Pétion-Ville, 20 septembre 2026 — Des plats variés étaient au rendez-vous ce week-end à l’Edition d’été de Haïti à Déguster. Les 19 et 20 septembre, au Centre de convention de l’hôtel NH El Rancho, les visiteurs ont eu l’embarras du choix pour découvrir différentes saveurs et se régaler. Derrière l’affluence et l’ambiance festive se joue pourtant une question de fond : la cuisine haïtienne peut-elle devenir une véritable filière économique, capable de créer des emplois et de générer des revenus durables ?
Une vitrine du savoir-faire
D’un kiosque à l’autre, l’éventail était volontairement large : grillades, griot et viandes accompagnées de bananes pesées, poulet en sauce, mini-burgers, préparations mettant en avant les produits du terroir. Les recettes emblématiques côtoyaient des créations plus libres, signées par des chefs qui assument de déplacer les codes sans rompre avec le répertoire national. Dès la première journée, l’affluence autour des stands a confirmé l’appétit du public — au sens propre comme au figuré.
Initié par EGM Strategy Management, le festival s’est imposé depuis décembre 2023 comme un rendez-vous régulier de la scène gastronomique haïtienne. Après une deuxième édition en décembre 2024 et une édition spéciale dédiée aux femmes le 8 mars 2026, cette version estivale reconduit le format éprouvé : stands de dégustation, créations originales, mise en valeur des producteurs locaux.
Un changement d’ambition
Mais l’édition 2026 déplace le curseur. Lors de la conférence de presse du 16 septembre, les organisateurs ont posé le cadre sans détour : « voye monte kizin ayisyèn nan ». Valoriser la cuisine haïtienne, présenter de nouveaux chefs promoteurs, renforcer l’accompagnement de ceux qui sont déjà sur le marché.
Il ne s’agit donc plus seulement de célébrer le goût, mais de structurer une offre et de professionnaliser des acteurs souvent livrés à eux-mêmes. Le festival devient un espace de mise en réseau, où le public se transforme en clientèle et où les porteurs de projets croisent fournisseurs et partenaires potentiels.
Les maillons faibles d’une chaîne de valeur
Reste que la gastronomie ne devient une filière que si l’ensemble de la chaîne tient : production agricole, approvisionnement, transformation, hygiène et logistique du froid, restauration, emballage, distribution, exportation vers la diaspora. Chaque maillon porte des emplois potentiels. Chacun souffre aujourd’hui du coût de l’énergie, de l’accès difficile au crédit, des contraintes de transport et de la concurrence des produits importés.
Le point le plus sensible est celui de la professionnalisation. Beaucoup d’acteurs travaillent seuls, sans statut clair, sans comptabilité formelle, sans accès aux circuits de financement. Le talent existe ; l’encadrement manque. Formation certifiante, normes sanitaires partagées, cuisines mutualisées, accompagnement à la gestion : ce sont ces briques qui séparent une addition de micro-initiatives d’un secteur organisé.
Un potentiel commercial identifié
Les atouts ne manquent pas : une identité culinaire forte et immédiatement reconnaissable, des produits distinctifs, un marché captif considérable dans la diaspora. Ailleurs dans la région, la gastronomie est devenue un levier touristique et un produit d’exportation à part entière.
Dans un environnement économique et sécuritaire contraint, où les occasions de rassemblement professionnel se font rares, cette convergence d’intérêts n’est pas anodine.
L’épreuve de l’après-festival
Un festival peut révéler des chefs, créer des contacts et générer du chiffre d’affaires sur deux jours. Il ne fournit à lui seul ni fonds de roulement ni cadre réglementaire.
Pour l’heure, le public a répondu présent. C’est déjà une donnée économique.
La rédaction
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