On peut connaître un pays par ses frontières. On peut aussi le rencontrer autour d’une assiette.
À une époque où les nations se racontent souvent à travers les conflits, les chiffres ou les crises, la gastronomie rappelle une vérité plus ancienne : avant d’être un territoire, un peuple est une manière de partager le pain, de transmettre une mémoire et d’accueillir l’autre.
Du 10 au 13 septembre 2026, à l’occasion de la 10ᵉ édition du Village International de la Gastronomie, Paris deviendra ce lieu où les cultures dialoguent sans interprète. Plus de quatre-vingts pays présenteront une part de leur identité à travers leurs traditions culinaires. Haïti y prendra sa place non pas pour répondre aux récits qui l’enferment, mais pour raconter une autre histoire.
Cette histoire aura le goût du tchaka.
Sous la direction de la cheffe Carline Irantus, les visiteurs pourront découvrir gratuitement ce plat emblématique de la tradition haïtienne. Mais le tchaka n’est pas seulement une recette. C’est une philosophie de la patience. Il exige du temps, rassemble plusieurs ingrédients venus d’horizons différents et ne prend tout son sens qu’au moment où il est partagé.
Il ressemble, au fond, à la société idéale : des différences qui ne s’annulent pas mais qui se complètent.
Dans un monde où tout s’accélère, où l’on consomme parfois les cultures comme des images fugitives, offrir un plat traditionnel devient un acte de résistance. C’est rappeler qu’une civilisation se construit dans la durée, dans la mémoire des gestes et dans la fidélité aux savoirs transmis de génération en génération.
Le stand haïtien ne proposera donc pas uniquement une dégustation. Il offrira une expérience culturelle complète. Les saveurs dialogueront avec l’élégance grâce à un défilé de mode signé Clermezine Paris, mettant en lumière la créativité haïtienne à travers le vêtement. L’ambiance sera portée par une animation DJ, tandis que le stand Saveur Créole 509 réservera plusieurs surprises aux visiteurs, faisant de cet espace un véritable rendez-vous de découverte, de fête et de partage.
Cette rencontre entre cuisine, musique et mode rappelle qu’aucune culture ne s’exprime dans une seule discipline. Un peuple chante comme il cuisine. Il s’habille comme il raconte son histoire. Les arts se répondent et composent ensemble une même identité.
Dans l’imaginaire collectif, Haïti est souvent réduite à ses difficultés. Pourtant, une nation ne se résume jamais à ses blessures. Elle est aussi faite de ses créateurs, de ses artisans, de ses artistes, de ses cuisiniers et de toutes celles et ceux qui continuent de produire du beau malgré les épreuves.
La présence de Carline Irantus à Paris s’inscrit dans cette continuité. Elle ne vient pas simplement représenter une cuisine ; elle participe à cette diplomatie discrète qui rapproche les peuples sans discours politiques. Une cuillère de tchaka peut parfois ouvrir davantage de conversations qu’un long discours officiel.
Le Village International de la Gastronomie célèbre cette année sa dixième édition. Plus qu’un festival culinaire, il est une invitation à reconnaître que la diversité n’est pas une juxtaposition de traditions, mais une conversation permanente entre les cultures.
Haïti y apportera sa voix avec simplicité, générosité et dignité.
Et peut-être est-ce là la plus belle définition de la gastronomie : non pas l’art de bien manger, mais celui de rappeler que derrière chaque recette se cache une vision du monde, et que partager un repas demeure l’une des façons les plus profondes de reconnaître l’humanité de l’autre.
James Fleurissaint
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