Dans une vidéo accompagnant son message, le président salvadorien met en scène le déploiement de ses forces et présente son intervention en Haïti comme une mission de secours et de lutte contre les groupes armés. De l’ultimatum aux chefs de gangs à l’appel à la prière, Nayib Bukele multiplie les messages destinés à la population haïtienne.
Le président du Salvador, Nayib Bukele, a choisi le créole haïtien pour s’adresser directement aux Haïtiens dans un message publié sur ses réseaux sociaux. Cette communication, accompagnée d’une vidéo montrant la mise en place de l’opération, intervient dans un contexte de déploiement de militaires salvadoriens en Haïti, après la disparition de quatre techniciens de son pays engagés au sein de la Force de répression des gangs (FRG).
Le choix de la langue n’est pas anodin : Bukele cherche ainsi à s’adresser directement à la population haïtienne, au-delà des déclarations diplomatiques habituelles. Son discours combine des assurances sur les intentions de son gouvernement, des menaces contre les gangs et un appel à la foi chrétienne.
Dans son message en créole, le président salvadorien insiste sur le caractère désintéressé qu’il attribue à l’intervention de son pays.
« Nou pa vin ann Ayiti pou nou touche lajan, paske pèsonn pa peye nou pou sa. Nou vin ann Ayiti pou nou goumen kont mechan yo. »
Traduction : « Nous ne sommes pas venus en Haïti pour gagner de l’argent, car personne ne nous paie pour cela. Nous sommes venus en Haïti pour combattre les méchants. »
Bukele affirme également que son pays n’a aucune ambition de domination territoriale ou de contrôle des richesses haïtiennes. Il présente l’opération comme une réponse à la violence des gangs et comme un moyen de retrouver les quatre techniciens salvadoriens portés disparus.
Il veut présenter son intervention comme une aide à la population plutôt que comme une entreprise de domination.
Dans ses précédentes déclarations en créole, publiées le 21 octobre 2026, Bukele avait adressé un ultimatum aux responsables des groupes armés soupçonnés de retenir ses compatriotes.
« Atak jodi a pa anyen devan sa k ap vini si nou pa remèt toule kat otaj yo vivan. »
« L’attaque d’aujourd’hui n’est rien comparée à ce qui vous attend si vous ne nous rendez pas les quatre otages vivants. »
Le président salvadorien avait également averti les chefs de gangs de ne pas prendre ses paroles pour des menaces sans fondement, affirmant que son gouvernement avait déjà vaincu les gangs au Salvador et pouvait faire de même en Haïti.
« Nou deja fini ak gang yo nan El Salvador, e nou kapab fini ak nou tou. »
« Nous avons déjà fini avec les gangs au Salvador, et nous pouvons aussi en finir avec vous. »
Au-delà du registre militaire, Bukele mobilise également la religion. Dans le message rapporté, il invite les Haïtiens à lui faire confiance, à prier Dieu et à demander la guérison du pays.
Il cite notamment 2 Chroniques 7:14, un passage biblique qui associe la prière, l’humilité, la recherche de Dieu et le renoncement aux mauvaises pratiques à la promesse d’une restauration nationale.
« Si pèp ki pote non m lan lapriyè nan pye m, si yo soumèt devan mwen, si yo pran chache m ankò, si yo vire do bay vye peche yo t’ap fè yo, m’ap tande yo nan syèl kote m ye a, m’ap padonnen peche yo, m’ap fè peyi a kanpe ankò. »
« Si mon peuple, celui qui porte mon nom, prie en se tournant vers moi, s’il s’humilie, me recherche de nouveau et abandonne ses mauvaises pratiques, je l’écouterai depuis le ciel, je lui pardonnerai ses péchés et je rétablirai son pays. »
Cette référence donne au message une dimension spirituelle. Bukele ne présente pas uniquement la sortie de crise comme une question de sécurité : il fait également appel à la foi et à la transformation morale du pays.
Le président salvadorien affirme que ses militaires rentreront chez eux lorsque leur mission sera terminée. Il espère que les générations haïtiennes à venir se souviendront d’eux comme d’amis venus apporter leur aide.
« Epi lè misyon nou an fini, n ap tounen lakay nou. »
“ Et lorsque notre mission sera terminée, nous rentrerons chez nous. »
Il conclut par un appel à la coopération : « Ede nou ede Ayiti », soit « Aidez-nous à aider Haïti ».
Reste à savoir comment cette intervention se traduira concrètement sur le terrain, dans un contexte où la protection des civils, la coordination avec les autorités haïtiennes et le sort des quatre techniciens demeurent des enjeux majeurs.
La rédaction
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