L’Office de la Protection du Citoyen (OPC) a officiellement repris possession de son siège de Bourdon, mardi, après près de deux ans d’occupation par des familles déplacées ayant fui les violences des groupes armés dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince. Il s’agit d’une étape importante dans le processus de relocalisation des personnes déplacées engagé par le gouvernement, mais qui rappelle l’ampleur du défi que représente leur retour durable dans leurs communautés d’origine.

La cérémonie de remise des locaux s’est déroulée en présence de plusieurs responsables de l’OPC, de l’Office national de la migration (ONM) ainsi que d’autres représentants de l’État. Occupé depuis novembre 2024 par environ 1 200 familles ayant trouvé refuge dans les bâtiments de l’institution, le siège de l’OPC pourra désormais reprendre progressivement ses activités administratives.
Le coordonnateur général de l’Office national de la migration, Jean Négot Bonheur Delva, a salué cette restitution comme le résultat d’un important travail de coordination entre les institutions concernées.
Selon lui, cette opération s’inscrit dans la stratégie du gouvernement visant à apporter une réponse durable à la crise des déplacés internes tout en permettant aux institutions publiques de retrouver leur fonctionnement normal.
« Cette remise constitue une étape importante, mais le travail est loin d’être terminé », a déclaré le responsable de l’ONM. Il a indiqué que, sur instruction du premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, les opérations de relocalisation se poursuivront afin de libérer, avant la prochaine rentrée scolaire, les autres bâtiments publics, notamment des établissements scolaires, encore occupés par des déplacés.
Jean Négot Bonheur Delva a expliqué que cette opération a nécessité plusieurs mois de préparation, notamment un vaste travail d’enregistrement des familles concernées, de vérification des listes et de traitement des doléances afin d’éviter toute exclusion ou irrégularité.
Il a insisté sur le fait que la restitution des locaux de l’OPC est le fruit d’un processus consensuel et non d’une évacuation forcée.
Le protecteur du citoyen adjoint, Me Amoce Auguste, a pour sa part remercié le gouvernement et en particulier l’ONM pour les efforts ayant permis à l’institution de récupérer son siège. Il a toutefois estimé que cette opération ne constitue qu’une première étape et a exhorté les autorités à accélérer la libération des autres espaces publics encore occupés, notamment les écoles et les universités, afin de faciliter la reprise normale des activités éducatives.
Le responsable de l’OPC a également rappelé les conclusions d’une enquête réalisée par l’institution sur les conditions de vie et les droits fondamentaux des personnes déplacées dans la région métropolitaine.
Selon lui, la très grande majorité des déplacés interrogés avaient exprimé un même souhait : retourner dans leurs quartiers d’origine dès que les conditions de sécurité le permettront.
À cet égard, Me Amoce Auguste a appelé le gouvernement à ne pas limiter son action à la seule libération des bâtiments publics. Il a insisté sur la nécessité de rétablir durablement la sécurité dans les zones contrôlées par les groupes armés afin que les familles déplacées puissent effectivement regagner leurs domiciles dans des conditions dignes et sécuritaires.
Il a également rappelé que l’OPC n’avait jamais été à l’origine de l’installation des déplacés dans ses locaux. L’institution avait accepté cette présence dans un contexte d’urgence humanitaire, alors que des milliers de personnes fuyaient les violences armées.
À plusieurs reprises, les bâtiments avaient également servi à d’autres activités d’intérêt public, notamment l’organisation de cours destinés aux étudiants de la Faculté de droit et des sciences économiques de l’Université d’État d’Haïti.
Il affirme que l’opération de relocalisation s’est déroulée de manière pacifique, sans recours à la force, ajoutant qu’une évacuation coercitive aurait été incompatible avec sa mission de promotion et de protection des droits humains.
Si la restitution du siège de Bourdon permet à l’Office de la Protection du Citoyen de renouer avec ses activités, l’état des infrastructures témoigne toutefois des conséquences de près de deux années d’occupation.
Les journalistes présents ont constaté que les bâtiments nécessitent d’importants travaux de réhabilitation avant un retour complet des services.
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