Le texte est passé en une seule séance. Mardi 29 septembre, l’Assemblée législative salvadorienne a adopté par 57 voix sur 60 la « Loi spéciale transitoire pour la participation de la Force armée du Salvador à la Force de suppression des gangs en Haïti ». Le projet, présenté au nom du président Nayib Bukele par le ministre de la Défense, René Francis Merino Monroy, a été voté avec dispense de procédure. Les trois députés de l’opposition n’ont pas voté.
D’une mission médicale à une mission militaire
Le changement est de taille. En octobre 2024, le Congrès salvadorien avait autorisé l’envoi d’un contingent au sein de la MMAS, la mission menée par le Kenya. Ce contingent devait mener uniquement des opérations d’évacuation médicale, parce que c’est l’expérience que l’armée salvadorienne avait acquise dans les missions de l’ONU.
La nouvelle loi va beaucoup plus loin. Elle prévoit du personnel militaire et civil, ainsi que des aéronefs « entièrement équipés pour des missions spécifiques », protégés par d’autres appareils salvadoriens. Elle autorise l’armée à mener les activités jugées nécessaires par la mission, dans le respect des Conventions de Genève. Le gouvernement salvadorien a aussi fait savoir à Washington qu’il était prêt à fournir une aide militaire et des équipements de défense.
Une base possible en République dominicaine
Autre nouveauté : le contingent pourra opérer depuis Haïti ou depuis la République dominicaine, selon les besoins et les accords conclus. La loi prévoit aussi que l’aide pourra être élargie en fonction des besoins sur le terrain et des capacités de l’armée.
Le Salvador gardera la juridiction sur ses soldats déployés. Ils seront traités comme les autres membres de la force sous mandat de l’ONU, avec l’accord du gouvernement haïtien.
Pourquoi maintenant
Le calendrier n’a rien d’un hasard. L’autorisation accordée sous la MMAS expirait le 2 octobre 2026, le jour même où le nouveau décret entre en vigueur. Une nouvelle loi s’imposait aussi parce que la résolution 2793 du Conseil de sécurité a remplacé la MMAS par la GSF.
Le vote intervient enfin juste après la décision de l’ONU de prolonger de six mois le mandat de la GSF, jusqu’au 31 mars 2027. Créée en septembre 2025, cette force peut compter jusqu’à 5 550 membres. Contrairement à la MMAS, elle peut mener des opérations contre les gangs seule ou avec la Police nationale d’Haïti. Mais elle peine à compléter son déploiement.
La « méthode Bukele » appliquée à Haïti ?
Le contexte politique pèse. Dès mars 2024, Nayib Bukele affirmait pouvoir « régler » la crise haïtienne, fort de sa guerre contre les gangs au Salvador. Il fixait alors trois conditions : une résolution de l’ONU, l’accord d’Haïti et un financement. Deux ans plus tard, ses soldats se rapprochent du terrain et la population Haïtienne garde son scepticisme.
Plusieurs questions restent ouvertes. Combien de soldats seront envoyés ? Quelles missions exactes mèneront-ils ? Et quel rôle jouera la République dominicaine dans ce dispositif ? La loi ne répond à aucune d’elles.
La rédaction
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