser pour soutenir la prolongation du programme. Mais rien n’y a fait.
Selon Sassine, le textile reste l’un des rares secteurs encore fonctionnels en Haïti, crucial pour la stabilité économique et sociale. Sans ce soutien américain, l’industrie risque de s’effondrer, avec des conséquences catastrophiques pour des milliers de familles. Fernando Capellán, président de la Compagnie de Développement Industriel (CODEVI), a lui aussi exprimé sa profonde inquiétude suite à l’exclusion de HOPE/HELP du projet de loi de financement américain.
Le ministre du Commerce et de l’Industrie, James Monazard, avait annoncé en janvier 2025 un ensemble de projets destinés à soutenir les jeunes entrepreneurs, promettant un renforcement de la protection des consommateurs et la défense de la loi HOPE/HELP. Mais la réalité s’avère cruelle : le non-renouvellement du programme démontre l’écart entre les communiqués officiels et l’efficacité réelle des actions. Résultat des voyages de M. Monazard aux Etats-Unis : zéro pour Haïti.
Le processus de création d’entreprises en Haïti illustre également les dysfonctionnements du Ministère du Commerce. Malgré, les initiatives du Ministère, les conférences et séminaires dans les grandes salles de conférence du pays, le processus de traitement d’une société anonyme jusqu’à sa publication dans le Moniteur peut, aujourd’hui, prendre aisément entre 6 mois à 1 an pour un citoyen ordinaire tandis que certains bénéficient d’une accélération grâce à des relations de pouvoir. Le directeur des Presses Nationales, Ronald Saint-Jean nous a confié à un que la lenteur est due au fait que les bureaux au centre ville ont incendié, même si Le Moniteur sort régulièrement pour l’Etat Haïtien. Le blocus concerne uniquement donc les sociétés.
À cela s’ajoute l’inopérance totale du Service Postal national, placé sous la tutelle du Ministère. Depuis la fermeture de l’aéroport, La Poste d’Haïti est quasiment à l’arrêt. Les courriers censés transiter par le service national sont condamnés d’avance à disparaître ou à ne jamais parvenir à destination. Or, ni le ministre ni le directeur général n’ont proposé la moindre solution pour pallier cette paralysie. Ce silence en dit long : l’État semble indifférent à cette défaillance, alors même qu’il s’agit d’un service public essentiel. Alors que penser du renouvellement de la Loi Hope.
Cette expiration de HOPE/HELP révèle une vérité dérangeante : les États-Unis ne considèrent plus la coopération économique avec Haïti comme une priorité. Elle souligne surtout l’incapacité des élites haïtiennes à anticiper les crises, défendre les intérêts nationaux et diversifier l’économie. Entre communications officielles, apparitions publiques et efforts diplomatiques dispersés, le constat reste le même : Haïti paie le prix d’un leadership faible, d’une vision fragmentée et d’une dépendance économique risquée.
La rédaction
📲 Rejoignez Le Quotidien 509
Recevez nos dernières nouvelles directement sur votre téléphone via notre chaîne WhatsApp officielle.
🚀 Rejoindre la chaîne WhatsApp


