République Dominicaine – Le président dominicain Luis Abinader a demandé, mercredi, devant l’Assemblée générale des Nations unies, d’achever le déploiement de la Force en Haïti, de fournir les troupes et les ressources manquantes, de faire respecter l’embargo sur les armes et de renforcer les institutions haïtiennes. Il a affirmé que ce que le Conseil de sécurité a approuvé nécessite désormais les moyens de son application. S’exprimant lors du débat général de la 81e session de l’Assemblée générale, il a réaffirmé que la République dominicaine a fait sa part et souligné qu’il n’existe pas de solution dominicaine à la crise haïtienne.
Il a rappelé que depuis 2021, son pays alerte dans chaque forum sur le fait que cette crise constitue une menace pour la paix et la sécurité de la région. Il a également rappelé qu’il y a un an, depuis la même tribune, il avait demandé au Conseil de sécurité d’agir sans délai, ce qui avait conduit six jours plus tard à l’adoption de la résolution 2793, autorisant une Force de suppression des bandes ainsi qu’un bureau d’appui des Nations unies. Il a remercié à ce titre le leadership des États-Unis et du Panama, le soutien du Canada et d’autres donateurs, l’engagement du Kenya et celui des pays ayant des effectifs déployés en Haïti.
Le président dominicain a évoqué un massacre survenu il y a un mois dans la communauté haïtienne de Kenscoff, où des bandes ont tué au moins 47 personnes en une nuit, dont cinq enfants, et a rappelé qu’environ un million et demi d’Haïtiens ont été déplacés de leur domicile, dont la moitié sont des enfants. Il a indiqué que le mandat de la Force expire le 30 septembre et qu’il revient au Conseil de le renouveler et à la communauté internationale de fournir les troupes et ressources manquantes. Il a détaillé les actions entreprises par son pays : contribution à l’élaboration du consensus ayant permis la résolution, engagement financier proportionnel au fonds fiduciaire de la Force, facilitation du transit et de la logistique depuis le territoire dominicain, mise à disposition d’un bureau d’appui des Nations unies, coopération avec le régime de sanctions et prise en charge, dans ses hôpitaux, du personnel de la mission.
Il a précisé que la République dominicaine continuera de protéger ses frontières, d’appliquer ses lois migratoires et de renforcer ses forces armées, dans l’exercice de la souveraineté que reconnaît la Charte des Nations unies à chaque État. Il a affirmé que la solution à la crise haïtienne se trouve en Haïti et que l’obligation de la communauté internationale est de la rendre possible sur ce territoire.
Sur le volet économique, des experts dominicains plaident pour une concentration des activités logistiques dans les ports secs prévus le long de la frontière haïtiano-dominicaine. Selon le Centre d’études sociales et économiques de la frontière (Cesfredo), cette approche permettrait de centraliser le transport, l’entreposage, les inspections et les formalités douanières. Les spécialistes estiment que cette organisation pourrait réduire les coûts logistiques et les délais de traitement des marchandises.
Le projet vise également à renforcer le commerce formel entre Haïti et la République dominicaine. Les ports secs sont prévus dans les provinces de Dajabón, Elías Piña, Independencia et Pedernales. Les autorités dominicaines considèrent cette infrastructure comme un outil de modernisation du commerce frontalier. Dajabón est présentée comme un futur pôle logistique majeur en raison de l’importance de ses échanges commerciaux. Des préoccupations demeurent concernant l’impact du projet sur les petits commerçants de la frontière.
Sur le terrain migratoire, la Marine de la République dominicaine a intercepté une embarcation transportant 38 ressortissants haïtiens dans les eaux territoriales dominicaines, près de la frontière maritime avec Haïti. L’opération a été lancée après une alerte de l’Institut dominicain de l’aviation civile (IDAC). Selon les autorités, l’embarcation présentait des problèmes de propulsion. À bord se trouvaient 31 hommes, 7 femmes et une fillette d’environ sept ans. Les premiers éléments indiquent qu’il pourrait s’agir d’un voyage maritime irrégulier ; la destination prévue de l’embarcation n’a pas été précisée. Les passagers et le bateau ont été conduits à la capitainerie du port de Manzanillo pour les vérifications d’usage. Les autorités dominicaines poursuivent leur enquête conformément aux procédures légales en vigueur.
Soraya Ades
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