Le dimanche 18 octobre 2026, un véhicule blindé de la FRG est attaqué dans le secteur de Santo, à Croix-des-Bouquets. À bord se trouvent des militaires salvadoriens de la Force de tâche Liberté II. Leur nombre exact, leur mission et la raison de leur présence dans cette zone rouge restent, à ce jour, sans réponse officielle claire.
Trois jours plus tard, Nayib Bukele annonce en créole une opération militaire nationale. Le 28 octobre, sa diplomatie évoque plus de 2 000 soldats mobilisés, sans jamais nommer la FRG. Le même jour, Port-au-Prince affirme au contraire que tout se fait dans le cadre de la FRG.
Ce dossier s’appuie sur les publications de notre équipe de rédaction (plus de 30 articles depuis 2023 sur les relations entre Le Salvador et Haïti) et aussi sur les documents officiels : le décret salvadorien, les communiqués de la FRG, des États-Unis d’Amérique, de la République Dominicaine, de la chancellerie salvadorienne, de la Primature haïtienne, ainsi que les rapports de l’ONU. Notre dossier d’enquête distingue ce qui est établi de ce qui reste à démontrer.
Une loi votée en une séance
Le 29 septembre 2026, l’Assemblée législative salvadorienne adopte par 57 voix sur 60 la loi spéciale transitoire sur la participation de l’armée à la FRG. Le texte, présenté par le ministre de la Défense René Francis Merino Monroy au nom de Bukele, est voté avec dispense de procédure ; les trois députés de l’opposition ne votent pas. Promulgué le 30 septembre (décret n° 679, Journal officiel n° 181, tome 452), il entre en vigueur le 2 octobre, jour où expirait l’autorisation précédente.
Le changement de nature est majeur. Le contingent autorisé en 2024 ne devait mener que des évacuations médicales. La nouvelle loi prévoit des aéronefs « entièrement équipés pour des missions spécifiques », du personnel militaire et civil, et des activités « jugées nécessaires par la mission ».
Le texte du décret garantit aussi une large autonomie à San Salvador :
• Durée (art. 1) : 12 mois, prolongeables automatiquement tant que dure la mission « ou pour le temps jugé opportun pour les intérêts institutionnels ».
• Base arrière (art. 3) : le contingent peut opérer depuis Haïti ou depuis la République dominicaine, sous réserve d’accords entre États.
• Juridiction (art. 6) : le Salvador garde sa juridiction sur ses soldats.
• Autoprotection (art. 7) : « toutes les mesures nécessaires » pour protéger personnel et matériel, dans le cadre de la mission et de ses règles d’engagement.
• Immunité de fait (art. 8) : aucun soldat ne doit être remis à un tribunal international ou à un État étranger.
• Opacité budgétaire (art. 9) : les achats militaires échappent à la loi sur les marchés publics.
Dans ses considérants, le décret indique que le Salvador a informé le gouvernement des États-Unis qu’il était prêt à fournir aide militaire et équipements de défense. Dès le 1er octobre, Le Quotidien 509 relevait que la loi ne disait ni combien de soldats seraient envoyés, ni pour quelles missions exactes, ni quel rôle jouerait la République dominicaine.
18 octobre : quatre ou cinq soldats ?
Le soir même de l’attaque, Le Quotidien 509 publie les premiers éléments. Citant le quotidien dominicain El Día, il rapporte que cinq militaires salvadoriens de la FRG auraient été enlevés au nord de l’aéroport international Toussaint-Louverture, et que deux d’entre eux pourraient être blessés. Quand les renforts arrivent, ils ne sont plus sur place (Le Quotidien 509).
Une source policière consultée par notre rédaction situe l’incident à Santo 15-17, à Croix-des-Bouquets. Selon elle, les militaires se seraient arrêtés dans un market pour un achat, laissant leur véhicule à l’extérieur. Les hommes armés auraient constaté que le véhicule était vide avant de passer à l’action. Encore à l’intérieur du commerce, les soldats auraient alerté leur base, qui a dépêché une mission d’évacuation.
La version officielle salvadorienne est différente. Dans son communiqué du 18 octobre, la Force armée du Salvador affirme que quatre techniciens aéronautiques de la Force de tâche Liberté II ont été pris dans une embuscade « alors qu’ils regagnaient leur campement » à bord d’un véhicule blindé, et qu’ils ont réussi à en sortir avant que le contact ne soit perdu.
Depuis, les versions se sont multipliées. Bukele affirme qu’ils revenaient d’acheter de la nourriture au marché; Le Nouvelliste rapporte, selon une source gouvernementale haïtienne, qu’ils se seraient égarés en cherchant un supermarché avec Google Maps (Le Quotidien 509).
Le chiffre de cinq n’a jamais été officiellement démenti ni expliqué. Le passage de cinq à quatre s’est fait sans un mot d’explication des autorités.
Les silences et prudences de la FRG
De bout en bout, les communiqués de la Force de répression des gangs se distinguent par leur prudence : ils confirment peu, chiffrent tard, et ne contredisent jamais San Salvador.
18 octobre, au soir. Dans un communiqué signé par son porte-parole, Igor Rugwiza, la FRG confirme qu’un de ses véhicules transportant du personnel a été attaqué à Santo par des individus armés. Ses agents ont riposté « conformément aux règles d’engagement en vigueur », avec l’appui de ses hélicoptères, et les habitants doivent rester chez eux. Le texte ne donne aucun bilan et ne dit pas un mot des Salvadoriens. La force promet des informations « dès qu’elles seront disponibles et confirmées » (Le Quotidien 509).
Les jours suivants. La FRG ne reprend le chiffre de quatre qu’après l’annonce de l’armée salvadorienne, en indiquant qu’elle publiera des mises à jour « à mesure que l’information est vérifiée » (FRG sur X). Sur la question du cinquième homme, elle n’a jamais apporté de précision.
25 octobre. La FRG confirme avoir reçu des restes humains, mais se dit incapable d’affirmer qu’il s’agit des militaires disparus.
26 octobre. Elle réaffirme simplement qu’elle poursuit ses opérations. À cette date, note Le Quotidien 509, la Police Nationale d’Haïti ne communique pas sur le dossier (Le Quotidien 509).
En treize jours, la force n’a publié ni bilan des victimes, ni localisation des disparus, ni précision sur la chaîne de commandement du contingent salvadorien.
Pourquoi Santo ?
C’est la question centrale du dossier, et elle reste sans réponse : comment des techniciens aéronautiques d’une force mandatée par l’ONU se sont-ils retrouvés au cœur d’une zone rouge, sans dispositif de sécurité apparent ?
Selon l’ONU, la base principale de la FRG, le Camp Vertières, se trouve dans l’est de Port-au-Prince, à quelques rues du boulevard du 15 Octobre (ONU Info), dans le secteur de l’aéroport Toussaint-Louverture. Santo 15-17 se situe plus loin, dans la plaine du Cul-de-Sac, en territoire du gang Chen Mechan, voisin de 400 Mawozo.
Dès le 18 octobre, Le Quotidien 509 posait la question du protocole : comment une unité déployée dans un secteur aussi dangereux a-t-elle pu se retrouver vulnérable à l’intérieur d’un commerce, et qu’étaient venus chercher les soldats au point de quitter leur dispositif de sécurité (Le Quotidien 509) ? treize jours plus tard, aucune autorité n’a répondu.
Les versions disponibles ne résistent pas aux questions de base :
• Quelle mission ? Si les militaires « regagnaient leur campement », d’où venaient-ils, et sur quel ordre ? Aucun ordre de mission n’a été évoqué publiquement.
• Pourquoi seuls ? Qui a autorisé un déplacement sans escorte dans une zone connue pour être tenue par les gangs ?
• Pourquoi un market ? Des militaires en mission sont logés et nourris sur leur base. Qu’avaient-ils besoin d’acheter, un dimanche, au risque de s’exposer ?
• Tous sortis du véhicule ? Si l’on retient la version de la source policière, tous les occupants ont-ils quitté le blindé en même temps, sans laisser personne à bord ?
• Pourquoi si loin ? Depuis le secteur de l’aéroport, une erreur de GPS les aurait fait passer devant plusieurs commerces et supermarchés avant d’atteindre Santo. Pourquoi aller jusqu’au cœur du territoire de Chen Mechan ?
• Les consignes de sécurité ? Le contingent est présent en Haïti depuis février 2025. Comment pouvait-il ignorer que Santo est un fief de gang ?
Plus de 2 000 soldats, deux communiqués, deux récits
Le 21 octobre, Bukele s’adresse en créole aux chefs de gangs et annonce « notre » opération militaire. Le 22, le Salvador déploie 200 membres des forces spéciales ; quelques jours plus tard, 450 soldats salvadoriens se trouvent à Port-au-Prince, avec un appui logistique américain (Le Quotidien 509).
Le 28 octobre, après un entretien téléphonique entre Bukele et le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le ministère salvadorien des Affaires étrangères annonce une opération de grande envergure mobilisant plus de 2 000 soldats, avec l’appui de plusieurs pays et organisations internationales. Le Quotidien 509 relève un point essentiel : à aucun moment le communiqué salvadorien ne cite la FRG. Il ne précise ni le calendrier de l’opération, ni les résultats obtenus (Le Quotidien 509).
Le communiqué de la Primature haïtienne, publié le même jour, donne une version plus nuancée. Selon lui, les deux dirigeants ont réaffirmé leur engagement à renforcer la coopération « dans le cadre de la Force de répression des gangs », et Port-au-Prince insiste sur la nécessité d’une coopération respectueuse de l’autorité de l’État haïtien (Le Quotidien 509).
Deux capitales, un même appel, deux récits : San Salvador parle d’une opération nationale sans mentionner la force onusienne ; Port-au-Prince la place sous le drapeau de la FRG et rappelle sa souveraineté. Cette insistance haïtienne en dit long sur l’inquiétude que suscite le dispositif.
L’échelle a changé. Selon Le Quotidien 509, la FRG n’atteignait, un an après sa création, qu’un peu plus d’un tiers de sa taille prévue de 5 550 membres. En trois ans, on est passé d’un bureau de coopération à une offre sous conditions, puis à 78 techniciens d’évacuation médicale. Avec aujourd’hui plus de 2 000 soldats, le Salvador deviendrait de fait la colonne vertébrale de la force, sans que soient précisés sa chaîne de commandement, la durée de son déploiement ni ses missions.
Selon un scoop Axios du 30 octobre, Donald Trump aurait donné son feu vert à Nayib Bukele pour déployer des milliers de soldats salvadoriens en Haïti afin de combattre les gangs et retrouver quatre militaires salvadoriens disparus après une embuscade. « Do what you have to do », aurait répondu Trump lors d’un appel téléphonique, d’après des sources. Le gouvernement haïtien a approuvé l’opération, tandis que Washington cherche à rester en retrait.
Les corps contestés, la carte intacte
Le 24 octobre, des restes calcinés sont remis à l’aéroport à une équipe militaire salvadorienne arrivée la veille. Quelques heures plus tard, Bukele dément sur X : « Ce ne sont pas nos hommes. » Selon lui, il s’agirait des restes d’un enfant, d’un homme beaucoup plus grand que ses techniciens et d’une personne portant une partie d’uniforme d’une autre armée ; des pièces d’identité et des uniformes d’autres pays auraient été retrouvés parmi eux. Il publie la carte d’identité d’un militaire tchadien.
Le lendemain, Le Quotidien 509 révèle que ce soldat, Sossal Kamis Alhadj, est vivant : la rédaction a visionné une vidéo où il l’affirme, et des sources l’ont confirmé. Certaines sources indiquent qu’il aurait été blessé lors des opérations à Santo (Le Quotidien 509). La FRG souligne, plus tard, dans un communiqué que le soldat tchadien est vivant.
Le journal relève une autre anomalie : sur les images rendues publiques, la carte apparaît lisible et visuellement intacte, sans trace évidente de brûlure, alors que les corps auxquels elle a été associée ont été décrits comme calcinés. Comment s’est-elle retrouvée parmi les effets remis avec ces restes ?
Une hypothèse mérite d’être posée : un soldat blessé ou isolé en zone hostile peut se défaire de tout ce qui l’identifie comme membre d’une force étrangère, pour passer inaperçu. Rien ne la confirme. Elle n’explique pas non plus comment la carte a fini parmi des restes humains. Quelle qu’en soit la raison, cette carte ne dit rien de l’identité des corps.
À ce jour, ni le Salvador, ni Haïti, ni la FRG n’ont communiqué de résultat d’analyse ADN.
Edimar Rosales, la voix qu’on n’entend pas
Edimar Rosales, 23 ans, originaire d’Ahuachapán, est le seul des quatre disparus identifié publiquement. Engagé depuis quatre ans, il était déployé en Haïti depuis sept mois. Selon les médias salvadoriens, il a envoyé des audios et des vidéos à sa famille pendant l’attaque. Les autorités militaires n’ont pas divulgué l’identité des trois autres (Le Quotidien 509).
Ces messages sont peut-être les seules preuves directes de ce qui s’est passé à Santo. Pourtant, aucun communiqué officiel n’y fait référence. Les questions qu’ils soulèvent :
• Les autorités ont-elles analysé ces audios et vidéos ? Que montrent-ils de l’attaque et des assaillants ?
• L’horodatage et la géolocalisation du téléphone ont-ils été exploités pour orienter les recherches ?
• Ces images confirment-elles que les militaires sont sortis vivants du véhicule, ou qu’ils étaient dans un commerce ?
• Pourquoi l’identité des trois autres disparus reste-t-elle secrète ?
Trois calendriers électoraux qui se croisent
Au Salvador, la loi sur Haïti est promulguée le 30 septembre, le jour même où le tribunal électoral convoque les élections générales du 28 février 2027, où Bukele brigue un troisième mandat. L’embuscade survient en pleine période d’inscription des candidatures. Le 28 octobre, une enquête attribuée à CID Gallup, réalisée du 24 au 27 octobre, indique que 94 % des Salvadoriens interrogés approuvent la gestion de Bukele et que 91 % se disent fiers de l’avoir comme président (Le Quotidien 509). Comme le relève le journal, le sort des militaires déployés à l’étranger est devenu un enjeu politique pour un président dont la sécurité est la marque.
Aux États-Unis, les élections de mi-mandat ont lieu le 3 novembre 2026. Washington conjointement avec le Panama a conçu la FRG et soutient le déploiement salvadorien sur le plan logistique. Au Congrès, des sénateurs démocrates ont exigé en juin 2026 du Département d’État les montants dépensés pour la FRG et toute correspondance avec Erik Prince ou Vectus Global (Sénat des États-Unis). Une majorité démocrate pourrait présider les commissions chargées de ce contrôle. À l’inverse, un succès visible en Haïti, sans soldats américains, servirait l’administration.
En Haïti, le Conseil électoral provisoire a publié le 28 octobre un nouveau calendrier : premier tour le 18 juillet 2027, second tour le 4 octobre 2027, au lieu du 13 décembre 2026 et du 21 février 2027 initialement prévus (CEP ; Le Quotidien 509). Le CEP rappelle que leur tenue dépend de conditions sécuritaires acceptables. Le même jour, Bukele et Fils-Aimé évoquent « la poursuite de la mission du Salvador sur le territoire haïtien ». Le mandat de la FRG, lui, court jusqu’au 31 mars 2027 (ONU), tandis que la loi salvadorienne prévoit une prolongation automatique au-delà. l’Union européenne a également rappelé au CEP et au gouvernement Fils-Aimé, dans un communiqué, que le mandat de la FRG expire le 31 Mars 2027.
Les armes, la frontière et Erik Prince
Les armes viennent de chez les alliés. Depuis 2023, l’ONU désigne la même source principale des armes des gangs : les États-Unis, avec la République dominicaine comme route de transit. En octobre 2023, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) détaillait devant le Conseil de sécurité des expéditions directes par conteneurs depuis les États-Unis, et une route terrestre par les postes de Belladère et Malpasse, surtout pour les munitions, principalement via la République dominicaine (ONUDC).
Le dernier rapport du Groupe d’experts de l’ONU sur Haïti (document S/2026/714) va plus loin. Il documente le détournement de 908 001 articles, principalement des munitions, des stocks de la Police nationale dominicaine, et identifie parmi les munitions du gang 400 Mawozo des cartouches marquées « ERD », le sigle de l’Armée dominicaine. Le chiffre porte sur le matériel détourné, sans établir que tout soit arrivé en Haïti (compte rendu du rapport). Or 400 Mawozo est le gang voisin de Chen Mechan à Santo, soupçonné de pouvoir détenir les disparus. Son territoire s’étend sur l’axe de la route nationale 8, qui mène au poste frontière de Malpasse, face à Jimaní.
La frontière comme enjeu. Le décret salvadorien autorise des opérations depuis le sol dominicain. Après l’embuscade, le président Luis Abinader a annoncé une coordination avec Bukele, notamment en logistique et en renseignement (Diario Libre). Les accords entre États prévus par l’article 3 n’ont pas été rendus publics.
Le fil Erik Prince. Sa société Vectus Global opère en Haïti depuis 2025 aux côtés de la Task Force du Premier ministre. Devant le Congrès, en juillet 2026, le président républicain de la commission des Affaires étrangères de la Chambre, Brian Mast, a présenté Vectus comme une société « payée par Haïti, et non par le contribuable américain » (Chambre des représentants). Des sénateurs démocrates ont, eux, réclamé au Département d’État toute correspondance avec Prince ou Vectus (Sénat). Prince a rencontré Bukele en 2024, et une partie des contractuels de Vectus en Haïti seraient salvadoriens, selon un analyste de l’International Crisis Group. Après l’embuscade, la Task Force incluant Vectus a pour la première fois opéré aux côtés de la FRG (AP). Aucun document ne relie toutefois Prince à l’opération salvadorienne.
Trop de coïncidences ?
Pris un à un, chaque fait a son explication. Mis bout à bout, ils dessinent un réseau d’intérêts qui se croisent :
1. Le calendrier. La loi est promulguée le jour où le scrutin salvadorien de 2027 est convoqué ; l’embuscade survient pendant l’inscription des candidatures et deux semaines avant les mi-mandat américaines.
2. Le chiffre. Plus de 2 000 soldats annoncés par San Salvador lui-même, pour une force qui n’atteignait qu’un tiers de ses effectifs.
3. La durée. Bukele et Fils-Aimé évoquent la poursuite de la mission salvadorienne le jour où Haïti repousse ses élections à juillet 2027.
4. Le récit. Le communiqué salvadorien ne nomme pas la FRG ; celui de Port-au-Prince insiste sur la FRG et sur l’autorité de l’État haïtien.
5. Le trajet. Des militaires basés dans le secteur de l’aéroport se retrouvent sans escorte à Santo 15-17, sur la foi de versions qui ne concordent pas.
6. Le cinquième homme. Cinq soldats annoncés le premier soir, quatre ensuite, sans explication.
7. Les preuves écartées. Une carte « intacte » d’un soldat vivant sert à rejeter des corps calcinés ; les audios d’Edimar Rosales n’apparaissent dans aucun communiqué.
8. Les munitions. Le gang voisin de Santo est armé en partie par des munitions détournées des stocks dominicains, selon l’ONU, et Saint-Domingue propose son renseignement.
9. Les alliés. Les deux pays qui appuient l’opération salvadorienne sont ceux que l’ONU désigne comme source et route des armes des gangs.
Deux hypothèses circulent. La première : les soldats seraient devenus l’instrument d’une réélection, une démonstration de force avant février 2027. Elle s’appuie sur le calendrier et les sondages, mais la présence salvadorienne date de 2025 et l’embuscade est une attaque de gangs. La seconde : une prise en main de la lutte anti-gangs par le Salvador, avec la bénédiction de Washington. Elle s’appuie sur les effectifs, la loi et la durée, mais aucun document ne montre de plan préalable. Dans les deux cas, profiter d’une crise n’est pas l’avoir provoquée.
Les questions qui dérangent
À San Salvador :
• Qui a autorisé le déplacement des militaires à Santo, et pour quelle mission ?
• Y avait-il cinq occupants dans le véhicule ? Si oui, où est le cinquième ?
• Pourquoi rejeter les restes avant toute analyse ADN publique, sur la foi d’une carte appartenant à un soldat vivant ?
• Pourquoi le communiqué du 28 octobre ne mentionne-t-il pas la FRG ? Le contingent opère-t-il sous commandement onusien ?
• Combien coûte l’opération, alors que ses achats échappent à la loi sur les marchés publics ?
À Port-au-Prince :
• Qui commande les plus de 2 000 soldats salvadoriens sur le sol haïtien ?
• Pourquoi la Police Nationale d’Haïti ne communique-t-elle pas sur le dossier ?
À la FRG :
• Combien de civils ont été tués ou blessés à Santo depuis le 18 octobre ?
• Pourquoi aucun bilan de l’attaque n’a-t-il été publié ?
- Combien de Salvadoriens sont effectivement sur le territoire haïtien, quel est l’effectif à date de la FRG?A cette dernière question, notre rédaction a contacté le département de communication de la FRG qui nous a informé que la Force ne communique ni sur les chiffres ni sur les plans de déploiement pour des raisons de sécurité opérationnelles.
À Washington et Saint-Domingue :
• Quels accords encadrent l’appui logistique au contingent salvadorien et l’usage du territoire dominicain ?
• Qu’est-il fait pour tarir les flux d’armes et de munitions que l’ONU attribue à leurs territoires ?
- Quand ces accords auraient t-ils été signés et sont-ils conformes aux principes du droit international publique?
- Se basant sur le scoop de Axios, Washington peut-il autoriser la mission Salvadorienne en Haïti sans passer par le Conseil de sécurité des Nations Unies?
Ce qui reste à prouver
Les faits établis dessinent une convergence d’intérêts : Bukele y gagne une démonstration de force avant février, Washington une force combattante sans soldats américains, Saint-Domingue une frontière militarisée et un rôle de base arrière. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et le Conseil électoral provisoire (CEP) ont, eux aussi, trouvé une justification pour repousser les élections.
Si tout le monde gagne dans ce jeu, sauf Haïti, qui n’aura toujours pas trouvé de pistes de solution, alors une question demeure : où se situe réellement l’intérêt du peuple haïtien ?
Mais si Bukele réussit à éradiquer les gangs, nous pourrons féliciter les metteurs en scène et réduire cette tragédie à un succès en matière de sécurité et de droits fondamentaux, dont les Haïtiens pourront enfin retrouver la pleine expression.
Une convergence n’est pas un plan. Aucun document consulté ne prouve une coordination préalable, ni que le contingent salvadorien échappe au commandement de la FRG. Ces croisements justifient en revanche une exigence de transparence qu’aucun des gouvernements concernés n’a encore satisfaite.
Brigitte Benshow avec la rédaction (Dodeley Orélus, Ronald André, Jameson Joseph, Marc Arthur Paul, Cherlines Bolivar et Soraya Ades).
Sources
Le Quotidien 509
- Bukele affirme pouvoir résoudre le problème des gangs en Haïti (mars 2024)
- Le Salvador de Nayib Bukele signe pour rejoindre la mission multinationale (octobre 2024)
- L’engagement du Salvador dans la MSS officialisé le 3 octobre 2024
- Le Salvador veut offrir son soutien médical à la mission multinationale en Haïti (décembre 2024)
- Erik Prince, ex-Blackwater, décroche un contrat de 10 ans pour sécuriser Haïti (14 août 2025)
- Force de répression des gangs : Abinader avait sollicité Moscou et Pékin pour le vote de la résolution 2793 (2 octobre 2025)
- Haïti : que dit la résolution 2793 (2025) sur la Force de répression des gangs (6 octobre 2025)
- Haïti : la mission kényane informe que la Force de répression des gangs est déjà en action (15 octobre 2025)
- Haïti : le Salvador de Bukele passe de l’évacuation médicale à la lutte contre les gangs (1er octobre 2026)
- Enlèvement à Santo : pourquoi ces soldats salvadoriens de la FRG auraient-ils baissé leur garde face aux gangs ?(18 octobre 2026)
- Croix-des-Bouquets : la FRG annonce une attaque contre un de ses véhicules à Santo, silence sur les Salvadoriens(18 octobre 2026)
- Bukele invoque la Sainte Bible, Lanmò Sanjou ses esprits, Ruto ses pasteurs (24 octobre 2026)
- Haïti : le soldat tchadien dont Bukele avait publié la carte est vivant, les contradictions persistent (25 octobre 2026)
- Bukele en Haïti : Edimar Rosales, salvadorien disparu — mission de l’ONU ou guerre personnelle ? (27 octobre 2026)
- Haïti–El Salvador : Alix Didier Fils-Aimé s’entretient par téléphone avec Bukele (28 octobre 2026)
- Haïti : Bukele veut mobiliser plus de 2 000 soldats et fait silence sur la FRG (28 octobre 2026)
- Haïti : le CEP fixe le premier tour au 18 juillet 2027 et le second au 4 octobre (28 octobre 2026)
- Haïti : Bukele écrit en créole, de Deutéronome à 2 Chroniques, il invoque Dieu contre les gangs (29 octobre 2026)
Sources officielles
- Décret législatif n° 679, Assemblée législative du Salvador, Journal officiel n° 181, tome 452, 30 septembre 2026
- Communiqué de la Force armée du Salvador, 18 octobre 2026
- Communiqué de la FRG signé par le porte-parole Igor Rugwiza, 18 octobre 2026, et publication de la FRG sur X
- Communiqué du ministère salvadorien des Affaires étrangères, 28 octobre 2026
- Communiqué de la Primature haïtienne, 28 octobre 2026
- Présidence de la République dominicaine – SICA, juin 2023
- Conseil électoral provisoire – Calendrier électoral actualisé
- ONU Info – Résolution créant la FRG, septembre 2025
- ONU – Résolution 2829 (2026) prolongeant la FRG
- ONU Info – Le Camp Vertières, base de la FRG
- ONUDC – Routes du trafic d’armes vers Haïti
- Groupe d’experts de l’ONU sur Haïti, rapport final S/2026/714
- Chambre des représentants – Déclaration de Brian Mast
- Sénat – Lettre des sénateurs Bennet, Kaine et Booker
📲 Rejoignez Le Quotidien 509
Recevez nos dernières nouvelles directement sur votre téléphone via notre chaîne WhatsApp officielle.
🚀 Rejoindre la chaîne WhatsApp
