Traits pour traits, osons dire haut et fort ce qui nous cause des torts au quotidien : les choses vues et/ou entendues que personne n’ose questionner dans les débats publics, les sujets tabous.
Dressons le portrait de ceux qui, par leurs faits et gestes, influencent le cours de nos jours… parlons d’irresponsabilités institutionnelles au sommet de la PNH, créant des conditions de précarité pour les policiers et des pratiques nuisibles à la population : un véritable combo qui choque lorsque l’autorité publique devient, à chaque carrefour, un prochain à soutenir.
Ils portent l’uniforme de la République, mais mendient parfois leur survie. Dans les rues poussiéreuses de Port-au-Prince, aux carrefours saturés de klaxons et d’angoisse, une scène devenue banale choque sans plus surprendre : des agents de la Police nationale d’Haïti tendent la main, insistent, négocient une « courtoisie » imposée auprès des chauffeurs, par vice moral ou par nécessité crue. Les contraventions sont dès lors évitables, tout comme le respect du code de la route devient une chimère. Des faits douloureux qu’il faut condamner, s’il faut penser le policier de demain, à l’abri des besoins primaires.
Un salaire qui affame la dignité
Ce geste, demander quelques gourdes à l’automobiliste, est une humiliation publique. Il déshabille l’État de son autorité et réduit le policier à une caricature. Le héros censé protéger devient un mendiant toléré. La loi, au lieu d’être incarnée, se négocie. Et chaque billet glissé en douce entache un peu plus la crédibilité de l’institution.
Le nerf du scandale est connu : un salaire insuffisant, souvent retardé, incapable de couvrir logement, transport, nourriture, scolarité, soins. Avec des conditions de travail dégradantes — équipements vétustes, munitions comptées, gilets pare-balles absents, heures interminables, stress permanent — le policier est exposé au danger sans le minimum vital. On lui demande d’être incorruptible quand on le condamne à l’insécurité économique.
Travailler sans protection, vivre sans avenir
Avec un salaire de base d’environ vingt-neuf mille (29 000) gourdes (pour un agent 1), avec un véritable casse-tête en guise d’assurance santé soi-disant octroyée à leur famille, des per diem qui tardent à être décaissés, sans services sociaux répondant aux efforts et sacrifices fournis, cela explique-t-il que « protéger et servir » devienne « pwoteje sila ki sevi » ? Sur les lignes de front contre les gangs, l’agent avance parfois sans sûreté, sans soutien psychologique, sans reconnaissance. Il rentre chez lui avec la peur au ventre, s’il rentre. L’État exige le sacrifice, mais rechigne à garantir la survie.
Alors la rue devient une caisse de secours improvisée. Ce n’est pas un choix : c’est une conséquence de notre inconséquence. Pourtant, la dignité ne devrait pas être négociable. Exiger la dignité des agents n’est pas une faveur, c’est une obligation républicaine. Un policier digne est un policier payé décemment, équipé correctement, formé continuellement, protégé juridiquement et humainement. La dignité ne se mendie pas aux carrefours ; elle se construit par des politiques salariales sérieuses, des conditions de travail humaines et une chaîne de commandement responsable.
Un État face à son miroir
Tolérer la mendicité en uniforme, c’est accepter la défaite morale de l’État. Ne pas sanctionner nos écarts de conduite, c’est fabriquer, jour après jour, les conditions de la corruption et de la violence. Redonner aux agents de la PNH leur dignité, c’est restaurer l’autorité de la loi. Tant que le policier sera affamé, la République restera fragile.
On ne peut pas demander l’honneur à ceux à qui l’on refuse un gain équitable. Tout travail mérite un bon salaire, tout comme tout salaire mérite un travail. De ce fait, soyons le changement que nous voulons voir, ajustons dignement le salaire des policiers, nos héros du quotidien.
Marc Arthur Paul
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