À l’approche des élections générales de 2026, Haïti est confrontée à un défi fondamental : le pouvoir politique continue de s’éloigner de ceux qui ont les compétences et la vision nécessaires pour gouverner. Depuis trop longtemps, des postes électifs ont été occupés par des individus dépourvus de formation ou d’expérience suffisante pour répondre aux besoins d’un État en crise.
L’histoire récente démontre que popularité, réseaux d’influence et moyens financiers ont souvent pesé davantage que le savoir, la rigueur et la capacité à administrer efficacement. Cette réalité n’est pas anodine : elle a semé le chaos dans la gestion des affaires publiques, fragilisé les institutions et creusé la défiance des citoyens envers l’État.
Depuis la chute du régime de Jean-Claude Duvalier en 1986, Haïti a traversé des périodes d’instabilité où des dirigeants ont été incapables de compléter leurs mandats ou de mettre en œuvre des politiques cohérentes. La fragilité des institutions, la fragmentation des partis politiques et l’absence de mécanismes électoraux visant à valoriser la compétence ont favorisé l’émergence d’une médiocrité institutionnalisée. Dans ce contexte, l’État haïtien a rarement été capable de répondre aux défis essentiels : assurer la sécurité, gérer les ressources publiques, organiser les services sociaux, garantir le développement économique et renforcer l’autorité légale.
Cette incompétence a eu des conséquences directes et visibles dans presque tous les domaines publics. Les infrastructures essentielles restent insuffisantes ou délabrées, la santé publique est largement défaillante, l’éducation peine à produire des générations capables de participer pleinement à la vie nationale et la justice reste inaccessible pour une majorité de citoyens. L’absence de leadership compétent et intègre a transformé l’État en une structure réactive, souvent paralysée, incapable de planifier ou de protéger les intérêts de la population.
Les élections de 2026 constituent une opportunité historique pour corriger cette dérive, mais elles illustrent également la difficulté du changement. Le paysage politique demeure fragmenté, et la majorité des candidats présentent un parcours dont la valeur académique ou professionnelle ne garantit pas leur capacité à gérer l’État. Le choix des électeurs reste ainsi limité, et le système continue de favoriser ceux qui maîtrisent les alliances et la visibilité plutôt que ceux qui possèdent la compétence et la vision.
Dans le débat public, certains acteurs ont tenté de proposer des solutions. L’ex-sénateur Steven Benoît a évoqué l’idée d’introduire des critères académiques et professionnels plus stricts pour l’accès aux postes électifs. Il s’agissait de rappeler que la formation, l’expertise et l’expérience ne doivent pas être secondaires dans la sélection des dirigeants.
Bien que cette proposition n’ait jamais été mise en œuvre, elle souligne l’urgence d’une réflexion sur la valeur de la compétence et l’importance de créer un système qui valorise la connaissance et la responsabilité. Au-delà de la simple réforme juridique, il s’agit de promouvoir une culture de compétence et d’intégrité, de réhabiliter les valeurs républicaines dans la vie publique et de reconnaître le rôle central des hommes et femmes de science et de conscience dans la gouvernance.
La compétence ne se limite pas à l’académique : elle implique la rigueur, l’éthique, le sens des responsabilités et la capacité à prendre des décisions éclairées au service du bien commun. Ce sont ces qualités qui devraient désormais guider l’accès au pouvoir, plutôt que la notoriété ou la capacité à exploiter les failles du système.
Si Haïti veut rompre avec les cycles de médiocrité qui ont sapé son développement, il est impératif que les citoyens, les partis et les institutions considèrent la compétence et l’intégrité comme des critères essentiels pour l’élection des dirigeants. La société haïtienne doit comprendre que gouverner un pays en crise exige plus que de la popularité : il faut de la vision, de la discipline et une connaissance approfondie des mécanismes de l’État.
L’élection de 2026 représente un test décisif pour la démocratie haïtienne et pour l’avenir de ses institutions. Si le pays continue à confier le pouvoir à ceux qui n’ont ni la préparation ni la vision nécessaires, il reproduira les mêmes erreurs et prolongera l’incapacité de l’État à protéger et à servir ses citoyens. Mais si compétence, intégrité et valeurs républicaines deviennent les principes directeurs de la sélection des dirigeants, Haïti pourra enfin amorcer un véritable changement, où le pouvoir sera exercé de manière responsable, éclairée et durable, au service de la nation tout entière.
Daniel VEILLARD
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