Quand Haïti a perdu le sens du niveau, du beau et de la grandeur, l’expression « Pito nou lèd nou la » s’est installée partout : dans nos comportements, nos discours, nos visions. L’État est devenu en panne d’hommes et de femmes de grandeur, animés d’une réelle volonté de faire l’histoire.
Moun serye pa fè politik. Pourtant, il n’y a rien de plus noble que servir son pays, faire l’histoire, ressentir la fierté et le respect, et exercer un leadership positif pour les générations futures. La grandeur ne se mesure pas en paroles, mais en actes qui construisent et inspirent.
La culture de la haine, de la paresse et de l’aigreur a été cultivée par des discours politiques et religieux.
Qui peut ignorer l’Eglise qui estime que seul Dieu “Délivrera le peuple” qui lui doit “rester en prière et sur ces genoux”.
Qui peut oublier les paroles de l’ancien prêtre de Saint Jean Bosco :
« Woch nan dlo prak konnen doulè woch nan solèy….. nèg anwo ak nèg anba »
Le fameux tim tim bwa chèch a certes décolonisé certains esprits, mais il les a aussi entraînés dans la bassesse, la haine et la violence. Le chantier « Pays » a été laissé aux opportunistes, aux dérangés et aux malhonnêtes. Les gens de bien qui osaient entrer dans ce chaos se brûlaient, souvent sans comprendre ce qui se passait. La manipulation a été faite de manière si calculée que les manipulés s’érigent aujourd’hui en directeurs de conscience, conduisant une voiture dont ils n’ont ni le contrôle du volant, ni celui des freins.
L’insécurité que nous vivons aujourd’hui a un prix, et la fracture sociale est le certificat du travail accompli pour des maîtres invisibles et des élèves intrépides qui n’ont rien compris aux grandes lignes de ce cursus.
Pendant que les politiques et les présidents en fonction favorisaient une haine virulente contre les gens de couleur ou ceux issus de l’élite économique, ces mêmes présidents en faisaient leurs amis et partenaires économiques, laissant le peuple dans une ignorance et une haine stérile.
Aujourd’hui, « Pito nou lèd nou la » est partout. Il est présent dans nos initiatives locales et internationales, dans nos comportements et nos visions, mais souvent uniquement pour la consommation d’un peuple appauvri, tant dans la tête que dans le ventre. Il est profondément ancré dans les élites économiques, politiques et intellectuelles, dans la présentation de notre diplomatie et l’image que nous vendons du pays à l’extérieur. “Nou pèdi frèchè nou” – tant dans l’apparence physique que dans notre vision des choses.
De petits programmes de clans et de groupes d’amis permettent à certains de se donner un satisfecit d’avoir « fait quelque chose », tandis que des initiatives populaires servent à décaisser au nom du peuple et des militants. Le peuple et les militants restent exploités, sous-utilisés, intolérants et affamés de tout : de l’éducation, du Beau, de la Grandeur et de services de qualité. Même une compagnie de télécommunication, qui avait pour slogan « Exigez plus, obtenez plus », semble s’être conformée à la médiocrité, incapable de donner un service adéquat.
La pensée a été réduite à sa plus simple expression, et le nom de certains programmes sociaux (même très affectif) en dit long sur leur manque d’ambition et leur inefficacité : Ti Manman Chéri, Atè Pat, Kore Etidyan, Fanm Vanyan, EDE Pèp.
La vision d’avenir est réduite à mille gourdes, un plat chaud gratuit, des kits de toute sorte ou des matériels de seconde main. On nous donne des toiles et des prélas, quand nous avons besoin de blocs et de ciment. Des abris temporaires, quand nous avons besoin de maisons solides. Des cliniques mobiles, quand nous avons besoin d’hôpitaux. Des kits, quand nous avons besoin de production nationale. Et de la diversion, quand nous avons besoin de focus sur l’essentiel.
Nous vivons dans la saleté, nous en faisons la promotion, et tout le monde s’y conforme. L’important reste une jolie photo à poster sur les réseaux sociaux pour masque la misère réelle ou la tristesse. Il est temps de mettre le sens de la grandeur, la fierté et la vision au centre de nos choix.
Arrêtons d’accepter le bas et la médiocrité. C’est parce que nous l’acceptons qu’ILS existent.
Brigitte Benshow
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